« Face à la dépréciation du Dinar, comment se prémunir contre le risque de change ? »

« Face à la dépréciation du Dinar, comment se prémunir contre le risque du change ? »

Le HEDGING, une vision stratégique dans la gestion du risque de change

(PREMIERE PARTIE)      

             

(*) Mohamed HAICHOUR, MSc, EMBA.

Membre du club d’Alger du Centre Algérien
de Diplomatie Économique

PREMIERE PARTIE

Dans le but d’équilibrer les finances de l’État, le gouvernement a introduit des dispositions fiscales et parafiscales nouvelles dans le cadre de la loi de Finances (LF 2021) dont l’avant-projet présenté à l’assemblée nationale populaire (APN) le 10/11/2020 par le ministre des finances. Le premier argentier de l’Etat a reconnu que la relance économique dans les pays ne sera pas facile durant les années prochaines, affirmant que les autorités feront en sorte d’un retour vers l’activité économique d’une manière à permettre la récupération partielle des pertes dues à la pandémie. Également, il a prévu un assouplissement des déséquilibres budgétaires interne et externes par une rationalisation profonde des dépenses.

Une dépréciation progressive mais importante du dinar algérien par rapport au dollar américain est prévue dans cette lois. Elle sera massive, puisqu’elle portera sur environ 47% au total, étalée en trois étapes. Le premier glissement sera effectif dès le début de l’année prochaine, soit une chute de 10,33%. La seconde phase, sera opérée en 2022, une baisse d’environ de 15,77%. Enfin la troisième et dernière intervention, interviendra en janvier 2023, sera d’ampleur de 21,21 %.

Telle qu’elle est élaborée, cette dépréciation massive va certainement infliger des dégâts au niveau de l’économie en général et des opérateurs économiques en particulier. Ces derniers devront payer beaucoup plus cher, pratiquement tous les produits à savoir la matière première, équipement et intrant sont importés de l’étranger. L’écrasante majorité des produits consommés par les algériens étant en effet importée, les augmentations de prix se feront arithmétiquement par le truchement des nouveaux différentiels de change engendrés par les dépréciations consécutives du dinar.

L’inflation importée frappera pratiquement toutes les marchandises, y compris les inputs industriels et agricoles, en grande partie importés. Cette inflation va automatiquement produire un « effet dominos » qui affectera la consommation dans son ensemble, avec le risque d’en réduire l’impact sur la croissance économique des années 2021 et 2022.

MESURES MONETAIRES POUR EQULIBRER LES AGREGATS ECONOMIQUES.

Selon la définition du régime de change Algérien, il s’agit d’un marché de change appelé flottant mais administré par la banque d’Algérie. Afin de faire face à l’impact que les facteurs exogènes et endogènes pourraient infliger à la monnaie locale « DZD », une monnaie qui évolue contre un panier de devises constitué principalement en Dollar & Euro, la banque d’Algérie intervient sur la valeur du dinar selon l’exposition de l’Algérie vis-à-vis l’étranger.

Dans un régime de change dirigé volontairement par une administration monétaire, il est difficile de se projeter sur l’évolution du Dinar à court et à long terme d’une manière proactive. Actuellement, le seul curseur de la trajectoire qui Drive la valeur du Dinar reste principalement le niveau de la réserve de change de l’Algérie qui constitue un matelas de sécurité pour le fonctionnement de l’économie Algérienne. En deuxième lieu, la balance des paiements et le déficit budgétaire qui constituent tous les trois fondamentaux sur lesquels la valeur du dinar est déterminée.

Avant d’entamer le sujet de couverture contre le risque de change d’une manière approfondie, il est nécessaire de comprendre le mécanisme de la dépréciation en présentant une illustration numérique sur le comportement du dinar vis-à-vis des deux devises principales, lors de l’intervention de la Banque d’Algérie quant à la détermination de sa valeur. La première dépréciation de la valeur du dinar est enregistrée au mois d’août 2015 à hauteur de -7,9%. Cette mesure monétaire est introduite afin d’amortir le choc pétrolier suite à la chute drastique du prix du pétrole qui a impacté négativement les recettes d’exportation de l’Algérie en devise. Ce recul était suivi par un second de moindre ampleur entre février et mars 2016 (-3,9%).

Ensuite la valeur de la monnaie locale est passée par une période de stabilisation, c’est-à-dire, elle fluctuait en parfaite corrélation avec la volatilité de la parité EUR/USD sur le marché international. Puis légèrement réévaluée de (+2,61%), entre le mois d’août-16 et fév-17. Alors que l’euro s’est apprécié de 11,1% face au dollar. Entre 20 fév. et 29 sept.17, le dinar a chuté de -14,23% face à l’euro et de -2,83% face au dollar. Le degré du glissement de la valeur du dinar a ralenti entre octobre 2017 et fin janvier 2018 (-2.77%). Depuis le mois de février 2018, la dépréciation du DZD a diminué pour se situer à -0.73% sur la période allant du mois de février à fin août 2018. Entre la période de août 2018 à sept-19, le dinar s’est déprécié davantage de -1,72%.  Entre sept-19 à fév-20, le DZD s’est apprécié de +1,99%.

