Dr Lotfi Benbahmed,  ministre de l’Industrie pharmaceutique, , à La Patrie news : «Sortie du premier lot de validation du vaccin anti-Covid algérien le 29 septembre» 

Dr Lotfi Benbahmed,  ministre de l’Industrie pharmaceutique, , à La Patrie news : «Sortie du premier lot de validation du vaccin anti-Covid algérien le 29 septembre» 

Propos recueillis par Soulef Biskri 

La Patrie news : La production, in situ, du vaccin anti-Covid algérien sera lancée à brève échéance. Est-ce que vous pouvez nous fournir plus de détails sur la  sortie des premiers lots de validation et les spécificités du vaccin algérien?  

Dr Lotfi Benbahmed : Vous devez savoir que le vaccin contre la Covid a été développé, en moins d’une année. C’est une performance de le mettre à la disposition  de l’humanité, en si peu de temps.

L’objectif était, ensuite, de vacciner le plus grand nombre possible de personnes, en des délais très courts. Les producteurs ont cherché, alors, des pays qui avaient les moyens de la reproductivité du vaccin. L’Algérie a été identifiée, à ce titre, comme un pays qui dispose d’une plateforme de huit laboratoires et une douzaine de lignes de production  en fill and finish des produits injectables.

Le projet est confié à un groupe pharmaceutique public, Saïdal  en l’occurrence, car la production de vaccins relève de la sécurité sanitaire. Saïdal  a signé un mémorandum d’entente puis un contrat de partenariat avec la société chinoise Sinovac, dont les techniciens ont validé le site de Constantine.

Le processus de production est déjà entamé. La matière première a été réceptionnée le 27 aout. Les analyses biologiques et bactériologiques, qui durent quelques semaines, sont en cours. Les premiers lots de validation, sortiront de l’usine, le 29 septembre prochain.

L’usine produira 1,3 millions de doses en octobre, 2 millions d’unités en novembre, 3 millions en décembre et 5,3 millions de vaccins par mois à partir de janvier 2022. Les projections visent un programme de production de plus de 65 millions de doses par an. La capacité de fabrication de Saïdal  se situe autour de 320000 doses par jour avec un shift de 8 heures.

Ce qui nous amène à une possibilité d’avoir 8 millions de vaccins par mois. Le volume sera doublé si l’on fait tourner deux brigades. Saïdal adaptera sa productivité en fonction de la demande exprimée par l’autorité sanitaire et l’Institut Pasteur d’Algérie.

Lors des réunions, ayant regroupé les différents acteurs au siège du Prime ministère, il a été requis de couvrir les besoins nationaux, c’est-à-dire fournir les 50 millions de doses nécessaire à la vaccination de la population adulte, auxquelles il faudrait ajouter les quantités destinées aux adolescents de 12 à 18 ans après recommandation du Comité scientifique. Sans perdre de vue l’éventualité de devoir compléter le plan de vaccination par une troisième dose ou aller vers une fréquence annuelle. Nous nous inscrivons, aujourd’hui, dans l’objectif de vacciner notre population et aussi –c’est inclus dans le contrat avec nos partenaires chinois- de nous projeter sur une exportation vers certains arabes et africains.

Quels critères ont prévalu dans le choix porté sur la société chinoise Sinovac, plutôt que sur les autres fournisseurs de vaccins anti-Covid (Spoutnik V, AstraZeneca, Sinopharm) ? 

Sinovac représente 85 à 90 % de vaccins importés. C’est la principale raison qui nous a incités à produire ce vaccin précisément.

L’Algérie a signé un contrat d’importation de 32 millions de vaccins finis avec Sinovac, alors que pour les autres fournisseurs, les volumes sont inférieurs à un millions de doses.

Par ailleurs, Sinovac est un vaccin homologué par l’OMS et d’une technologie éprouvée, basée sur le virus inactivé, exactement comme le vaccin antigrippal.

La facture d’importation des médicaments a considérablement baissé, ces deux dernières années. Est-ce un résultat durable ou conjoncturel ? 

Dès la création du ministère de l’Industrie pharmaceutique, nous nous sommes attelés à rationaliser les importations et augmenter la production nationale. Nous  sommes conscients que dans les moments difficile –l’épidémie au Covid19 nous a confortés- nous ne pouvons compter que sur  nous mêmes. La souveraineté sanitaire est fondamentale. Aujourd’hui, des pays vivent des pénuries récurrentes d’approvisionnement en médicament, souvent pas très chers.

Nous avons constaté à notre arrivée, que  beaucoup de projets de l’industrie pharmaceutique étaient à l’arrêt, depuis 2017, à cause d’une économie extravertie pour laquelle la production nationale n’était qu’un slogan politique. Les lobbies de l’importation restaient très puissants.

Nous avons œuvre à juguler la surfacturation sur la matière première destinée à la production nationale et sur l’importation. Nous avons limité les programmes d’importation aux produits essentiels, en y interdisant les médicaments fabriqués localement et ceux qui périmaient inutilement en Algérie.

A vrai dire, les ruptures étaient provoquées par une gestion des stocks au gré des intérêts d’un certains nombre d’opérateurs à transférer des fonds vers l’étranger.

C’est ainsi que nous avons mis en place, en 2021, par arrêté ministériel, un nouveau cahier de charge des importations, après avoir élaboré plusieurs  décrets et relancé l’Agence nationale du médicament, qui est au cœur de l’industrie pharmaceutique.

