Eclairage – Macron dans le piège de l’Histoire

Eclairage

Macron dans le piège de l’Histoire

Par Mohamed Abdoun

Le président français, au lendemain de ses graves et inacceptables écarts, vient de lancer un appel à l’apaisement. Ce disant, il s’exprime en termes  dithyrambiques en évoquant le président Tebboune, de même que ses cordiales et amicales relations avec lui. Soit. Nous ne sommes pas un peuple belliciste, et ne cherchons pas noise aux autres pour des raisons futiles et superflues. Macron a compris sur le tard deux éléments de réflexion essentiels. Il faut dès lors les lui rappeler, et les marteler avec toute la force voulue. D’abord, sa malheureuse sortie était spontanée, et mûrement réfléchie. Il a cherché à tester sa force et sa domination face à cette Algérie nouvelle » dont les contours semblent lui échapper, dont les responsables ne lui mangent pas dans la main, qui ne possèdent pas de pied-à-terre en Hexagone et qui ne s’achètent pas avec un visa. Ensuite, un simple appel à l’apaisement après cette inexcusable sortie, inexcusable car préméditée et mûrement réfléchie, est ma foi loin d’être suffisant. C’est tout le peuple algérien qui a été touché dans son honneur et sa dignité. Il attend de ses légitimes représentants, avec le président Abdelmadjid Tebboune à leur tête, qu’ils le défendent, et le défendent bien. Depuis des années, peut-être depuis l’âge d’or de notre diplomatie durant la décennie 1970, la voix de l’Algérie n’a jamais porté aussi loin, ni aussi fort. Cela dérange, et irrite aussi la France, qui trouve son compte dans ses petites combines au Sahel, au Maroc, en Syrie, et un peu partout dans le monde. Mais pas en Algérie. Plus jamais en tous cas. A voir de quelle manière les traitres-harkis ont bénéficié des honneurs et des excuses de la France officielle, nous n’en attendons pas moins. Ce « régime algérien » dont parle Macron avec un soupçon de mépris, et des relents de nostalgie par rapport au « paradis perdu », a un peuple derrière lui. Le « hirak » ne l’a pas affaibli. Il l’a au contraire plus que jamais renforcé. Le « hirak béni et authentique » se reconnaît pleinement en ses dirigeants et en ses légitimes représentants. C’est sur ce point précis que Macron, ou ses conseillers du moins, a fait fausse route. Il s’est abreuvé aux propos de ces « opposants » réfugiés en France, déversant insanités, mensonges flots de haine contre leur propre pays. Ils ne sont pas loin de ressembler à ces descendants de harkis qui ont laissé Macron remettre en cause l’existence de la nation algérienne sans oser le contredire. A ce titre, la sortie provocatrice de Macron est une occasion en or de redéfinir les relations algéro-françaises. Si le travail mémoriel doit en effet se poursuivre, il ne doit certainement pas se faire sur des bases tronquées. Notre histoire, nous la connaissons mieux que quiconque, pour l’avoir personnellement vécue. Chacun d’entre nous compte parmi ses proches des moudjahidines, des martyres, dont beaucoup sont morts dans d’affreuses circonstances. C’est Macron qui cherche à tronquer et à réécrire l’histoire à sa convenance. Il cherche à en faire un fond de commerce électoraliste à l’approche d’une élection présidentielle qui s’annonce très serrée pour lui.

Algérie : peut-on vraiment comparer la colonisation française à l’occupation ottomane ?

« Est-ce qu’il y avait une nation algérienne avant la colonisation française ? C’est ça la question (…) Moi, je suis fasciné de voir la capacité qu’a la Turquie à faire totalement oublier le rôle qu’elle a joué en Algérie et la domination qu’elle a exercée. » Les propos, rapportés par Le Monde, d’Emmanuel Macron face à dix-huit « petits-enfants » de la Guerre d’Algérie n’ont pas choqué que les Algériens. Dans les rangs des historiens aussi c’est la sidération. Un président devrait-il dire ça ? « Ce n’est pas aux États d’écrire l’histoire et de dire ce qu’il en est de la nation algérienne à une certaine époque », s’indigne l’historien Gilles Manceron. La France face à son passé colonial Les propos d’Emmanuel Macron sur l’inexistence de la nation algérienne avant la colonisation empruntent directement à la rhétorique de la colonisation : avant les Français, il n’y avait rien. « Le fait que le sentiment national algérien ne se soit généralisé qu’au moment de la guerre est une réalité. Mais comme le sentiment d’appartenance à la nation française qui ne s’est vraiment installé qu’après la Révolution », tance l’historien. Car si l’Algérie n’existait pas avec les frontières que nous lui connaissons aujourd’hui, le pays existait avant l’arrivée des Français en 1830, et avant même celle des Ottomans (ancêtres des Turcs) en 1512, « des embryons d’État sur ce territoire du Maghreb central », retrace Gilles Manceron. Puis, il y eut l’occupation ottomane du XVIe siècle au XIXe siècle, stoppée par la conquête de l’Algérie par les Français. « Cette influence s’exerçait sous la forme d’États vassaux (des « beylik ») comme celui d’Alger. L’administration ottomane prélevait des impôts sur la population. Mais c’était une domination bien loin de ce qu’a été la colonisation française marquée par la violence et la destruction des structures sociales et religieuses locales », reprend l’historien. L’administration de la province d’Alger garde une certaine autonomie par rapport au pouvoir de Constantinople. Les Ottomans présents sur le territoire sont peu nombreux, et ils servent à faire tourner la machine étatique et militaire. Au contraire de la France qui mise sur une colonie de peuplement. « Le poids de l’empire ottoman comme puissance tutélaire était bien moindre que celui de la France en Algérie », insiste Isabelle Grangaud, directrice de recherches au CNRS rattachée au Centre Norbert Elias à Marseille et spécialiste de l’histoire du Maghreb ottoman. « Cette comparaison pose problème, parce qu’elle confond des modalités d’administration et d’autorité politique très différentes », poursuit-elle. Et à parler de Turquie plutôt que d’Empire ottoman, « Emmanuel Macron donne raison à Recep Tayyip Erdogan (le président turc, NDLR), ajoute Isabelle Grangaud, qui rêve de donner à la Turquie les atours rêvés d’un Empire.

In La Croix

Un journal attaché au prosélytisme, qui ne veut pas que du bien, mais qui recadre doctement les grossiers et provocateurs propos de Macron.

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