Accidents de la route : l’impact pesant sur les compagnies d’assurance et l’économie nationale

Accidents de la route : l’impact pesant sur les compagnies d’assurance et l’économie nationale

Plus de 5000 accidents de la circulation. 670 morts et 7747 blessés. Ce bilan macabre du premier trimestre 2021, que vient de communiquer la Délégation nationale à la sécurité routière (DNSR), donne le tournis. Au- delà de l’élargissement de la liste nécrologique, l’impact financier, voire économique, de ces accidents est considérable. Le coût pèse sur les compagnies d’assurance.

Joint par La patrie news, Hassan Khelifati, P-dg  d’Alliance assurances explique, avec force arguments, que sur le marché « nous nous retrouvons avec un dinar encaissé en responsabilité civile(RC) pour 3.75 dinars de payer en sinistres». Soit une différence de 2. 75 DA pour chaque dinar encaissé. Enorme !

Alliance assurances : 2.1 milliards d’indemnisation pour l’automobile en 2020

Dans le même registre, M. Khelifati explique que la RC est indexée sur le SNMG. Or, ce dernier, «est  multiplié par 2 depuis 2012 tandis que la RC n’a évolué que de 20%». Le même responsable indique que les études montrent que la prime de responsabilité civile elle doit être multipliée par deux ou trois. Pour mieux expliquer cet impact financier des accidents de la route, le premier responsable d’Alliance assurances indique que sa compagnie a payé, en 2020, «2.1 milliards d’indemnisation pour l’automobile et 500 millions pour les accidents corporels».

Dans la même optique, un autre responsable d’une compagnie d’assurance, sous le sceau de l’anonymat, relève que 50 % des encaissements vont directement au remboursement des accidents de la route. Et précise que le coût est aussi élevé pour l’Etat car les assurés ne s’inscrivent pas systématiquement dans l’assurance «tous risques», mais choisissent des polices intermédiaires.

Côté experts, Souhil Meddah, spécialisé en finances, indique pour les compagnies d’assurance, l’effet est «indirectement considéré par effet de levier entre les polices d’assurances, surtout s’il s’agit des tous risques avec engagement total illimité, pour lequel les compagnies doivent couvrir les réparations et indemnisation sur dommages ou pertes totales». De ce fait, explique-t-il,  les compagnies «combinent entre les encaissements en assurances qui deviennent des ressources par rapport au nombre des sinistres constatés et déclarés dans ce même segment». Plus explicité, M. Meddah relève que le nombre de sinistres «doit impérativement être inférieur aux souscriptions des polices».

Personnes aux antécédents de provocation d’accident et jeunes primo-conducteurs : imposition de l’assurance «tous risques»

Bifurquant sur les termes d’assurance qui évoluent avec une demande très limitée et qui pénalise les compagnie un autre aspect, l’expert financier met l’accent sur «le plan des volumes des souscriptions de toutes formes par rapport aux sinistres, pour lesquels les compagnies se trouvent généralement dans des situations de déficit, vu que le seuil de croisement ou de point mort entre les coûts des polices classiques adossés sur les polices tous risques s’annonce insoutenable financièrement».

Une situation qui fera dire à M. Meddah que «notre règlementation doit impérativement imposée par exemple des assurances tous risques pour les personnes ayant des antécédents en matière de provocation d’accident et pour les jeunes primo-conducteur». Cette imposition «doit aussi toucher les véhicules appartenant à des sociétés et des administrations».

Quant à l’incidence du nombre d’accidents sur l’économie nationale, l’expert précise qu’il est divisé en deux. La première est coûteuse pour les collectivités locales dans les réhabilitations des dégâts occasionnés sur les biens et moyens publics, et elle l’est davantage pour le système de santé qui «doit prendre en charge les victimes et aussi, sur les effets indirects subis par les encombrements et retard dans la circulation des personnes».

Un accident routier coûte environ 2,2 millions DA en moyenne

Toutefois, l’expert estime qu’il existe aussi un avantage indirect que l’économie nationale identifie comme un levier permettant d’alimenter le PIB «à travers les activités des importations et ventes des pièces de rechange, sur les réparations mécaniques et de carrosserie qui bénéficient d’un plan de charge conséquent sur le malheur des autres».

Par ailleurs, il convient de rappeler qu’une étude menée par l’Université de Batna indiquait que les accidents coûtent au pays une centaine de milliards de dinars par an. Un accident routier coûte environ 2,2 millions DA en moyenne, tandis que le coût engendré par le décès d’une personne suite à un accident routier avoisine les 11 millions DA. Le calcul du coût des accidents se base sur de nombreux paramètres dont le coût de prise en charge des blessés et de réparation des véhicules, le coût des embouteillages engendrés par un accident ainsi que le gain qu’aurait pu apporter à l’économie de son vivant une personne décédée suite à un accident routier. En outre, le coût des pertes financières dues aux accidents de la circulation représente 0,15% du PIB.

Yacine Bouali