Dans le contexte de crise sanitaire avec son fort impact budgétaire, les autorités monétaires ont procédé à la dépréciation du DZD de -8,2% entre le 28 fév-.20 et le 01 juin 2020 tout en précisant que l’essentiel s’est réalisé entre 01 fév.-20 et 30 avril-20 (6,8%). Pour rappel, la parité USD/DZD est essentielle dans la détermination des recettes fiscales d’origine pétrolière qui contribuent à hauteur de 42% au budget de l’État en 2019.

Avec ces fréquentes interventions aléatoires que la banque d’Algérie avait effectuées durant ces années sur la valeur du dinar, sans prendre en considération notamment les engageants des entreprises vis-à-vis l’étranger, ni leurs cycles d’exploitation qui ont été gravement perturbés engendrant ainsi des pertes colossales menaçant la survie de ces entreprises. Ces dépréciations ont aggravé davantage l’activité économique en l’occurrence pour ces opérateurs économiques qui n’ont pas sus anticiper ces discisions monétaires. Il est grand temps de laisser le dinar flotter selon l’offre et la demande sans autant que la banque d’Algérie le dirige d’une manière administrative, car les entreprises auront le temps nécessaire de mieux s’adapter quand les mécanismes de marchés sont les seuls qui dictent la loi.

QUATRE ANNEES SONT PASSEES DEPUIS LE LANCEMENT DE LA COUVERTURE CONTRE LE RISQUE DE CHANGE.

Selon la règlementation en vigueur, il est nécessaire d’introduire la base juridique encadrant et régissant les opérations de change en l’occurrence la couverture contre le risque de change. En 2017, la banque d’Algérie a fait promulguer un dispositif règlementaire 17-01 autorisant les banques commerciales de la place d’offrir des solutions de couverture contre le risque de change. Ce même règlement vient de s’abroger avec la sortie d’un nouveau règlement 20-04 du 15 Mars 2020 relatif au marché interbancaire des changes, des opérations de trésorerie devise et aux instruments de couverture du risque de change.

Quatre ans sont passés depuis la promulgation du premier règlement, une question qui se pose aujourd’hui, comment les entreprises ont réagi suite à cet évènement majeur qui a sans doute révolutionné le marché de change. Avec l’autorisation donnée aux banques intermédiaires de commercialiser cet instrument financier type dérivé « change à terme » auprès des opérateurs économiques, une grande étape a été franchie d’un pays qui envisage de s’ouvrir au marché international d’une manière graduelle, prudente mais bien réfléchie.

Il est vrai que pour certains pays, le change à terme « Outright Forward » est considéré comme un produit classique vu la maturité de ces marchés ainsi que les solutions dérivées qui étoffent l’offre commerciale. En Algérie, le change à terme est perçu comme un produit dérivé de première génération « Plain Vanilla » que le marché, autant que pour la banque que le Corporate, essaient de se familiariser avec son utilisation.

Cette contribution a pour but d’analyser les différents facteurs qui ont contribué à encourager sa mise en place ou bien les obstacles qui ont participé à la réticence de son utilisation par les entreprises algériennes. Un état de lieu avec des pistes d’amélioration seront énumérées tout au long des sujets qui seront abordés. Il est à préciser pour le lecteur, que l’approche couvrira le côté de l’opérateur économique comme utilisateur de cette solution financière.

Avec la mise en place de cet instrument de couverture type dérivé de première génération, l’entreprise algérienne va être témoin à la naissance d’un nouveau métier au sein de l’équipe des finances qui jusqu’à, aujourd’hui, n’existait même pas dans les grandes multinationales bien structurées installées en Algérie. Ce nouveau métier s’articule principalement sur la gestion proactive de risque de change en amont et aval avec la situation de la trésorerie de l’entreprise.

SE PREMUNIR FACE AU RISQUE DE CHANGE EST INCONTOURNABLE DANS LA GESTION MODERNE DE L’ENTREPRISE.

Cela veut dire, un élément existentiel à prendre en considération par le financier lors des négociations avec la banque des flux des opérations du commerce extérieur « Trade » à domicilier auprès de ses guichets. Une politique de couverture contre le risque de change s’impose en fonction de la devise d’exposition, les délais de paiements, la conjoncture économique actuelle ainsi que la qualité du service assurée par la banque.

Cette politique de couverture qui reste en soit un outil efficace à la disposition du financier pour respecter le budget tracé et validé lors de l’élaboration du budget du l’exercice en cours, sans pour autant effectuer des ajustements à chaque fois que le cours de change s’écarte de la trajectoire prévue préalablement au début d’année.

Encore il est plus important, particulièrement pour les entreprises exportatrices, la gestion de la trésorerie en devise qui devient un axe stratégique pour l’entreprise exposée à l’internationale dans les deux sens, soit des flux financiers sortants et entrants Versus une monnaie domestique non convertible.

