Entretien/ Son excellence Mah Lahdih, ambassadeur de la RASD en Colombie, à La Patrie News : « Le Makhzen est derrière certains des actes terroristes commis au Sahel ! »

Entretien/ Son excellence Mah Lahdih, ambassadeur de la RASD en Colombie, à La Patrie News : « Le Makhzen est derrière certains des actes terroristes commis au Sahel ! »

Saint-Jean Perse, écrivain prodige et diplomate à la fois. C’est à ce brillantissime personnage, prix Nobel de littérature, que fait irrésistiblement penser l’ambassadeur sahraoui basé à Bogota.

Son admirable combat, mené à l’aide de sa plume acérée, juste, pertinente et percutante, il le mène avec une rectitude intellectuelle et morale qui fore respect et admiration. Sa modestie, qui le dispute à ses nombreux talents, ne le distingue pourtant pas de l’admirable peuple qu’il incarne représente et défend avec une redoutable efficacité. Drapé du sceau de la modernité, pour troquer sa traditionnelle plume sergent-major, c’est le 2.0 qui est de mise désormais. Le blog de ce diplomate hors-pairs « Saguia de Oro » est entièrement dédié à la défense de la noble cause de son peuple.

Mais, un roman est également en chantier. En attendant, c’est le vécu quotidien, et le drame de ce peuple pacifique, généreux et juste, qui prime sur toute autre considération. Sahara Palestine, droits de l’Homme, reprise de la guerre, deal secret et honteux de Mohamed VI pour poignarder dans le dos le troisième lieu saint de l’islam… tout y passe. Ecoutons, ou plutôt, lisons  ce diplomate et chevalier moderne de la plume. L’entretien vaut absolument le détour. Suivez le guide…

Entretien réalisé par Mohamed Abdoun

La Patrie News : Depuis la reprise du conflit armé à cause de la rupture volontaire et unilatérale par le Maroc du cessez-le-feu de 19991, la question sahraouie en est arrivée à une croisée des chemins déterminante et historique. Comment appréhendez-vous la suite des évènements, tant au niveau de l’ONU que de l’UA ? Êtes-vous optimiste, et quels scénarios possibles envisageriez-vous ?

Mah Lahdih : Le Maroc a violé le cessez-le-feu du 13 novembre, conseillé par la France et certains pays du Golfe qui croyaient que son acte n’allait pas avoir des conséquences, et il reste étourdi et sans orientation avec la réponse de l’armée sahraouie.

Au niveau de l’ONU, tant qu’il existe le droit de veto, la lutte des peuples pour atteindre leurs droits continuera d’être la victime des intérêts des grandes puissances. Dans le cas particulier du peuple sahraoui, tant que la République française sera un membre permanent de ce conseil et qu’elle continuera d’agir en tant que propriétaire absolu de la moitié de l’Afrique, en commençant par le Maroc, les attentes pour qu’un changement de substance se produise concernant l’application stricte du droit international sont maigres.

Cependant, il y aura toujours des pays qui défendent l’application stricte de la légalité internationale, ce qui a évité et évitera dans l’avenir que soient bafoués les droits légitimes comme ceux du peuple sahraoui. Et notre espoir réside dans le fait que nous sommes conscients que la justice et le droit international, ainsi que la raison, sont de notre côté.

Concernant l’UA, c’est une organisation à laquelle, sur le papier, on ne peut rien reprocher, ses positions et décisions sont claires, résolues et définies. Néanmoins, dans la pratique, l’UA a besoin d’avancer vers une union réelle et solide, avec un pouvoir de décision propre et non émanant de Paris comme cela arrive à plusieurs de ses membres.

Nous autres sahraouis sommes des optimistes pathologiques et notre philosophie de vie tourne autour de la positivité et de l’espoir. Je crois que tel que se sont déroulés les événements depuis la fin de l’an dernier, cet espoir inné a augmenté.

Nous observons que le conflit sahraoui, parfois par accident et parfois parce que les circonstances l’ont forcé, a été très présent dans l’agenda international depuis l’année dernière, ce à quoi il faut rajouter la situation économique et politique critique vécue par l’occupant marocain, immiscé dans une hémorragie qui finira par le saigner et l’obliger à accepter le respect de la loi internationale.

