Agressions de Bordj Badji Mokhtar et Biskra : violence, oui, mais pourquoi spécialement des enseignants ?

Agressions de Bordj Badji Mokhtar et Biskra : violence, oui, mais pourquoi spécialement des enseignants ?

En l’espace de seulement quelques jours, deux faits majeurs ont secoués le secteur de l’éducation nationale : l’agression sauvage de neufs enseignantes à Bordj Badji Mokhtar puis de deux autres à Biskra. A priori, les deux faits, d’une gravité extrême, nous amènent à nous poser plusieurs questions. L’horaire, les victimes, la région, le mobile apparent sont trop liés pour constituer deux faits divers isolés. Nous sommes tous d’accord pour dire que la violence, surtout contre les femmes, est devenue monnaie courante en Algérie mais, malgré tout, l’enseignante a toujours été épargnée, du moins dans l’ensemble, des cas isolés peuvent être enregistrés mais pas avec cette violence. S’attaquer à un enseignant, d’une manière calculée, abjecte, sauvage, n’a été remarqué que durant la période de la décennie noire, et encore, contre une certaine catégorie.

La société algérienne, malgré toutes les tares qui s’y sont collées au cours des dernières années, a quand même un certain respect pour le corps enseignant dans son ensemble, l’algérien n’est pas devenu un être sauvage au sens propre du terme. Déjà, en creusant cela, nous nous posons d’autres questions. Pourquoi dans un coin perdu comme Badji Mokhtar ? Pourquoi à Biskra ensuite ? Il y a vraiment de quoi être intrigué. Ensuite, que cela se soit passé dans des logements occupés par des enseignantes seules, dans deux villes très éloignées l’une de l’autre, intrigue aussi. Quel lien y a-t-il entre les sauvages qui ont agressé les enseignantes à Bordj Badji Mokhtar et celui qui a fait la même chose à Biskra ? Pourquoi les deux actions sont-elles aussi rapprochées dans le temps, l’enquête concernant la première affaire n’ayant même pas été terminée.

Pour le mobile, il est vraiment étonnant qu’un agresseur prenne le risque de pénétrer dans des logements de fonctions pour voler quelques milliers de dinars, un ou deux ordinateurs et des téléphones portables. Il aurait pu s’introduire chez d’autres travailleurs esseulés (esseulées) où il aurait pu trouver beaucoup plus que chez ces pauvres enseignantes qui arrivent juste à joindre les deux bouts, ou bien dans des bureaux d’entreprises où il est sûr de pouvoir trouver beaucoup plus et beaucoup mieux.

Ensuite, il y a le timing, et c’est là où la balle blesse vraiment. Si nous lions ces faits ‘divers’ à tout ce qui se passe à travers l’Algérie, il y a de quoi avoir vraiment peur. S’attaquer à des enseignants en cette période cruciale peut s’avérer être une arme efficace contre les pouvoirs publics, non pas de la part des syndicats, mais de celle de forces occultes qui ont tout essayé pour mettre notre pays à genoux sans y parvenir. L’heure est trop grave pour ne pas s’inquiéter de cette similitude de faits gravissimes qui ne sont pas habituels dans notre société. Il y a certainement quelque chose derrière ces deux agressions, et chacun d’entre nous est tenu de ne pas se laisser entrainer dans les méandres de la désinformation car, qu’arrivera-t-il si tous les enseignants des zones éloignées, des zones d’ombre, du Sud et même du Nord ou des Hauts-Plateaux décidaient de s’arrêter pour protester contre cette ‘insécurité’ ? Déjà que ce secteur stratégique a été fortement ébranlé par la pandémie de covid19, c’est le coup de grâce qu’il recevrait en cas de grève générale qui serait suivie de manière complète car mettant en jeu la vie, la sécurité et la sérénité des enseignants. Il y a danger en la demeure et il faudrait que tous les enseignants soient très vigilants pour éviter de tomber dans ce piège grossier.

Tahar Mansour