Entretien : Campel Cissé, activiste guinéen en France, à La Patrie News : « Le Sahara Occidental est le dernier territoire au monde militairement occupé »

Entretien: Campel Cissé, activiste guinéen en France, à La Patrie News : « Le Sahara Occidental est le dernier territoire au monde militairement occupé »

Campel Cissé, militant guinéen infatigable, ayant même visité les camps de réfugiés sahraouis, se bat pour la paix dans le monde, l’indépendance du peuple sahraoui, les droits légitimes des Palestiniens.

Le parasitage marocain des pays africains est évoqué à demi-mots dans cet entretien accordé à La Patrie News. Il y souhaite un rapprochement nouveau avec l’Algérie, qui devrait jouer un rôle nodal dans le développement de tout le continent, et l’instauration de la paix. Cela reste incontournable, et cela va incessamment advenir face aux interférences françaises, marocaines et sionistes.

L’heure d’un nouvel âge d’or pour la diplomatie algérienne, en plein redéploiement, a enfin et définitivement sonné.

Entretien réalisé par Mohamed Abdoun

La Patrie News : Où en sont les relations bilatérales algéro-guinéennes ? Qu’est-ce qui reste perfectible, ou à faire selon vous, dans ce domaine précis ?

Campel Cissé : D’abord je vous remercie pour cette opportunité que vous m’accordez. Que le bon Dieu nous assiste pour venir en aide aux peuples opprimés de toute la planète. Pour répondre à votre question, je mentirais sans doute si je devais dire que les relations bilatérales entre l’Algérie et la Guinée seraient au beau fixe. Ces relations existent, certes. Mais, la proximité avec le Maroc fait que le pouvoir guinéen actuel freine quelque peu l’essor de cette coopération bilatérale.

La politique marocaine est très offensive en direction des pays francophones, qui ont été colonisés dans le passé par la France. Il est question pour nos deux pays de travailler de concert pour trouver les voies et moyens à même d’améliorer les relations bilatérales entre l’Algérie et la Guinée. Pour cela, une volonté politique exprimée par les deux parties est nécessaire et incontournable.

Qu’est-il attendu de l’Algérie, concrètement, pour renouer avec ses amis et sa profondeur stratégique africaine ?

Je vous remercie pour cette question. Je viens de dire que la politique marocaine en direction des pays africains francophones est très offensive. Le Maroc est présent partout. Hélas, pas du tout l’Algérie. Nous n’y comprenons rien. Surtout que nous savons que par le passé, l’Algérie avait de très bonnes relations avec tous les pays africains francophones, notamment la Guinée.

Du temps du président Ahmed Sékou Touré, mon pays était à l’avant-garde de la défense de l’indépendance du Sahara Occidental. Il n’y a rien désormais. Prenez, par exemple les cas de la Côte d’Ivoire et du Sénégal. On n’entend plus du tout la Guinée parler de l’Algérie et du Sahara Occidental. C’est là que réside la difficulté.

Les relations existent pourtant bel et bien entre l’Algérie et ces pays. Il ya donc quelque chose qui ne va pas. Je ne m’avance pas à parler des autres pays, mais s’agissant de la Guinée, je pense que c’est la proximité du pouvoir guinéen avec le Maroc qui freine un petit peu l’essor de ces relations.

Je peux vous dire que l’Algérie est en plein redéploiement stratégique partout en Afrique. Cette démarche est quelque peu gênée la pandémie et le blocage des liaisons aériennes mais elle progresse de manière plus que notable….

He bien vous m’en voyez ravi, car l’Algérie a un rôle primordial pour aider au développement africain harmonieux, et permettre l’avènement de la paix partout dans notre continent.

Parlons justement de ce Sahara Occidental qui continue de vivre sous le joug colonial marocain, notamment avec la reprise du conflit armé…

Le conflit du Sahara Occidental date de très nombreuses années. A un moment donné, le Polisario, avait pris les armes. Les Nations-Unies s’en étaient mêlées. Nous ne pouvons absolument pas accepter cette situation.

Le Sahara Occidental est la dernière colonie qui reste en Afrique. Le peuple sahraoui est, ce me semble, le dernier à vivre sous occupation militaire directe. Nous sommes pour que la communauté internationale redouble d’efforts pour instaurer la paix dans cette partie du monde et de l’Afrique.

La grande question que l’on se pose est celle de savoir pourquoi toutes les résolutions prises par l’ONU en faveur de la tenue d’un référendum d’autodétermination du peuple sahraoui ne sont jamais appliquées.

Vous êtes favorable à la tenue de cet incontournable référendum d’autodétermination du peuple sahraoui, et d’une plus grande implication de la communauté internationale dans le règlement de ce conflit qui s’éternise. Qu’en est-il du rôle de l’Union Africaine, à présent que cette question est revenue au sommet de ses priorités ?

A mon avis, l’Union Africaine n’a pas joué le rôle qui aurait dû être le sien. Le Maroc a quitté l’ex-OUA au moment de l’adhésion de la RASD à cette organisation. Il est revenu en 2017….