Ainsi, je crois que nous sommes dans des moments décisifs et cruciaux qui auront pour conclusion une solution juste et équitable du problème sahraoui.

Le coup de poker de Mohamed VI dans son deal avec Trump s’est retourné contre lui, ce qui explique sa rage folle contre plusieurs pays européens. Quel avenir pour les relations Maroc-UE et Rabat-Washington à la faveur de ces développements majeurs, et que les masques sont définitivement tombés ?

Je crois que des pays qui sont les partenaires traditionnels du Maroc, quand ils ont refusé de sortir de la légalité internationale et ont exprimé que le territoire du Sahara Occidental est enregistré aux Nations Unies en tant que territoire non autonome faisant l’objet d’un processus de décolonisation et sa solution doit s’inscrire dans le cadre de l’ONU et non pas de façon unilatérale et illégale tel que Trump et l’État sioniste d’Israël l’ont prétendu, ont été victimes de la colère et du chantage du Makhzen marocain, ce qui a surpris beaucoup de spécialistes et d’experts.

Mais cela a contribué à ce que ces pays se rendent compte de la vraie nature du régime extorqueur marocain.

Tous ces événements doivent marquer l’avenir des relations entre l’UE et le Maroc. L’UE a destiné ces 10 dernières années 13 milliards d’euros au Maroc en aides financières à la coopération, devenant ainsi le premier récipiendaire d’aides européennes à la coopération au niveau mondial, avec de surcroît le fait que ces aides ne se sont pas traduites par une amélioration des conditions de vie du peuple marocain, tel que nous l’avons vu ces jours-ci.

Ce qui veut dire que l’UE ne peut pas se permettre un traitement normal avec un État féodal construit à base de chantages et d’extorsions et qui n’a pas de morale ni d’éthique pour utiliser son peuple et son enfance en les poussant vers une aventure en risquant leurs vies avec des fins politiques.

Plusieurs voix ont déjà surgi au sein de l’UE pour demander des sanctions envers le Maroc s’il continue de faire usage de ces pratiques typiques d’autres époques.

Concernant ses relations avec Washington, les américains se trouvent actuellement le dos au mur. Trump leur a laissé un cadeau empoisonné auquel ils ne trouvent pas la formule correcte pour s’en débarrasser, ils savent parfaitement que la reconnaissance de la souveraineté sur le Sahara Occidental est un acte complètement illégal et sans validité.

Néanmoins, l’influence du lobby juif aux États-Unis définit plusieurs politiques du gouvernement américain, ce à quoi il faut ajouter qu’ils ne veulent pas contrarier leur allié éternel, l’État d’Israël. Je suppose que tel que l’a prôné Joe Biden, en relation avec son retour au multilatéralisme, son gouvernement finira par se détacher de cette reconnaissance de façon officielle ou extra-officielle.

Le Maroc, qui a longtemps entretenu l’illusion qu’il était un facteur de stabilité régional, en matière de lutte contre le terrorisme notamment, ne subit toujours pas la moindre sanction internationale en dépit de ses liaisons avérées avec les réseaux mafieux liés au trafic de drogue, au grand banditisme et eu au crime organisé. Pourquoi cette criminelle impunité, et comment y mettre un terme définitif ?

Les services secrets marocains, protégés de la création des groupes extrémistes et terroristes du début des années 90, ont trouvé la clé de l’affaire et sont devenus la victime, le tueur et le policier.

De cette façon ils se sont présentés dans les pays occidentaux où il existe une immigration marocaine nombreuse et leur ont offert leur collaboration. D’abord, ils se sont consacrés à contrôler et diriger toutes les mosquées et les associations d’immigrants marocains en Europe, à partir de là ils se chargeaient de monter les cellules et de les financer et, à un moment donné, ils pouvaient opter par informer les services de police du pays d’accueil sur l’existence de ces cellules ou alors ils les laissaient agir et informaient après pour la détention de leurs membres.

C’est-à-dire qu’ils le cuisinaient, le mangeaient, le digéraient et l’évacuaient. C’est ainsi qu’ils sont devenus des collaborateurs presque incontournables de certains pays européens.

