Abba Salek El Haissan, Président de la Commission Nationale Sahraouie des Droits de l’Homme à la Patrie News : « Personnellement, je n’attends rien d’important du Conseil de sécurité » 

Abba Salek El Haissan, Président de la Commission Nationale Sahraouie des Droits de l’Homme à la Patrie News : 

« Personnellement, je n’attends rien d’important du Conseil de sécurité » 

 

La Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso) fait objet, ce mercredi, d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, au cours de laquelle devront être rapportées les contraintes posées à cette mission. Pourtant, Abba Salek El Hassain y accorde peu de crédit. Dans cette interview, il revient sur la régression des droits de l’homme dans les territoires sahraouis occupés 

Propos reccueillis par Lemhamid Abdelhaye 

Notre correspondant dans les camps de réfugiés sahraouis 

 

La Patrie News : Qu’attendez-vous de la réunion du Conseil de sécurité et que présentera l’Envoyé personnel Demistura dans son rapport dans quelques heures ? 

M. Abba Salek El-Haissan: Les années passées et notre expérience avec les travaux et les résolutions du Conseil de sécurité nous ont convaincus qu’il ne fait que perpétrer les tromperies, les fraudes et les manœuvres dilatoires dangereuses contre le peuple sahraoui et contre la légitimité internationale. La prochaine réunion du Conseil de sécurité, n’ajoutera pas de valeur nouvelle, elle augmentera plutôt les souffrances du peuple sahraoui, renforcera l’arrogance de la monarchie soutenue par l’entité sioniste, et encouragera de plus belle les perversions et la trahison de l’État espagnol, qui a été humilié en se soumettant, sans vergogne, au chantage marocain. Personnellement, je n’attends rien d’important du Conseil de sécurité. Même l’Envoyé personnel de Mistura ne fera pas exception à ses prédécesseurs.

Les choses sont claires, il y a une occupation illégale du Sahara Occidental, et c’est une question de décolonisation, et il y a une mission onusienne, la Minurso, crée par décision du Conseil de sécurité pour organiser le référendum. Mais il n’y a pas de volonté politique pour résoudre le problème. Au contraire, il y a un effort malveillant mené par les forces du mal pour changer la nature juridique du conflit. Malheureusement, c’est la vérité aujourd’hui.

J’ai rencontré l’Envoyé personnel lors de sa récente visite dans les campements  de refugies sahraouis et je lui ai fait part d’un certain nombre de préoccupations et de problèmes liés aux violations du Maroc, à son mépris des Nations Unies, à son manque de respect pour ses obligations, etc (nos préoccupations ont été présentées sous formes de documents écrits, photos et vidéos, renforcés par bon nombre de rapports émanant d’Organisations internationales indépendantes). À ce jour, nous n’avons enregistré aucune action positive de  M. Demistura.. Nous n’avons eu connaissance d’aucun rôle dans l’arrêt de la répression marocaine contre les civils sahraouis… Sa mission est en jeu, et il a déjà échoué lors de missions précédentes. Très sincèrement, notre exigence a été qu’il doit impérativement se rendre dans les territoires occupés du Sahara Occidental. Il est tenu de se rendre compte de la situation des droits de l’Homme.  Le second point évoqué est qu’il est indispensable de rétablir la confiance entre les instances internationales (ONU) et le peuple sahraoui. Ce dernier a perdu confiance en l’ONU, qui gère les conflits au lieu de les régler. Le retour de cette confiance, pour nous, passe impérativement par l’arrêt de l’agression marocaine, l’application des résolutions de la légitimité internationale sur la question sahraouie, l’arrêt de l’exploitation illégale des ressources naturelles, l’ouverture des territoires occupées aux observateurs, la  et la libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers politiques sahraouis.

Un nouveau crime de guerre à part entière commis par le Maroc contre des civils sahraouis dans les terres libérées, dont des Algériens et des Mauritaniens, commis par des drones qui lui ont été livrés par l’État d’Israël, en violation flagrante du Droit international humanitaire. Le Maroc les a utilisés pour  tuer des innocents, y compris des femmes et des enfants, et pour détruire des puits d’eau potable.  Et il a aussi détruit des installations et une école. Tout cela sans même être condamné par la Communauté internationale. Ce qui soulève plusieurs questions objectives : Qui protège ce régime voyou contre la légitimité internationale ? Jusqu’à quand le peuple sahraoui en paiera-t-il le prix ? Où est l’ONU et où est le Conseil de sécurité maintenant ?

 Ce qui se passe aujourd’hui à travers le guerre que se livrent la Russie et l’Ukraine relate clairement la politique, la sélectivité et l’hypocrisie de l’Occident concernant l’application du Droit international.

