Entretien/ Dr Bakary Traoré, Consultant Pour les questions sécuritaires dans le Sahel. Expert à la Mission d’Appui à la Refondation de l’État (MRE) au Mali : « Le retrait malien du G5-Sahel  annonce la mort de celui-ci »

Entretien/ Dr Bakary Traoré, Consultant Pour les questions sécuritaires dans le Sahel. Expert à la Mission d’Appui à la Refondation de l’État (MRE) au Mali : « Le retrait malien du G5-Sahel  annonce la mort de celui-ci »

Expert en questions sécuritaires, et personnellement engagé dans le lent processus de refondation de l’Etat malien, Bakary Traoré, scelle la mort (cérébrale) du G5-Shel depuis l’annonce du retrait malien de  celui-ci. Il en explique les raisons sur les plans technique, politique, militaire et géostratégique. Revenant «également sur l’accord d’Alger, qui tarde encore à se concrétiser sur le terrain, notre interlocuteur n’écarte aucun scénario, à commencer par celui du possible abandon de cet accord. Quant à cette tentative de coup d’Etat dont vient d’être victime le gouvernement de transition malien, Bakary Traoré estime que le moment est très mal choisi, pour exacerber une crise profonde qui perdure depuis 2018 au moins. Notre interlocuteur détaille également les différentes formes d’aides que pourrait apporter Alger à Bamako. Cela, non sans saluer la spectaculaire montée en puissance des FAMA grâce à la précieuse aide russe. A quoi rassemblera la bande sahélo-saharienne après la fin du G5-Sahel sur le plan militaire et géostratégique ? précieux éléments de réponse de la part de cet expert dans l’entretien que voici…

Entretien réalisé par Kamel Zaidi

La Patrie News : Nous avons déjà parlé dans un précédent entretien de l’inanité du G5Sahel  qui, pour moi, avait été mis en place par l’occident, pour ne pas dire la France, dans le seul but de contrer le Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC), dont le QG était basé à Tamanrasset. Bref, le Mali vient en fin de se retirer du G5Sahel. Quelles conséquences politiques, géostratégiques et sécuritaires, pourriez-vous prédire dans les court, moyent et long terme ?

Dr Bakary Traoré : Il est clair que ce retrait implique des conséquences géostratégiques importantes sur les court, moyen et long terme. D’abord, au plan politique, cette sortie du G5-Sahel vient confirmer la souveraineté du Mali sur l’ensemble de son territoire. Ce processus de reconquête de notre souveraineté s’est enclenché avec beaucoup de succès. Cela se voit avec l’irrésistible montée en puissance des forces armées maliennes (FAMA) depuis janvier 2022. Le Mali reprend résolument son destin en main. Il a les moyens d’apporter les solutions idoines à l’ensemble de ses problèmes, au-delà des organisations sous-régionales qui se sont montrées incapables de régler les problèmes dans lesquels se débattent depuis des années l’ensemble des pays de la région durant au moins ces dix dernières années. Sur le plan géostratégique et sécuritaire, cette sortie va accentuer la coopération bilatérale et multilatérale avec plusieurs pays, tel que la Mauritanie. En effet, tu n’es pas sans savoir que les fuseaux et points d’intervention du G5-Sahel va du Mali au centre jusqu’à la Mauritanie à l’ouest, en passant par le Niger, le Burkina-Faso, le Tchad à l’est et la zone dite des trois frontières. A regarder  de plus près ces fuseaux, il est impossible de ne pas se rendre compte que le Mali est incontournable au Sahel pour mener une lutte globale et efficace contre le terrorisme. A mon avis, sa sortie du G5-Sahel va accentuer le renforcement de la coopération bilatérale au détriment de la coopération multilatérale telle que connues sous l’égide du G5-Sahel. Sur les trois fuseaux d’intervention de ce dernier, il y en a deux qui touchent directement le Mali. Au sein de ces deux fuseaux, les FAMA ont déjà pris fermement pied. On va visiblement ver le renforcement de la coopération militaire entre le Mali et ses voisins, tels que la Mauritanie, le Burkina.. s’agissant des conséquences sécuritaires aussi, il est important de souligner également que cette sortie malienne va induire un inévitable déclin du G5-Sahel, ou carrément sa mort, comme l’a si bien dit le président du Niger Mohamed Bazoum. Le Mali se situe entre la Mauritanie et le reste des fuseaux d’intervention du G5-Sahel. Les manœuvres militaires conjointes en deviennent difficiles, pour ne pas dire impossibles.

