Entretien/ Yefri Benzerga, candidat aux législatives, à La Patrie News : « Le changement ne viendra que par la voie démocratique »

Entretien/ Yefri Benzerga, candidat aux législatives, à La Patrie News : « Le changement ne viendra que par la voie démocratique »

Observateur éclairé de la scène politique tant nationale que française, Yefri Benzerga incarne à merveille cette jeunesse avide de changements, de liberté, d’un développement harmonieux, équitable et profitable à tous.

Militant associatif très engagé en faveur de toutes les causes justes, comme le sont les dossiers sahraoui et palestinien, il explique sa candidature actuelle, car il croit au changement pacifique et démocratique. Or, les législatives de ce 12 juin en seront un jalon et une étape importants.

La Patrie News : Comme vous le reconnaissez-vous-même dans votre original spot de campagne électoral, vous faites face à une sévère crise de confiance. Votre double défi est, dès lors, d’amener le maximum de citoyens vers les urnes d’une part, et de réhabiliter la fonction de député de l’autre. Comment comptez-vous vous y prendre lors de votre campagne et, plus tard, si vous êtes élu ?

Yefri Benzerga : Le constat est là, il y a effectivement une crise de confiance entre le citoyen et le politique, mais réduire cette crise de confiance à la politique algérienne est une erreur de jugement à mon sens. En effet, c’est un phénomène mondial qui touche- même les démocraties les plus évoluées (pour preuve les gilets jaunes en France, où les élections américaines de 2020).

Aujourd’hui, le citoyen doit être conscient que le changement ne viendra que par la voie démocratique et légale que sont les élections et le dialogue politique, car celui qui pense que le changement sera radical et immédiat est en totale déconnection avec la réalité du terrain. Un véritable changement s’opère graduellement et nécessite la mobilisation de tous les acteurs de la société sans exclusion aucune. Dans le cas de notre pays, je pense que cela prendra deux ou trois générations et cela commence par ma génération qui aura la responsabilité de mettre la première pierre à l’édifice de cette Algérie nouvelle.

Ce changement se traduit aussi par la mise à jour du logiciel politique, un logiciel moderne efficace et proche du citoyen et de ses préoccupations. C’est ce modèle que je prône et que j’applique autant que candidat et que je continuerai à appliquer si les électeurs m’accordent leurs confiances. Le changement c’est aussi maintenant et dans les pratiques.

Quelles sont vos priorités de l’heure, et sur quoi reposent les grandes lignes de votre campagne électorale ?

 

L’une de mes priorités si ce n’est la plus grande estsimple : permettre à notre diaspora à l’étranger de se sentir enfin algérienne à part entière et non entièrement à part.  Ceci passe par une proximité, de l’écoute et de l’attention. J’ai constaté, et d’ailleurs vis moi-même, cette frustration et ce sentiment d’exclusion d’être des émigrés d’un côté de la Méditerranée et des immigrés de l’autre rive. Aujourd’hui, je compte contribuer à l’inversement de cette situation à travers de l’inclusion de cette diaspora.

Et pour cela, ma campagne électorale se repose essentiellement sur le contact direct avec le citoyen en occupant le terrain à sa rencontre à travers les marchés, les lieux associatifs et sportifs… Sans oublier la présence numérique (site internet www.yefri-benzerga.com, Twitter, Instagram, YouTube…) qui devient l’outil par excellence pour toucher les plus jeunes souvent oubliés par l’offre politique traditionnelle.

Dans votre spot de campagne, vous faites également référence au « hirak authentique ». Ses revendications ne sont-elles pas satisfaites pleinement, ou est-ce à cause des tentatives de récupération et de noyautage dont celui-ci fait l’objet ?

