Dossier.Importation des véhicules de moins de trois ans : Solution ou replâtrage ?

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Importation des véhicules de moins de trois ans : Solution ou replâtrage ?

Des cafouillages, le dossier de l’importation des véhicules de moins de trois ans en connus. A la pelle. Des anomalies et contradictions l’avaient entouré. A répétition. Aujourd’hui, le Gouvernement, dans une conjoncture bien particulière décide d’autoriser l’importation de ce type de voitures. La Loi de finances complémentaires (LFC) 2021, adoptée par ordonnance, et publiée ce mercredi 9 juin au Journal officiel est désormais entrée en vigueur. Le texte autorise les Algériens à importer les véhicules de tourisme de moins de trois ans d’âge.

Précision : l’article 110 autorise en effet le «dédouanement pour la mise à la consommation, avec paiement des droits et taxes relevant du régime de droit commun, les véhicules de tourisme de moins de trois ans d’âge, importés par les particuliers résidents, une fois tous les trois ans, sur leurs devises propres, par débit d’un compte devises, ouvert en Algérie». Notons que ladite autorisation a été instaurée dans la Loi de finances 2020, mais les textes d’application n’ont pas suivi.

Une question se pose : l’option choisie est-elle- le bon choix ? Le seul, à vrai dire ?  Pas si sûr. Avec la dégringolade de la monnaie nationale, les voitures seront cédées à des prix élevés. Chose qui n’arrange aucunement l’acheteur dont le portefeuille est mis à rude épreuve par la pandémie Covid-19.  Outre le corollaire de la contreperformance de la monnaie nationale, il y a lieu de s’interroger sur la durée de cette démarche. Cette dernière, explique Souhil Meddah, expert financier (lire l’analyse) ne peut pas s’inscrire dans la durée car elle est structurellement contraignante. S’y ajoute le timing choisi. L’annonce intervient à un moment où l’on s’attendait à des mesures plus performantes à même d’asseoir, comme l’avait recommandé le Chef de l’Etat, une réelle politique de l’industrie automobile.

Le dossier du montage des véhicules, qui était un fiasco à bien des égards, ne voit toujours pas le bout de tunnel. Des milliers de dossiers déposés il y plusieurs mois n’ont pas été satisfaits du fait de l’impact de la pandémie. Un autre questionnement : verra-t-on dans le quota qui sera importé, des véhicules électriques? Ces derniers constituent, selon ministres et experts, la solution de demain, et l’Algérie, comme le soulignait Pr. Chems Eddine Chitour, ministre des Energies renouvelables, ne doit en aucun cas rater ce virage de la révolution électrique.

Par ailleurs, il convient de rappeler que l’ex- ministre de l’Industrie Ferhat Ait Ali avait indiqué que l’application de cette disposition était impossible. Le ministre de M. Aït Ali ministre de l’Industrie et des Mines, a affirmé que les véhicules de moins de 3 ans importés par les particuliers couteraient plus chers que les prix des véhicules neufs vendus en Algérie.

Il rappelait que les prix desdits véhicules seront «assez élevés» du fait que le «prix d’un véhicule de moins de trois ans en Europe n’est pas bradé» et vu l’impact du faible taux de change du Dinar par rapport à l’Euro et au dollar, en plus du paiement de droits de douanes allant à 30% et d’une TVA à 19%.  Même en cas d’application du démantèlement tarifaire dans le cadre de l’accord d’association Algérie-UE, avait-il mis en garde, une « taxe locale » sera instaurée sur les importations de ce type de voitures. Le retour à ce type d’importation est-il une solution ou un replâtrage ? L’avenir nous le dira.

Yacine Bouali

Entretien :

Mourad Goumiri, expert financier : «les véhicules coûteront chers du fait de la faiblesse du dinar»

La Patrie news : Selon l’article 110 modifié de la loi n° 19-14 de 1-le lf 2020, l’importation des véhicules de tourisme de moins de trois ans est autorisée une fois tous les 3 ans pour toute personne résidente en Algérie. Un commentaire ?