Les évènements s’enchainent et se précipitent à très grande vitesse depuis plusieurs semaines. Que peut-on dire sur le dernier coup d’Etat manqué annoncé ce jeudi par Bamako ? que s’est-il vraiment passé, et quel est le « pays occidental » impliqué dans ce putsch manqué ?

Ce lundi-soir, le gouvernement malien a annoncé par la voix de  son porte-parole Abdoulay Maïga, qu’un groupe d’officiers et de sous-officiers a tenté de mener un coup d’Etat dans la nuit du 11 au 12 mai courant. Grâce à la vigilance des FAM et du gouvernement malien, cette tentative de coup d’Etat a été déjouée. Le même communiqué évoque également l’aide d’un Etat occidental. Hier-soir, (’entretien a eu lieu dans la soirée de ce jeudi. NDLR), le chef d’état-major des armées Abdoulay Soumaré, a précisé que les enquêtes étaient toujours en cours. Pour le moment, il est donc impossible de déterminer le nom de cet Etat occidental complice de cette tentative de putsch. Il faut faire preuve de patience en attendant les résultats de  cette enquête. En attendant, je déplore très fortement cette tentative qui intervient à un moment délicat où le Mali n’a pas du tout besoin de plus de déstabilisation, et encore moins de problèmes entre les militaires. D’autant que le Mali est engagé depui mai 2021 dans un processus de rectification de sa transition afin de pouvoir mener à son terme son processus de refondation. Ce processus remet bel et bien ce pays sur rails, s’agissant notamment de la reconquête de sa  souveraineté sur les plans militaire, diplomatique, politique et économique. pour moi, ce n’est donc pas du tout le moment d’en rajouter, d’autant que le pays souffre des affres des sanctions qui nous sont injustement imposées par la Cédéao.

Quelles sortes d’aides peut espérer le Mali de la part d’Alger, pour assurer sa stabilité et en finir avec la crise interne qui n’en finit plus de le secouer ?

Le Mali a toujours besoin de l’aide de ses amis. En l’occurrence ici, l’Algérie. Comme le dit si bien le vieil adage, c’est dans les situations difficiles que  l’on reconnaît ses vrais amis. L’Algérie n’a jamais été avare de ses aides multiples envers le Mali depuis  le commencement de sa crise multiforme, il ya de cela une dizaine d’années. Cela dit, aujourd’hui, au regard des sanctions injustes imposées au Mali par la Cédéao, je dis que nous avons plus  que jamais besoin d’une sorte de corridor nous permettant de bénéficier d’une débouchée vers l’extérieur via les ports algériens. Ceci d’une part. De l’autre, et sur le plan économique, le Mali a besoin de l’approvisionnement algérien dans le domaine des hydrocarbures. L’Algérie est un pays riche en pétrole et en gaz. Or, tu n’es pas sans savoir, que par rapport à la crise globale issu du conflit entre la Russie et l’Ukraine, le Mali subit les conséquences économiques, notamment une pénurie et une flambée des prix du gasoil. L’Algérie peut ainsi jouer un rôle essentiel par rapport à cette problématique. Le Mali a également besoin d’une coopération étroite et renforcée avec l’Algérie. Il s’agit de le faire afin de compenser notre sortie du G5-Sahel. Ce n’est pas tout. Le Mali compte aussi sur l’Algérie afin qu’elle lui assure une sorte de bouclier protecteur afin que les menaces extérieures, notamment aériennes, ne puissent pas toucher le Mali. Sur ce plan, en effet, le rôle de l’Algérie est primordial puisque nous partageons plus d’un millier de kilomètres avec l’Algérie.

