Conférence-hommage à Mohamed Khaddad : Intervention de Claude Mangin, épouse du détenu politique Naâma Asfari

Conférence-hommage à Mohamed Khaddad : Intervention de Claude Mangin, épouse du détenu politique Naâma Asfari

La première image que je garde de Md Khadad, est celle d’un homme marchant vite portant un lourd cartable au bout du bras.

Il arrivait à l’aéroport de Lanzarote, on m’a dit qu’il était Mohamed Khadad. Nous étions là en novembre 2009 pour marquer notre solidarité avec Aminattou Haiddar, moi au nom des Associations françaises solidarité

L’année suivante, je l’ai ramené sur Paris dans ma voiture à la fin de l’Eucoco du Mans qui coïncidait avec le Rassemblement de Gdeim Izik.

Il ne m’a pas adressé la parole, c’était assez surprenant pour moi mais plus tard, j’ai compris qu’il montrait toujours une grande réserve… Md Khadad m’a appelé le 27 juillet 2016, c’était le jour de l’annonce par la Cour de cassation de Rabat que le procès militaire de GI était cassé.

C’était la 1°fois qu’il me téléphonait, c’était pour me dire qu’on devait se préparer très sérieusement pour ce procès en appel. J’étais agréablement surprise car pour le premier procès je n’avais pas senti de soutien.

De fait, c’est en marge de l’Eucoco 2016 en Espagne, que j’ai été invitée par Md Khadad pour une réunion avec quelques personnes dont un avocat sahraoui et le Représentant en France, pour envisager une stratégie car la date du procès en appel venait d’être fixée au 26/12/16.

Le Maroc venait d’être condamné pour la première fois par le CAT-Comité contre la torture de l’Onu à Genève pour fait de tortures sur Naâma ASFARI. C’était l’ACAT-Association chrétienne pour l’abolition de la Torture et le cabinet Ancile qui avaient préparé ce lourd dossier et l’avaient accompagné jusqu’à la victoire malgré toutes les manœuvres du Maroc.

Le Maroc avait décidé de casser le procès militaire de GI en juillet 2016 pour essayer d’amadouer le CAT mais cela n’a pas empêché le CAT de condamner le Maroc en novembre 2016.

A partir de là, Md Khadad a proposé que nos avocats français, Joseph Breham et Ingrid Metton aillent au procès non pas comme observateurs mais comme avocats de tous les prisonniers de Gdeim Izik au côté des avocats sahraouis et marocains pour plaider le Droit International Humanitaire IH.

Cette intuition de Md Khadad a été la bonne. Grâce à leur plaidoierie et à la force morale des prisonniers, ce procès dont le Maroc voulait tirer profit pour leur image s’est transformé pour eux en cauchemar car ce procès a révélé de nombreuses irrégularités. C’est ainsi que pour la première fois le mot torture a été prononcé dans le tribunal par des avocats et ils ont dû ordonner des expertises médicales ce qui n’avait pas été fait lors du 1° procès.

Le Maroc et le Polisario étant signataires des Conventions de Genève, ils ont pu plaider le Droit International Humanitaire en affirmant pour la 1° fois et en plein tribunal que le Maroc est une puissance occupante que le Sahara Occidental est un Territoire Occupé , que le procès aurait dû avoir lieu en Territoire Occupé selon le droit coutumier Sahraoui et que les prisonniers sont des prisonniers de guerre et qu’ils devraient être emprisonnés dans les Territoires Occupés.

Pour terminer, je voudrais évoquer la visite surprise que Md Khadad m’a rendu visite à la mairie d’Ivry à mon 20° jour de grève de la faim. C’est le 1° mai 2018 un jour.

La mairie était fermée, nous n’étions que 4, cette discrétion était voulue. Pendant une heure, il nous a partagé ses espoirs pour l’avenir de la lutte.

De temps en temps nous communiquions par Whatsap parfois à la demande de Naâma et toujours il me demandait de saluer ces valeureux combattants ».

NB : L’intervention de Calude Mangin a été reprise telle quelle

La Patrie News