Digitalisation de l’économie : nécessité d’une démarche nationale synchronisée

Digitalisation de l’économie nationale : nécessité d’une démarche nationale synchronisée

Par Mr A.BENKHALFA  Consultant/ Ancien Ministre

                                            

    De la même façon que nous avions vécu les difficultés de généraliser l’informatisation des services et des transactions à l’orée des années 1990, nous voilà face à un nouveau challenge qui interpelle l’Etat et tous les acteurs pour étendre le périmètre de digitalisation de l’administration et de l’économie et quitter, ainsi, rapidement l’usage exagéré des supports papiers et des procédures matérialisées.

 

  Le passage à l’ère numérique a été engagé, dans notre pays, il y a quelques années et atteint un niveau différencié d’un secteur à un autre. Mais comme ce fut le cas pour l’informatisation, ce processus n’est pas encore accompli  et n’impacte pas suffisamment la vie  économique et sociale car les dysfonctionnements et les décalages  entre secteurs et entre acteurs   sont liés à des choix structurels et un mode de fonctionnement  des rouages de l’Administration et de l’Economie encore inappropriés.   Et comme tout processus élargi, la digitalisation ne produit des effets perceptibles et ne concourt à la transformation numérique des modes d’action et des mécanismes économiques, administratifs et financiers que si les différents rouages sont à niveau. Dans le cas contraire, les décalages intersectoriels peuvent devenir sources de contraintes et  le dualisme qui en découle peut entrainer des surcoûts et des insatisfactions considérables au détriment des maillons de l’Administration et de l’Economie les plus avancés en matière de numérisation, sans parler, dans ce cas, de la faiblesse  du  retour sur  les investissements consentis , de l’insatisfaction des usagers  et de l’amplification des phénomènes de dissimulation

  D’où l’exigence nationale qui repose sur les Autorités et les Institutions en charge  de ce processus : C’est de veiller, de faciliter et  de stimuler la synchronisation des démarches  de digitalisation engagés çà et là dans les  différentes sphères pour qu’elles  soient en harmonie et provoquent, en synergie active entre elles, le mouvement de transformation souhaité.

 C’est dans ce carrefour complexe et sensible que se situe notre pays.  Mais contrairement à d’autres pays, les secteurs  ayant  numérisé leurs services et mis, dans le confort, les usagers y compris dans les transactions à distance sont les secteurs de souveraineté  et non pas les acteurs économiques et financiers.

En dépit des difficultés objectives rattachées aux coûts des investissements, aux pratiques procédurières très encadrées, aux habitudes  professionnelles acquises et au niveau des personnels à culture administrative poussée, les Administrations de l’Intérieur , de la Justice et du Travail, dans une certaine mesure  sont celles qui ont enregistré les plus grandes performances en matière de dématérialisation des supports-papiers et de mise en place de plateformes digitalisées. La meilleure illustration est fournie par la numérisation dans les deux langues :arabe et français  de l’état civil : opération excessivement complexe  ,  du casier judiciaire national et du Fichier des assurés sociaux (Carte chiffa) Ces bases de données sécurisées permettent, en aval,  de moderniser  tous les services aux usagers qui peuvent  même, dans certains cas,  retirer à distance des documents officiels et  surtout disposer , en un temps record de documents d’identité ou de circulation biométriques.

Cela est, loin d’être le cas pour les prestations économiques et notamment les transactions bancaires. Dans d’autres pays,  ce sont les transactions bancaires électroniques qui ont contraint les Administrations à se mettre à niveau pour rénover leurs modes d’intervention. En Algérie, le processus est  a été inversé. L’avancée réalisée par les services publics et les sites marchands est, quelque peu, contrarié par le périmètre limité des paiements à distance. Cette expansion  des transactions électroniques dans la sphère réelle se poursuivra et s’accentuera davantage maintenant que la loi sur le Commerce électronique a été promulguée. Les sites à portée limitée qui existaient dans la vente immobilière ou autres vont se multiplier dans le domaine des biens et des services; la fulgurante expansion des « ubers » algériens nous en donne un avant-goût précurseur. Tout cela met sous pression les banques, Algérie-Poste  et les établissements en charge de la monétique pour se mettre au diapason de ce mouvement universel et de consolider ainsi le processus de digitalisation en leur sein et au niveau de la place financière dans son ensemble.

Les Acteurs de la sphère bancaire et financière ont conscience de ces nouvelles exigences et  prennent différentes  initiatives pour rattraper ce retard. Après un investissement conséquent sur les systèmes d’information, la plateforme de traitement des informations financières, la normalisation des cartes de retrait/paiement et leur soumission aux normes universelles, l’organisation de l’interbancarité, la densification des réseaux de distributeurs automatiques et l’implantation des TPE auprès des facturiers et des commerçants.

Les équipements et plateformes intelligentes installés sont suffisants pour passer à une monétique de paiement élargie.  Mais la phase post-investissement n’a pas été vigoureusement engagée.

La digitalisation de l’Economie à grande échelle, coordonnée, maintenant par un Ministère transversal implique, entre autres, l’amorce d’un processus large et multi-acteurs qui doit englober les banques, les chaines de distribution, les grandes surfaces, les commerçants, les professions libérales, les grands facturiers, les  administrations économiques, les sites marchands. De la même manière que les algériens se sont habitués en masse à l’usage du téléphone mobile, il conviendra d’agir dans le temps et de façon synchronisée pour les acclimater au paiement électronique.

 

Par Mr A.BENKHALFA  Consultant/ Ancien Ministre