Contribution : Basta le drame des haragas

Contribution : Basta le drame des haragas

Le phénomène des « boti » people est devenu, depuis des années une grande tragédie internationale avec ses dizaines de milliers de morts et de disparus lors des tentatives d’émigration clandestine par voie de mer vers l’Europe avec des embarcations de fortune, hiver comme été.

Cet incommensurable drame qui semble être accepté comme une fatalité inéluctable aussi bien par les dirigeants politiques des pays du sud et du nord de la « mare nostrum» que par les différentes franges des sociétés concernées par ce phénomène.

Et, ce malgré le travail titanesque des ONG, toujours mobilisées pour le secours des naufragés. Cependant comme l’aspect répressif, à lui seul, ne peut endiguer ces innombrables vagues d’émigration clandestine, à l’assaut d’un Eldorado factice, le phénomène a toujours tendance à s’accentuer, malgré les risques mortels.

Mais, comme il ne faut jamais désespérer de mettre fin à cette tragédie, il ne faut pas baisser les bras, même si la situation sociale, économique et politique dans les pays «fournisseurs » de « migrants clandestins marins » ne semble pas s’améliorer ou si peu.

Pour notre pays, et malgré les difficultés traversées, le phénomène peut être réduit considérablement, sauf pour certains irréductibles, pour peu que la conjugaison des efforts de tous, pouvoirs publics, société civile, familles, proches, devienne une réalité tangible. S’il est vrai que l’histoire de l’humanité est avant tout, une histoire de migration, cela ne doit pas empêcher de refuser, et refuser catégoriquement, de s’habituer à cette « boucherie ».

De verser dans l’indifférence et même dans l’occultation de la catastrophe, hécatombe internationale, avec ces dizaines de milliers de jeunes victimes, en quête d’un Eden fictif au péril de leur vie car les rescapés, eux aussi, ne sont pas au bout de leurs peines,

Sauvés, ils sont retenus dans des camps de la honte avant d’être expulsés vers leurs pays d’origine. Les victimes repêchées, sont inhumées dans des cimetières de fortune quand elles ne sont pas ensevelies dans des fosses communes sans identification, laissant derrière elles des familles dans le désarroi, incapables de faire leur deuil.

Pour notre pays, la lutte contre l’émigration clandestine maritime, ne peut être dissociée des programmes du développement, notamment des zones déshéritées socialement, économiquement et territorialement car, c’est de là que vient le gros des « troupes » d’émigration, en étant érigée cause nationale, avec la multiplication des offres d’emploi et d’opportunités pour les jeunes.

Cause pour ne pas s’habituer à cela. Rester au pays ne doit signifier ni se résigner à son sort, ni abandonner ses rêves. C’est préserver sa vie et ne pas endeuiller les familles, car, nous n’avons pas de bien plus précieux que la vie. Il n’y a pas de fatalité. Enfin, voici le témoignage d’un sauveteur volontaire étranger qui s’interroge, « mais comment peut-on s’habituer à ça?

Pendant plus de 24 heures, l’Ocean Viking a été à la recherche de vies en mer, des personnes qui étaient à bord de deux embarcations en détresse, très loin l’une de l’autre. Nous n’avons trouvé aucune trace de la première embarcation et nous ne pouvons qu’espérer qu’elle ait regagné la terre ferme ou atteint un lieu sûr.

Durant une nuit de tempête avec des vagues de six mètres, nous avons tenté de retrouver la seconde embarcation. Je n’ai aucun mal à l’admettre, j’ai passé quelques heures à vomir aux toilettes.

La prométhazine, le dimenhydrinate et la moitié des trois dernières années passées en mer n’ont pas suffi. J’étais épuisé, déshydraté. J’ai eu beaucoup de mal à me recoucher, et pourtant j’étais protégé par un navire puissant, qui pèse des milliers de tonnes.

Des coups secs sur la quille, des objets qui tombent dans les cabines. Dehors, quelque part dans ces mêmes vagues, un canot pneumatique transportant 120 personnes. Ou 100, ou 130. Nous ne le saurons jamais, car toutes ces personnes sont mortes.

Nous avons repris nos recherches à l’aube, accompagnés par trois navires marchands sans coordination ni aide d’aucun État.

Si un avion s’était écrasé dans la même zone, les marines de la moitié de l’Europe auraient été là ; mais ce n’étaient que des migrants, destinés au cimetière méditerranéen pour lesquels il est inutile de courir, et de fait, nous sommes restés seuls.

Dans l’après-midi, l’avion envoyé par l’agence Frontex a repéré l’épave du canot pneumatique. Lorsque nous nous en sommes approchés, il flottait dans une mer de cadavres.

Littéralement. Il ne restait pas grand-chose de l’embarcation. Ni des personnes. Il n’en reste même pas les noms.

Impuissants, nous avons fait une minute de silence, afin qu’elle résonne à terre. Les choses doivent changer, les gens doivent savoir.  Alessandro, volontaire sur l’Océan Viking, 23 avril 2021.

De correspondante de Paris,  Yasmina Houmad