En l’absence d’une réelle africanisation de la sécurité dans la région : L’échec avéré du G5 Sahel 

En l’absence d’une réelle africanisation de la sécurité dans la région 

L’échec avéré du G5 Sahel 

Hayet Youba

En décembre 2014, la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad ont mis en place le G5 Sahel. Un ensemble pragmatique qui a lancé des projets en matière de lutte contre l’insécurité dans le Sahel. Avec des projets ambitieux comme l’Ecole régionale de guerre à Nouakchott, le Centre sahélien d’analyse des menaces et d’alerte précoce qui s’ajoutait au Collège sahélien de sécurité fixé à Bamako.

Il était également question de mettre en place un bataillon d’intervention rapide. Ce qui a été fait en 2017 avec la création d’une force commune de 5 000 hommes. L’organisation a réfléchi aussi au lancement d’Air Sahel et à la construction d’une ligne ferroviaire Nouakchott-N’Djamena. Il s’agissait à l’époque pour ces pays de tirer les enseignements de l’expérience, qu’ils jugeaient infructueuse, de coopération sécuritaire régionale à travers le Cemoc, le Comité d’état-major conjoint créé par la Mauritanie, le Niger et le Mali avec l’Algérie. Lancé en 2010 sous l’égide de l’Algérie et installé à Tamanrasset, le Cemoc n’a pas connu d’essor.

En matière de coopération militaire bilatérale ou multilatérale, les pays du G5 Sahel ont jugé, à tort ou à raison, que l’aide algérienne était insuffisante ou inadéquate. D’où leur apparente déception et leur décision d’agir sans la puissance militaire algérienne. Ainsi, sous influence de la France, le G5 a été créé sans Alger qui avait d’ailleurs annoncé son refus de rejoindre le mécanisme. En fait, en 2013, la France a lancé l’opération Serval, pour repousser les groupes terroristes du Nord du Maliet elle s’est engagée, en 2014, dans l’opération Barkhane afin d’apporter un soutien plus large aux États membres du G5 Sahel. Enlisée dans un conflit coûteux, elle décide alors de se désengager militairement du Sahel et de confier la lutte antiterroriste à une force panafricaine (G+5) tout en contournant l’Algérie, pays pivot dans la région et dans la lutte contre le terrorisme. Pour preuve, Emmanuel Macron avait clairement critiqué à l’époque le rôle diplomatique de l’Algérie, l’accusant implicitement, et au minimum, de tiédeur face au terrorisme dans les contrées subsahariennes, notamment dans le Mali voisin. Il avait alors parlé d’exigence à son égard, indiquant qu’il «aurait une exigence renforcée à l’égard des Etats du Sahel et de l’Algérie : On ne peut pas manifester quelque faiblesse que ce soit à l’égard de groupements terroristes, quelles que soient les raisons politiques domestiques», avait-il déclaré. Quand il annonce la création d’une force africaine composée de 5 pays subsahariens, le président Emanuel Macron savait que l’Algérie n’en fera jamais partie et qu’elle ne lui apportera aucun soutien de quelque forme que ce soit, alors même qu’elle avait apporté une aide logistique à l’opération Serval et à Barkhane, faisant alors preuve de bonne volonté et d’un esprit coopératif.

En fait, la position d’Alger a toujours été claire à l’époque. Il ne s’agissait nullement, pour les autorités du pays, de se limiter à la stricte solution sécuritaire pour faire face au terrorisme et il n’était pas question de transgresser la Constitution qui n’autorisait pas, à ce moment-là, une quelconque intervention de l’ANP en dehors du territoire national. L’Algérie, qui a toujours privilégié les solutions durables, c’est-à-dire politiques, et dans le cadre multilatéral africain, a eu le rôle d’un observateur averti de l’échec annoncé du G5 Sahel.

Cette force a, très vite, peiné à parvenir à une vitesse de croisière, en raison, notamment de difficultés financières pendantes, aggravées par le refus américain d’une prise en charge par l’ONU. Initiatrice de cette force, la France n’est pas parvenue à obtenir du Conseil de sécurité de l’ONU le financement durable. Le bilan des 5 000 hommes composant les contingents mauritanien, malien, burkinabé, nigérien et tchadien n’incite pas, depuis le début, à l’optimisme, en dépit de certaines déclarations très diplomatiques. Face à des menaces permanentes, le G5 était loin d’être opérationnel. Il suffit de rappeler les nombreuses attaques perpétrées par les groupes terroristes au cœur même des pays composants cette force.

Une preuve tangible que le G5 ne pouvait finalement pas faire l’économie d’une coopération avec l’Algérie, la puissance militaire et stratégique régionale, ni de son expertise antiterroriste et son aide bilatérale, militaire et financière. Questionné sur la crise malienne, en juin 2021, le président Tebboune avait affirmé que «l’Algérie ne laissera jamais le nord du Mali devenir un sanctuaire pour les terroristes, ni permettra une partition du pays», avant de dire crûment les choses «le G5 Sahel qui lutte contre les groupes terroristes dans cette région, pourrait être plus efficace s’il avait plus de moyens. Or le G5 n’en a pas, il a été créé contre le CEMOC qui était mieux doté ». Et d’ajouter « dans ces territoires, certains s’opposent aux avancées de l’Algérie, essentiellement sur le dossier malien. Pour nous, il existe une volonté de saboter les accords d’Alger. Je crois aussi que le G5 ou Barkhane sont des solutions partielles », avait soutenu Abdelmadjid Tebboune dans une interview accordée au Point. Hier, le Mali a annoncé son retrait du G5 Sahel et de tous ses organismes. Un signe qui ne trompe pas sur le début de l’éclatement de ce mécanisme. La Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad vont vite comprendre qu’ils ne peuvent pas assurer leur sécurité par procuration ni opter pour des solutions partielles. Personne ne pourra sécuriser la place des pays concernés, leurs vastes frontières dont une grande partie est commune avec l’Algérie.

H.Y.

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