Nous avons très récemment parlé de l’accord d’Alger. Je reviens une fois de plus à la charge pour demander, à la faveur de ces récents développement, s’il faut l’abandonner ou en chercher un autre, ou bien chercher seulement à l’actualiser ?

Sur le plan militaire enfin, il ya aussi le dossier en suspens de l’accord d’Alger, dont l’Algérie a été l’initiatrice, la facilatrice et la principale médiatrice. Le rôle de l’Algérie reste assurément essentiel concerbnant le processus de paixengagé au Mali depuis 2015.  Cet accord d’Alger, tel que signé en 2015 entre l’Etat malien et les différents groupes armés, il me semble que les deux hypothèses sont envisageables. En effet, l’accord en question peut soit être renégocié en vue de son actualisation soit abandonné au profit d’un autre accord, mieux négocié. Tout va dépendre des discussions que continuent de mener les différentes parties. Me concernant, il me semble que l’essentiel réside dans la bonne foi de l’ensemble des acteurs signataires de l’accord. Même un mauvais accord peut être couronné de succès s’il est sous-tendu par la bonne foi de ses signataires, de même qu’un bon accord peut être voué à l’échec s’il est accompagné par la mauvaise foi de ses signataires. Cela pour ponter la flagrante mauvaise foi de certains groupes armés,  qui refusent ostensiblement de déposer leurs armes, alors qu’ils s’y sont engagés dans l’accord d’Alger de 2015.

Où en est la lutte antiterroriste que mènent sur le terrain les FAMA (forces armées maliennes) avec l’aide de Moscou ?

La lutte antiterroriste, menée avec l’aide précieuse de Moscou, menée par les FAMA dans le cadre de l’opération Maliko, avance de semaine en semaine et de jour en jour à pas cadencés.

Merci infiniment pour ta disponibilité. Cette avancée spectaculaire se fait en faveur des FAMA et au détriment des groupes terroristes. J’en veux pour preuve le dernier communiqué des forces armées maliennes (daté de ce jeudi. NDLR), fait état de l’interception, le suivi et la destruction  d’une colonne logistique de terroristes dans le cercle de Panamba. Le bilan de cette énième et importante opération fait état de la neutralisation de douze terroristes en sus de 16 autres terroristes interpellés, mais aussi  12 motos et une importante quantité  de carburant récupérée. Bref, chaque semaine apporte son lot de victoires pour les FAMA. Cela, grâce à cette coopération éclairée, et à l’intelligence des  autorités de la transition. Cette victorieuse coopération est mené avec un partenaire digne de confiance, la Russie en l’occurrence. On ne peut donc que se féliciter de cette montée en puissance. Il est permis de parler aujourd’hui de la confirmation de la montée en puissance des forces armées maliennes. A ce rythme, et avec la poursuite de l’aide de la Russie ainsi que celle de ses autres partenaires de confiance, le Mali parviendra bientôt à vaincre définitivement le terrorisme. Je ne terminerais pas sans saluer la résilience du peuple malien, qui résiste héroïquement aux sanctions injustes de la Cédéao. Depuis le mois de janvier passé, le Mali subit ces sanctions injustes. Le Mali, aujourd’hui plus que jamais, doit poursuivre son processus de refondation, dans lequel il est engagé depuis un an.  Il faut en finir avec ces profondes et salvatrices réformes avant d’organiser de vraies élections. Preuve en est que l’échec des élections de 2018 a prouvé que la précipitation dans l’organisation d’un scrutin sans véritables réformes, ne peut qu’engendrer une crise politique profonde, à l’image de celle que le Mali traverse présentement. Il est donc impératif pour nous de parachever  ces réformes politiques et institutionnelles avant d’envisager tout processus électoral crédible et viable. Ce préalable est fondamental pour la stabilité du Mali. Cette refondation profonde s’accompagne par le reconquête de notre souveraineté politique, militaire, diplomatique et géostratégique. Cette reconquête n’a franchement pas de prix.

K.Z

com fin

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