EL DJENADIA : VOYAGE MELODIQUEEN FLORILEGE DE BOUFARIK OU LES HARMONIES D’IBN ZEIDOUN ET WALLADA

EL DJENADIA :
VOYAGE MELODIQUEEN FLORILEGE DE BOUFARIK
OU LES HARMONIES D’IBN ZEIDOUN ET WALLADA

(*) Dr Boudjemâa HAICHOUR

 

En hommage au Cheïkh Boualem Djenadi né à Boufarik en 1903 et décédé le 23 Décembre 1972., l’Association El Djenadia qui prit son nom, a été agrée le 05 Octobre 1986. Versé dans le Hawzi et A’roubi, en pédagogue, Cheïkh Djénadi va créer cette école « El Djenadia » qui va revivre notre patrimoine immatériel en Mouwachahates et en Zajels.

De cette association émergeront ces futurs talents et virtuoses parmi les 163 élèves qui poursuivent leur formation à la fois théorique en solfège et pratique dans l’apprentissage d’instruments tels : le kanoun ou cithare, le luth, kouitra, la contre-basse, la mandoline, le nay, le violon et les éléments de percussion en derbouka et tar.

Nous sommes dans la salle Ibn Zeydoun de Riadh el Feth en cette soirée du Vendredi 17 Juin 2022 dans une ambiance toute andalousienne où l’acoustique et la clim offrent une Qaâda où les voix et la sonorité mettent un bémol embaumant le cadre par cette musique savante.

Je risque de transposer cette soirée au pur style d’Alger la Blanche à celle de Wallada Bent al-Moustakfi cordouane cette poétesse et non moins joueuse de luth, qui a su garder son statut de princesse consacrant sa vie à l’apprentissage des filles de bonne famille. L’assistance a eu droit à un bouquet de chants déclamés avec tant de délicatesse de ces Divas venues de Boufarik, ville de « zalabia » dont la recette remonte à Zyriab, inventeur de ce gâteau.

Mais de ces suaves collines qui jouxtent avec Blida la ville des roses, on est en plein dans l’urbanité et le raffinement d’une Cité de l’art par son paysage ondoyant et sensuel. Les couleurs s’enflamment avec les coquelicots et les tournesols qui brodent leurs caftans au senteur d’Isphahan enjolivés par les modes de musique telle la Nouba Sikah.

Cette province de Boufarik montre ses empreintes à celui qui veuille l’entendre par son répertoire varié allant jusqu’au Malouf dans le Mcedder de la Nouba Zidane telle « Ya Bahi Al Jamal JoudBilwafa » ou l’Oraison funèbre dans la « Marthiat Salah Bey ». On est à Riadh El Feth où entonnent avec grâce ces jeunes gens filles et garçons les symphonies s’élevant de la salle Ibn Zeydoun comme pour nous rappeler le temps de Madinat Al Zahra.

La légende raconte qu’en ce lieu avec leurs robes scintillantes de pierres précieuses y pénètrent des poètes et des musiciennes, produisant un effet magique de lumière dans l’enceinte du palais éblouissant tout visiteur fusse-il mélomane. C’est comme du temps du Califat de Cordoue du temps d’Abderahmane III, ces répertoires originaux les plus exquis nous parviennent voyageant en remontant les siècles.

Cette musique majestueuse traduit nos états d’âme dans notre chère Algérie qui s’apprête à célébrer le 60ème Anniversaire de notre Indépendance. C’est dans ce raffinement poétique que la troupe El Djenadia inspirée par le style sanaâ, présidée par Abdelkader Essemiani nous a gratifié d’un récital digne des grandes soirées artistiques.

« Lorsqu’en moi, mes pensées me ramènent dans un murmure
A vous, alors j’en meure presque, mais je l’endure
Les jours qui ont suivi votre perte, ces jours d’ennui
Sont devenus obscurs ; comme vous éclairiez la nuit,
Comme notre entente était claire, et la vie sans mesure
Et nos plaisirs d’enfant, en leur prairie, qu’ils étaient purs !
Ô doux vent de l’Orient, apporte mes salutations
A celle qui, d’un mot saurait raviver ma passion. »

Ibn Zeydoun

« Tout honneur pour Dieu seul ! De délice en délice
Moi, je vais mon chemin et me grise d’orgueil,
Tendant à mon amant mes deux joues en calice ,
Et offrant à qui veut mes deux lèvres vermeilles ».

Wallada

Car pour nous l’Andalousie est une image possédant l’inaltérable pouvoir d’attraction qui ne peut mourir. Elle ressuscite dans la pensée et le langage pour qui voudrait prolonger sa rêverie que l’Andalousie a une langue nostalgique qui réfracte l’héritage de l’Orient. Alors que le jasmin se mêle aux fleurs d’oranger, écoute les sonorités du luth raisonner dans la splendeur de l’aurore et regarde comme l’aube darde ses premiers rayons.

Regarde ces rameaux si beaux dans leurs parures, et respire cette joie de l’âme. Ce jardin paré de son tapis de verdure de roses rouges en harmonie avec celles des roses blanches au parfumant de muscleur senteur, comme si leurs habits de soie et de velours embellissent la sveltesse de ces divas.

Ces jeunes interprètes nous ont merveilleusement envoûtés par les différents modes du Rasdeddil au Raml mayaen passant par l’interprétation de la noubet el Ghrib et el Maya, El Djanadiaa enregistré plusieurs Nubas et présente un riche Palmarès qui lui a donné l’occasion de représenter l’Algérie avec brio lors desmanifestations des musiques du monde.

(*) Dr Boudjemâa HAICHOUR
Chercheur universitaire

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