Georges Malbrunot, journaliste français, à La Patrie News : « Les Palestiniens attendent de la communauté internationale un respect des résolutions de l’ONU »

Georges Malbrunot, journaliste français, à La Patrie News : « Les Palestiniens attendent de la communauté internationale un respect des résolutions de l’ONU »

Propos recueillis par Yasmina Houamd

L’aggravation de la situation à la frontière entre Israël et la bande de Gaza a eu lieu le 10 mai, deux jours après le début d’affrontements entre des Palestiniens et la police israélienne à Jérusalem. Depuis, Israël et le Hamas s’échangent des frappes aériennes et tirs de roquettes causant des morts et des blessés des deux côtés.

Faut-il craindre une véritable guerre civile ?  Voir ci-dessous.

La Patrie News : Les images d’agressions, de lynchages, de ratonnades ont choqué le pays. Vous ont-elles surpris ?

Georges Malbrunot: les violences entre Juifs et Arabes en Israël ont constitué probablement l’élément le plus novateur de cette crise. Il fallait remonter à plusieurs décennies pour en retrouver de semblables, comme s’en sont inquiétés les dirigeants israéliens.

C’est un signe de l’échec de l’intégration des populations arabes – c’est-à-dire des Palestiniens ou leurs descendants qui sont restés chez eux en 1948 à la création d’Israël – même si cette violence n’est le fait que d’une minorité arabe. Jusqu’alors, on avait coutume de dire que les Arabes israéliens avaient le cœur palestinien et la tête israélienne. Mais là le fossé s’est creusé, des jeunes arabes se radicalisent, et en face des extrémistes israéliens se radicalisent aussi, n’hésitant pas à venir défier les Arabes dans leurs villes.

C’est aussi le résultat de l’adoption en 2018 de la loi sur le caractère sacré de l’état juif, qui discrimine automatiquement les minorités. Comme vient de le dire pour la première fois la France, par la voix de Jean-Yves Le Drian, il y a un risque d’apartheid.

Encore une fois, l’étincelle est partie de Jérusalem (affrontements sur l’Esplanade des mosquées, expulsions de familles palestiniennes dans le quartier de Sheikh Jarrah). La question irrésolue de la Ville sainte reste-elle la clé de ce conflit ?

Elle n’est pas la clé, elle est l’un des éléments de l’équation de la paix. Une équation qui est fondamentalement territoriale: elle repose sur l’échange de la terre contre la paix, et sur la création d’un état palestinien aux côtés d’Israël.

Mais c’est vrai que l’élément religieux – à travers les violences sur l’esplanade des Mosquées – exacerbe les tensions et mobilise au-delà de la Palestine de très nombreux musulmans.

On observe le poids croissant des idéologies extrêmes, notamment du côté des sionistes-religieux et des colons. Leur influence au sein de la société est-elle en train de bouleverser les équilibres ?

Depuis plus de quinze ans, et la fin de la seconde Intifada, la société israélienne s’est radicalisée. Aux dernières élections législatives des nouveaux députés ouvertement racistes ont été élus, je pense en particulier à Itamar Ben Gvir que j’ai connu à Jérusalem en 1995 lors de l’assassinat d’Ythzah Rabin par un de ses amis Ygal Amir. D’anciens peacemakers israéliens ont épousé les thèses de la droite, ils pensent – à tort – que la question palestinienne était éteinte, qu’Israël pouvait faire la paix avec le monde arabe sans faire la paix avec les Palestiniens. Les violences sont pour eux un réveil douloureux.

Existe-t-il un risque d’une guerre à grande échelle face à l’escalade des tensions entre Israël et la Palestine ?

Non il n’existait pas de risque à grande échelle. Comme le disait Raymon Aron, paix improbable, guerre impossible.

Depuis 1948, la communauté internationale est impuissante devant ce conflit. Les Israéliens et les Palestiniens attendent-ils encore quelque chose d’elle ?

Oui mais de façon diamétralement opposée. Israël attend de la communauté internationale – surtout des Etats-Unis – un soutien inconditionnel à son narratif, c’est-à-dire que la paix n’est pas possible avec les Palestiniens à qui « on a tout proposé » en 2000 – ce qui est faux.

Les Palestiniens eux attendent de la communauté internationale un respect des résolutions de l’ONU exigeant un retrait israélien des territoires occupés. Les Palestiniens avaient perdu la seconde intifada.

La cause palestinienne n’apparaissait plus centrale, après les révoltes arabes de 2011. Aujourd’hui, elle a été replacée sur le devant de l’agenda diplomatique. Pas par l’Autorité palestinienne, discréditée, mais par les islamistes du Hamas. On peut le regretter mais c’est un fait.

Yasmina Houmad