Concernant leurs liens plus que prouvés avec certaines des bandes terroristes et du crime organisé du Sahel, cette relation a pour base le trafic de cannabis. Le Makhzen envoie vers cette zone des milliers de tonnes de haschisch avec lesquelles il contrôle certaines de ces organisations et dirige leurs actions. Depuis plusieurs années des contacts d’agents marocains avec des responsables de ces organisation ont » été détectés. Le Makhzen est derrière certains de ces actes terroristes qu’ont commis ces bandes installées au Sahel, par exemple l’enlèvement de trois coopérants dans les camps de réfugiés sahraouis en 2010.

On suppose qu’un jour les pays européens se rendront compte de l’usage abusif que fait le Makhzen de ses immigrants installés en Europe et tel que cela est arrivé maintenant à Ceuta une autre des sept masques du Makhzen tombera.

Quid de la situation des droits de l’Homme et des détenus d’opinion au Maroc et dans les territoires occupés sahraouis ?

Au Maroc les droits humains n’existent pas, les individus ne sont pas des citoyens, ce sont des sujets d’un Roi qui est le chef, le propriétaire et le seigneur des destins de tous les êtres vivants habitant le Maroc. Au Maroc pas un seul droit fondamental des personnes n’est garanti.

La situation des prisonniers de conscience sahraouis au Maroc est un abus flagrant des droits de l’homme, ils sont dans des prisons inhumaines où ils subissent des tortures, des humiliations, des mauvais traitements physiques et psychologiques, ils sont à des milliers de kilomètres de leurs familles, les visites familiales sont encombrantes et limitées, certains sont condamnés à la prison à vie juste parce qu’ils ont manifesté. En conclusion, c’est une situation dramatique et dénoncée par tous les organismes de défense des droits humains.

Il existe aussi des prisonniers de conscience marocains qui souffrent les mêmes violations de leurs droits, des journalistes critiques en prison par des accusations de délits de droit commun fabriqués par le Makhzen, l’un d’entre eux, Soulimani Raisouni, a sa vie en danger puisque cela fait plus de 40 jours qu’il fait la grève de la faim.

L’Amérique Latine en général, dont fait partie la Colombie, est pleinement engagée en faveur du combat libérateur et émancipateur du peuple sahraoui. Comment booster et donner plus de poids à cet important soutien au sein des instances internationales,  et principalement au sein du conseil  de sécurité de l’ONU ?

En Amérique latine il y a une grande sensibilité sociale avec la lutte du peuple sahraoui, malgré la campagne jouée par le Makhzen ces dernières années qui a constitué essentiellement à acheter des volontés avec des prébendes et de la corruption en général. Notre travail doit s’adresser à contrecarrer ce type de pratiques et à multiplier les actes de sensibilisation et de diffusion de notre lutte juste et légale, nous devons dénoncer aussi ces pratiques basses et indignes.

De même, il faut sensibiliser les pays latino-américains au message que la seule façon de garantir la cohabitation, l’harmonie et la concorde entre les peuples est à travers le respect de la loi et des normes internationales. Toutes les autres pratiques, propres de régimes comme le marocain, caractérisés par l’agression, les abus et l’occupation n’apportent que des conflits, des guerres et la souffrance des peuples.

Votre plume fluide et acérée, dont vous gratifiez notre site, qui vous en remercie vivement au passage, est une redoutable arme politique, médiatique et diplomatique. Envisagez-vous des projets de livres, d’essais, ou même de romans, pour mieux, et plus, faire découvrir la cause noble et juste que vous défendez depuis les antipodes de la planète ?

En ce moment je dispose d’un blog appelé Saguia de oro où je publie mes réflexions sur la lutte de mon peuple et je me suis aussi consacré à l’écriture d’un roman qui, j’espère, verra la lumière un jour.

Un mot, pour finir, sur ce qui se passe en Palestine ?

Nous vivons des moments difficiles où l’agresseur se met à la place de l’agressé, nous assistons au comportement honteux de toutes les monarchies féodales arabes avec le vaillant peuple palestinien, nous observons comment ces pays immoraux et indécents s’allient avec l’État sioniste contre les intérêts de leur frère, le peuple palestinien. Nous assistons également à la répétition d’une séquence de l’histoire, quand nous observons le génocide sauvage commis par l’État d’Israël contre le peuple palestinien inerme, répétant la nouvelle modalité de l’Holocauste souffert par les juifs durant la Seconde guerre mondiale.

M. Ab

 

 

 

 

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