Ce qui a permis de débloquer l’enregistrement de centaines de produits pharmaceutiques et d’augmenter considérablement la production nationale et exponentiellement le taux d’intégration afin de lui donner de la valeur ajoutée par la création d’emplois et des richesses. Et à terme pouvoir fournir notre propre matière première et être totalement autonome. Je vous donne l’exemple de  l’énoxaparine, le fameux Varenox.

Nous en importions 3 ou 4 millions d’unités par an. Cette année, nous en avons fabriqué 25 millions localement. Nous avons anticipé sur le manque de ce médicament sur le marché international. Et même en prenant ces mesures, le pays a été confronté à rupture de cet antigoagulant à cause d’une surconsommation induite par l’automédication liée au Covid.

La nomenclature des médicaments autorisés à l’importation a été réduite à 300 produits. Ce qui a induit une baisse de la facture d’importation de 300 millions de dollars américains en 2020 et de 500 millions de dollars en 2021.

La valeur maximale des importations peut ne pas être réalisée totalement. En 2022, sera mise en place une plateforme numérisée, sur laquelle seront portés les programmes d’importation et de production et les dates de livraison.

Nous aurons, ainsi, une visibilité qui nous permet d’anticiper sur de potentielles ruptures, de demander de les corriger ou chercher d’autres fournisseurs. Les produits hospitaliers seront intégrés progressivement à cette procédure obligatoire pour les produits d’officine.

De cette manière, nous réduisons au maximum les facteurs endogène des ruptures. Par ailleurs, il faut éduquer les malades et informer les prescripteurs, d’où la création d’un Observatoire national des disponibilités.

Pour rester sur la même problématique, quelles sont les dispositions prises pour sécuriser les stocks, sachant que le phénomène de pénuries de médicaments est quasiment structurel dans beaucoup de pays, y compris ceux catégorisés comme développés ?  

L’ensemble des importateurs et des producteurs sont tenus de communiquer sur leurs stocks, hebdomadairement.

Nous pourrons donc anticiper sur les ruptures. Je cite un exemple : si un médicament est retiré du marché international pour problème de qualité ou autre, nous saurons qu’il ne sera plus disponible en Algérie dans une échéance de six mois.

Les prescripteurs seront informés, via la plateforme de disponibilité. Ils devront plus le substituer par un produit de même effet thérapeutique. L’objectif est de prendre en charge le patient quelles que soient les contraintes. Dans la gestion de la crise sanitaire, nous avons réquisitionné tous les stocks des traitements Covid.

Est-ce que vous avez identifié des médicaments, qui coutent très cher à l’importation et qui pourraient être produits localement ?  

Les produits d’oncologie, hématologie et hospitaliers sont les plus couteux. 29 produits, acquis par la PCH (Pharmacie centrale des hôpitaux), étrangement par un mono-fournisseur, engloutissaient 60 milliards de dinars. Pour arrêter la saignée, nous avons prioriser, à l’enregistrement, tous les médicaments, qui peuvent être fabriqués localement et les biosimilaires.

Nous traitons en urgence les dossiers des  biosimilaires, pour que leurs fournisseurs  puissent répondre aux appels d’offres de la PCH  dans les délais fixés au 30 septembre 2021. Les sommes économisées seront allouées à l’achat de traitements innovants et l’immunothérapie que les patients (atteints de cancer, ndlr) attendent.

Est-ce qu’il y a eu établissement d’une liste de médicaments interdits de vente en officine sans ordonnance ? 

Cette liste existe déjà. Le problème se pose dans les habitudes de consommation, qu’il faudra changer.

Il est fondamental d’alerter sur l’automédication, dangereuse pour la santé. Le paracétamol tue s’il est pris en excès. Il provoque une cirrhose du foie. Il être très prudent dans l’administration d’un traitement.

Qu’en est-il du projet afférent à la régulation et la moralisation de l’information et de la publicité autour des produits pharmaceutiques et des compléments alimentaires ? 

En Algérie, la publicité autour d’un médicament est interdite en direction du grand public. Elle ne peut cibler que les professionnels de la santé. Il s’avère que des réseaux de médecins et de pharmaciens se sont constitués pour faire la promotion d’un produit précis au détriment d’un autre.

Un patient, recruté chez un médecin, est  envoyé chez un pharmacien pour acheter tel médicament de tel laboratoire. Forcément, cette pratique est en porte-à-faux de la déontologie et de la règlementation.

Les budgets, consacrés aux colloques et aux symposiums sont faramineuses, dont certains sont utiles car ils informent sur les nouvelles molécules et organisent des formations continues. Mais certaines dépenses ne servent pas l’intérêt public.

Donc il faut rationnaliser et encadrer l’information médicale, pour endiguer une dérive commerciale de la santé.

Nous sommes entrain mettre en place un cadre réglementaire, en concertation avec le ministère de la santé, les sociétés savantes, les ordres de médecins et des pharmaciens et les groupes pharmaceutiques. L’industrie pharmaceutique doit perdre la réputation de gagner de l’argent sur le dos des malades, mais qu’elle existe à son bénéfice.

Les compléments alimentaires ne sont, théoriquement qu’une supplémentation de vitamines et minéraux nécessaires, qui existent dans les aliments. Or, la frontière a été vite franchie, par la profusion de publicités utilisant des allégations thérapeutiques conférées aux  compléments alimentaires.

Devant cette dérive, nous préparons un texte règlementaire portant définition du médicament  de l’allégation thérapeutique ; du dosage médical… pour qu’on arrête définitivement les publicités mensongères sur des produits, qui contiennent de vitamines et de minéraux souvent de mauvaise qualité.

S.B