Comme je l’avais déjà exprimé précédemment dans vos colonnes, je pense que le Hirak authentique a permis de sauver les institutions de l’État. Rappelons les principales revendications du Hirak authentique du 22 février

1-   Non au 5ème mandat : il n’y a pas eu de 5ème mandat,

2-   Oui pour un nouveau président légitime : le président Tebboun a été légitiment élu en 2020

3-    Non aux concentrations des pouvoirs présidentielles : une nouvelle constitution a été adoptée par un referendum dont les articles phares sont la limitation des mandats présidentiels à deux et plus de pouvoir au parlement.  `

Beaucoup d’autres revendications du hirak authentique ont été exaucées et pour preuve les élections législatives auxquelles je participe à l’âge de 30 ans qui auraient été inimaginable avant les réformes entamées par le président de la République.

Le chemin est encore long, ce n’est pas fini mais étant légaliste, je crois au changement par les urnes et le dialogue politique et j’estime donc pour répondre à votre question que beaucoup de revendications du hirak ont été satisfaites et d’autres nécessiteront plus de temps et la mobilisation de toutes les forces vives de la nation (un homme seul ne peut tout faire, il faut l’aider, et bien le conseiller).

Cependant, je m’inquiète des tentatives de récupération du hirak par certaines forces obscures hostiles à la stabilité de l’Algérie et à son rayonnement géopolitique régional et continental.

Au regard des listes électorales en lice, il y a fort à parier que la future APN soit formés d’une mosaïque sans couleur, ou tendance, poli apparente. Quel avis fondez-vous sur ce sujet, et comment entrevoyez-vous la future décantation politique à venir ?

Votre question est pertinente et vous me donnez l’occasion de mettre en garde contre une mauvaise copie du modèle majoritaire macroniste.

A mon sens, et dans la période que traverse le pays les partis politiques ont plus que jamais leur rôle à jouer. Un projet politique et un projet de société doit avoir un but et un sens idéologique. Les listes indépendantes dont la majorité est constituée par des jeunes est une chance pour le pays car elle injecte du sang neuf dans l’appareil politique et dont les partis feraient mieux de s’inspirer s’ils veulent perdurer.

Le pari est certes risqué et le scénario d’une assemblée sans majorité est à craindre mais je veux croire profondément en la clairvoyance de ces jeunes qui veulent contribuer à l’édification d’une Algérie nouvelle. C’est risqué mais c’est un pari en l’Avenir que l’Algérie doit prendre.

Est-il temps de rendre au peuple le patrimoine glorieux et historique de notre FLN ?

J’ai déjà répondu à cette question dans vos colonnes, tous les Algériens sont FLN (le FLN historique 1954-1962). Chacun tirera ses conclusions

Un mot pour conclure ?

Ce que je peux dire pour conclure, est que l’Algérie est sur le chemin d’un véritable changement et je serai fier si les électeurs m’accordent leur confiance d’être un des acteurs de ce changement. Aujourd’hui, notre communauté à l’étranger est en attente d’un véritable député qui la représente et l’actualité de ces derniers jours l’a prouvé à juste titre.

L’entrouverture des frontières et les conditions imposées à nos concitoyens établis à l’étranger sont incompréhensibles malgré le respect que je porte à la noble intention des hautes autorités de vouloir protéger la santé des Algériens.

Nos concitoyens ont manifesté contre cette décision devant nos représentations diplomatique à l’étranger, je respecte et comprends cette colère, étant légaliste je suis pour le droit garanti par la constitution de manifester, mais je suis contre la récupération politique de ce désarroi par des éléments perturbateurs qui empêchent parfois des familles venues de loin pour affecter leurs démarches administratives d’accéder au consulat et qui voudront demain empêcher le déroulement normal du scrutin.

Dans des périodes de crise comme celle-ci, il est du devoir du député représentant la communauté à l’étranger de monter au créneau et de défendre les intérêts de celle-ci en jouant le rôle de passerelle entre les autorités, notamment les représentations consulaires et les citoyens. C’est ce député que je veux incarner.

Propos recueillis par Mohamed Abdoun