Je l’ai donc dit et je le répète, nous n’attendons aucune position ferme du Conseil de sécurité, ni du Secrétaire général de l’ONU et encore moins de son Envoyé personnel. Un seul fait est établi à savoir que seul le peuple sahraoui décide de son sort sous la direction clairvoyante du Polisario. Et il poursuivra sa lutte jusqu’à la libération totale de sa patrie.

Où en est actuellement la situation des droits de l’Homme dans les territoires occupés de la RASD ?

Est-il vraiment possible de parler des droits de l’homme et des peuples sous une occupation étrangère illégale,  qui pratique les crimes les plus odieux contre l’humanité ? Nous aurons besoin de beaucoup de temps pour parler des violations odieuses qui ont lieu aujourd’hui dans la partie occupée de la République sahraouie. Le régime marocain s’est livré à tous les crimes et exactions qualifiées de crimes de guerre et de crimes contre l’Humanité. Il s’agit de bombardements de populations civiles par des armes interdites par les conventions internationales (Napalm et Phosphore..), les détentions arbitraires, les assignations à résidence, les viols, les éliminations physiques, les tortures, les tribunaux iniques tant civils que militaires, la fermeture des territoires occupés  devant les médias,  les observateurs  et les ONGs…

Les développements récents de la situation dangereuse enregistrée dans les territoires occupés, après l’agression répressive des autorités d’occupation marocaines contre les civils sahraouis, ont engendré de graves incidents, crimes de guerre et crimes contre l’Humanité qui en ont résulté, dont les victimes sont des citoyens sahraouis non armés, en violation flagrante des exigences du Droit international humanitaire et du Droit international des droits de l’homme. Ces territoires ne bénéficient d’aucun mécanisme indépendant  relatif à la surveillance et à la protection des Droits de l’Homme et des peuples. Les prisonniers politiques, à commencer par ceux du groupe  « Gdeim Izik », contre lesquels ont été rendus des verdicts iniques et sévères, ne peuvent même pas voir leurs proches à cause de l’éloignement des lieux de détention de ces prisonniers, dont certains sont condamnés à perpétuité. A cela s’ajoute la pratique systématique de la torture morale et physique, ainsi que la détention des prisonniers politiques avec des criminels de droit commun. La liste reste encore longue, comme la répression sauvage contre les  manifestations pacifiques.

L’exemple de la militante pacifique sahraouie, Soltana Khaya et sa famille en est un autre témoin flagrant des atteintes aux Droits de l’Homme. Assiégée dans sa résidence avec toute sa famille depuis le 19 Novembre 2021. Ce régime empêche tout témoin d’accéder à son domicile pour se solidariser avec elle et documenter le monde sur sa situation désastreuse. D’où le refus systématique du Maroc de donner suite aux nombreuses demandes internationales (Amnesty, Human Rights Watch, Front Line, Defender …) d’élargir la compétence de la MINURSO, ou la création d’un mécanisme international indépendant des Droits humains.

A ce titre, des rapports et des communiqués d’une large coalition d’Organisations non gouvernementales, ont dénoncé les violations massives et répétées par les forces d’occupation, qui utilisent la violence sexuelle comme moyen d’intimidation des femmes sahraouies, défenseures des droits de l’homme, à l’image de Sultana Khaya et Aminatou Haidar, pour n’en citer que quelques-unes. Ces violations graves, ont également été signalées et enregistrées par la Rapporteuse spéciale de l’ONU sur la situation des défenseurs des droits de l’homme, Mary Lawlor.

Face à ce sombre tableau tragique et au terrible silence international, nous continuons d’appeler  le Conseil de sécurité et les mécanismes onusiens pour  permettre la mise en place de ce mécanisme dans les territoires occupés de la RASD, ce que refuse obstinément le Maroc, non sans la complicité de la France, membre permanent du Conseil de sécurité, épaulée par d’autres puissances occultes, qui mènent une politique de deux poids deux mesures et de propagande à outrance sur leur adhésion aux valeurs de la démocratie et aux droits des peuples, alors que ce sont eux qui détruisent les peuples et menacent, sinon déstabilisent des États.. ..

Le Comite internationale de la croix rouge (CICR), n’a fait aucun effort pour rendre visite aux détenus politiques sahraouis alors qu’il n’avait cessé de tacler le Polisario, quand il détenait plus de 3000 prisonniers de guerre marocains. Le CICR n’a pas non plus rendu visite à Soltana Khaya en dépit de nos nombreuses démarches officielles. Pour nous, son silence  et son absence de réponse a nos appels, nous le considérons comme une complicité et un encouragement de l’occupation dans ses pratiques contre les Conventions de Genève et le Droit international humanitaire.

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