Pr. Mourad Goumiri : Le feuilleton de l’importation des véhicules continue et selon le rapport de force une loi et des décrets viennent l’alimenter. L’importation de véhicules de moins de trois ans est la pire des décisions qui a déjà existé et qui a engendré les pires trafics il y a quelques années. Un lobby puissance a obtenu sa réédition puis elle a été gelée durant une année et elle revient actuellement on ne sait pourquoi et personne n’a le courage de l’abroger définitivement! Cette loi fait partie d’un autre feuilleton relatif à l’assemblage et au montage automobile qui a mis plus d’une année d’étude sans que le problème ne soit réglé définitivement puisqu’après le changement de ministre de l’industrie, le nouveau ministre a installé une nouvelle équipe pour étudier le dossier et cette dernière doit rendre ses arbitrages incessamment. Il est évident que les lobbies des constructeurs sont à l’affût et entendent imposer leur point de vue dans ce dossier, devant un ministère sinistré et un gouvernement qui doit partir dans quelques jours.

Avec les niveaux bas du dinar, n’y a-t-il pas risque que les véhicules reviennent très chers ?

Ils se seront très certainement du fait de la faiblesse du Dinar et de la rareté relative des véhicules et les droits et taxes subséquentes. Pour s’en rendre compte, il faut voir ce qui se passe sur le marché des véhicules d’occasions et la flambée des prix constatée puisque les consommateurs anticipent des prix prohibitifs des véhicules neufs importés.

L’importation des véhicules de moins de trois ans ne s’inscrit-elle pas en porte- à- faux avec l’objectif du gouvernement de réduire les importations, d’ une part, et d’ autre part, d asseoir une vraie politique d’industrie automobile ?

Le problème se situe à ce niveau, a-t-on une vision claire de la politique de la construction automobile en Algérie? Ma réponse est non puisque nous en avons plusieurs incompatibles en même temps, sans que les pouvoirs publics ne tranchent définitivement le problème. Le résultat c’est qu’il y a des décisions et des contre décisions quelque temps après sans fin. Tout le monde sait que l’importation de véhicules de moins de trois ans est une catastrophe attendue et pourtant les lobbies imposent leur décision et nous arrivons à des demi-mesures, à des dérogations et des privilèges, à des mesures administratives et discrétionnaires qui vont se traduire par des trafics à grande échelle et des actes de corruptions avérés. Wait and see!

Propos recueillis par Yacine Bouali

Analyse d’expert

Souhil Meddah : «Un marché conjoncturellement utile mais structurellement contraignant»

«Le recours à l’importation des véhicules de moins de trois ans fait partie du choix sur les sources d’approvisionnement soit par rapport aux prix proposés, aux quantités des offres existantes ou à la rapidité de fournir le marché local ! Dans notre cas, cette question se pose de façon conjoncturelle, surtout vis-à-vis aux besoins imminents qui s’articulent d’abord sur le segment marché de l’offre qui a besoin de plus de quantités proposées afin de pourvoir réguler le niveau des flux sur un axe linéaire qui ne doit pas céder à l’influence des écarts importants, car les écarts sur les offres sont en train de provoquer des variation inquiétantes et exponentielles sur les prix.

Sachant de ce fait que ce marché reste utile pour les gammes moyennes sur une durée plus ou moins longue à condition que les mouvements des achats et ventes sur ce marché à l’échelle locale ne soient pas trop élevés ou trop spéculatifs. Cette question s’applique aussi, sur les conditions de l’approvisionnement du marché local durant la phase d’ouverture avec des demandes importantes en cours et des prix qui flambent. Ce marché aura naturellement besoin d’une compensation, afin d’éviter d’autres surévaluations temporaires et d’opportunistes pour les premières semaines ou les premiers mois de la reprise des importations.

Il s’agit d’un phénomène commercial probable qu’il faudrait anticiper. Les flux de ce marché sont libres en matière de source de financement et de ce fait, feront appel au marché parallèle de la devise, qui souffre déjà de manque en ressources devises et qui de facto, va aboutir sur une hausse des cours des devises avec une hausse probable des coûts d’importation des véhicules de moins de trois. A ce titre, il est fort probable que le rythme des importations au début sera plus important et que la demande commencera à diminuer, en attendant que le marché global se régule.  En conclusion, il ne faut pas trop compter sur le marché des véhicules de moins de trois ans qui ne doit pas s’éterniser, car plus il s’éternise, plus il s’étale sur d’autres segments et marchés et fera également appel aux différents instruments de financement en les dérégulant. C’est un marché qui conjoncturellement utile mais structurellement contraignant, sauf si l’autorité monétaire adopte une option d’intégration du marché informel de la devise d’abord avant de le soutenir par les réserves de change».

Recueillis par Yacine Bouali