Pour la vérité historique et la précision sémantique, je me dois de rappeler que le Maroc n’est pas revenu à l’UA, dont la RASD est membre fondateur. Il y a plutôt adhéré en 2017. La nuance est de taille…

La nuance est totale. Elle change complètement la donne politique et géostratégique, j’en conviens. Le problème reste entier. Le Maroc et les alliés qui le soutiennent n’a pas l’intention de quitter les territoires qu’il occupe militairement. Pas moins de 85 pays membres de l’ONU sont pourtant favorables à la tenue de ce référendum, pour permettre au peuple sahraoui de décider librement et souverainement de son destin. Le problème reste entier, et je le regrette foncièrement.

Qu’en est-il du sommet d’aide à l’Afrique organisé par la France ?

Pour moi, c’est une très bonne chose. La France, qui est une très grande puissance, invite une vingtaine de chefs d’Etats africains à venir discuter de la problématique financière de certains pays, cela même si des pays qui comptent, comme la Guinée, n’ont pas été invités à ce sommet.

Cette démarche peut déboucher sur du positif et du concret, même si nos Etats font face à d’énormes problèmes dans la gouvernance de leurs pays.

Pour moi halas, c’est une plaie béante, que nous continuons de trainer. Si la démocratie, les constitutions et les droits de l’Homme ne sont pas respecté, il y aura toujours des tensions, des guerres et des conflits. Cela nuit à l’avenir économique et démocratique de ces pays-là. Il faut que l’UA change de politique et d’attitude vis-à-vis de ses propres membres.

Quand on voit qu’elle tolère le maintien de chefs d’Etats pour deux ou trois mandats, au mépris de leurs propres règles démocratiques, on ne peut espérer instaurer paix et développement dans ces pays-là. Nous débattons très souvent de ces questions épineuses. Malheureusement, cette situation est encouragée et soutenue par certaines puissances. C’est ce qui fait que les tensions et les conflits persistent encore…

J’ai toujours dit que le contraire de la mauvaise gouvernance,  He bien c’est bien c’est tout simplement la bonne. Il faut que le développement et les richesses profitent de manière équitable à tous les peuples.

Malheureusement, la mauvaise gouvernance et la corruption est une plaie béante, qui est très difficile à guérir. Il faut absolument commencer par mettre fin à l’injustice. Si on arrive à le faire, ce serait une très bonne chose en soi. Il faut surtout veilleur à ce que le judiciaire ne soit pas inféodé au politique.

Il faut cesser de mettre les gens soient jetés en prison pour leur appartenance ou opinions politiques. Cela ne se passe pas seulement en Guinée, mais un peu partout en Afrique. Il faut aussi mettre un terme définitif au pillage des ressources nationales de tous les pays africains. Il faut éduquer la jeunesse et lui garantir des emplois aussi. Le monde doit être juste et équitable. Ce n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui.

En parlant de tensions et de conflits, que vous inspire la nouvelle agression sioniste contre le peuple palestinien ?

Très sincèrement, je dois commencer par dire que j’ai beaucoup d’amis juifs.

On distingue foncièrement entre sionistes et juifs. Nous ne sommes pas racistes, ni partisans de l’apartheid qu’applique l’entité sioniste dans les territoires occupés palestiniens…

Je suis entièrement d’accord avec vous. Je rejette catégoriquement tout ce qui se rapporte à la loi du talion. Son application fait perdurer une guerre perpétuelle, qui ne fait que renforcer la haine. Tant qu’il y aura la haine, on ne pourra pas s’en sortir. Lorsque des enfants de six ans ont vu leurs maisons détruites, ont vu leurs familles décimées, littéralement… cet enfant, une fois qu’il aura grandi, gardera au fond de lui cette haine pour ceux qui ont assassiné les siens, et détruit sa maison. Il aura envie de se venger un jour, sans attendre qu’un quelconque ordre lui vienne de la part de telle ou telle organisation.

Il prendra lui-même les armes lorsqu’il en aura un jour la possibilité. Dans ce conflit aussi, la communauté internationale doit absolument s’impliquer beaucoup plus pour que la paix revienne dans cette partie du monde. Dans le cas contraire, la guerre serait perpétuelle,  et on ferait face à un éternel recommencement. Non seulement les Palestiniens ne peuvent pas vivre en paix comme ça, mais Israël non plus avec la poursuite de ses colonisations et expansion de son territoire.

Est-il logique toutefois de placer dos-à-dos bourreaux et victimes…

Non, non, non, ce n’est pas normal en effet. L’agresseur est identifié. On sait qui agresse. Et qui est agressé aussi. Le faits sont connus. Incontournables et têtus. Voilà pourquoi j’ai parlé de ces enfants qui voient ce genre de crimes commis sous leurs yeux.

Entretien réalisé par Mohamed Abdoun

Bio express

Campel Cissé est secrétaire général exécutif chargé de la coordination de l’Alliance des Forces Patriotiques pour une Guinée Libre (ATPGL) Il est aussi Président de l’Organisation de la BASSE GUINÉE LANGNY INTERNATIONALE) BGLI). Enfin, il est membre du collectif des citoyens africains résidents en France amis de l’Algérie.

M.Ab