Ce contexte d’incertitude exige au financier de l’entreprise de développer impérativement certains réflexes de marchés. Ces reflexes vont lui permettre de gérer proactivement sa position de change soit elle Short ou Longue en fonction de l’évolution de cours de change. En effet, le premier réflexe surgisse quand l’entreprise évolue dans un contexte de dépréciation. Dans le cas échéant, le financier en charge de la gestion des positions de l’entreprise n’a nullement le besoin d’appréhender l’évolution de taux change afin de décider de se couvrir. Le Hedging automatique de ses paiements à l’étranger s’impose sans attente. Le deuxième reflexe que le financier doit avoir, est celui du suivi en temps réel, le marché de change au comptant « SPOT » afin qu’il puisse profiter d’une éventuelle opportunité sur le marché, en passant des ordres de couverture au moment où il aura des creux, c’est-à-dire une baisse favorable pour l’entreprise de la devise d’exposition.    

FACTURER EN MONNAIE LOCALE ET PAYER EN DEVISE FACILEMENT TRANSFERABLE.

Une fois que la décision de se couvrir est tranchée par le financier, ce dernier peut recourir à plusieurs techniques de couverture internent avant même d’aller solliciter le service d’autres institutions telles que la banque ou bien l’assurance. Plusieurs instruments de couverture s’offrent à lui afin de minimiser les pertes de change éventuelles :

Choix de la monnaie de facturation : La monnaie de facturation est la devise dans laquelle sera libellé le contrat d’achat ou de vente internationale. De nombreuses entreprises, choisissent de facturer les transactions en monnaie nationale quand il s’agit des prestations de services effectuées sur le territoire national selon la loi en vigueur imposée par la Banque d’Algérie.

Choisir une devise : de manière générale, l’entreprise a intérêt à :

– Facturer ou payer en une monnaie facilement transférable et servant de façon usuelle aux paiements internationaux (dollar américain, euro, …) ;

– Faciliter la gestion en utilisant peu de devises car suivre leur évolution demande de disposer de nombreuses informations et du temps pour les traiter.

DISSOCIER LES OPERATIONS DE CHANGE DE CELLES DU COMMERCE EXTERIEUR EST LA SEULE SOLUTION QUE LE TERMAILLAGE SOIT UN OUTIL DE COUVERTURE EFFICIENT

Parmi les techniques efficaces disponibles au niveau du financier de l’entreprise est la flexibilité qui pourrait avoir en choisissant la date des paiements par accélération ou retardement les encaissements ou les décaissements des devises étrangères selon leurs évolution anticipée appelée le « Termaillage ». Cette flexibilité existe généralement entre les entreprises appartenant au même groupe. Le financier de l’entité locale travaille en étroite collaboration avec le trésorier de la maison mère sur le prévisionnel des cashflows afin d’exécuter les paiements en fonction du niveau de la valeur du dinar.

Le termaillage aura plus d’efficacité quand la Banque d’Algérie procèdera à la libéralisation du marché de change en dissociant les opérations de change de celles des opérations « Comex ». En appliquant ces standards internationaux, le financier pourra établir une stratégie efficiente en exécutant des virements Out & In dans des délais qui ne dépassant pas les 48h.

Cette technique vise donc à faire varier les termes des paiements afin de profiter de l’évolution favorable des cours de change. Cette gestion de risque de change est utilisée d’une manière générale quand le paiement s’effectue par le mode de paiement remise documentaire au mieux par transfert libre où l’effet déclencheur du paiement vient à partir de l’instruction émise par l’entreprise locale. Sur le plan opérationnel, il est malheureusement difficile d’avoir un parfait termaillage dans le contexte actuel vu la rigidité administrative dictée par le contrôle de change.

LE « NETTING », UN ISTRUMENT EFFICACE POUR NEUTRALISER LE RISQUE DE CHANGE

Un autre instrument qui rentre dans le cadre de la gestion de risque de change disponible au niveau de l’entreprise, est la « compensation ». La banque d’Algérie via le dispositif d’incitation destiné aux entreprises exportatrices de biens ou de services, laisse volontairement à la disposition des entreprises 50% de la recette de l’exportation en devise.

La compensation est un instrument de couverture par laquelle une entreprise exposée au risque de change dans les deux sens en même temps, de neutralisé par « Matché » des flux entrants avec flux sortants en même devise unitaire.

Avec le mécanisme du «Netting », le financier limite son risque de change en compensant les encaissements et les décaissements dans la même unité monétaire. Ainsi, le règlement d’une créance en devise sera attribué au paiement d’une dette libellée dans la même monnaie. La position de change ne se rapporte alors que sur le solde. L’entreprise doit également agir sur les dates de règlement afin de disposer de suffisamment d’entrées pour payer les sorties.

(*) Mohamed HAICHOUR, MSc, EMBA.

Membre du club d’Alger du Centre Algérien
de Diplomatie Économique