Il est responsable au même titre que son père de la crise avec l’Algérie : Mohammed VI a la mémoire courte

Il est responsable au même titre que son père de la crise avec l’Algérie : Mohammed VI a la mémoire courte 

Mohammed VI, le roi du Maroc, fait les yeux doux à l’Algérie. Dans son discours annuel à l’occasion de la fête du trône, il a consacré sa majeure partie à l’Algérie au lieu de s’adresser, comme le veut la coutume, à ses sujets.

Le monarque a, ainsi, invité le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, à œuvrer ensemble, dès que ce dernier « le jugera opportun, pour développer les relations fraternelles que nos peuples ont construites au cours d’années de lutte commune ».

Déplorant l’état des relations entre l’Algérie et le Maroc, Mohammed VI a appelé à la réouverture des frontières fermées depuis 27 ans. « La fermeture des frontières est non seulement incompatible avec le droit naturel mais aussi avec le principe juridique authentique inscrit dans les accords internationaux, dont le traité de Marrakech instituant l’Union du Maghreb arabe (UMA), qui prévoit la liberté de circulation des personnes, des services, des biens et des capitaux entre ses pays », a-t-il souligné.

Du reste, il a rappelé avoir plaidé pour cette réouverture depuis 2008. Il a surtout qualifié les deux pays de jumeaux complémentaires estimant que « ni lui, ni le président Tebboune, ni l’ancien président Abdelaziz Bouteflika sont responsables de la décision de fermeture des frontières ».

« Il n’y a pas de logique raisonnable qui puisse expliquer la situation actuelle. D’autant plus que les raisons de la fermeture des frontières sont éculées, et qu’elles n’ont aujourd’hui plus aucune justification acceptable », a-t-il soufflé.

Des terroristes hébergés

Pourtant, nous ne pouvons pas dire non plus que Mohammed VI a oeuvrer pour de meilleures liens entre les deux pays voisins. Bien au contraire, il a contribué au même titre que son pater à leur pourrissement.

En 1994, l’actuel roi du Maroc n’était, certes, qu’un prince héritier qui vivait dans l’ombre d’un père à la fois autocrate et sévère. Pour lui échapper, peut-être le défier, il multipliait les voyages à l’étranger en compagnie de ses amis. Agacé et craignant d’éventuels scandales, Hassan II ordonne à son ministre de l’Intérieur et son homme de main, Dris Basri, de le faire suivre partout.

Alors que tout le monde tablait sur une nouvelle ère après l’élection en avril 1999 de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, qui entretenait, doit-on le rappeler, de bons rapports avec Hassan II, tout bascula soudainement à la suite du décès de ce dernier le 23 juillet de la même année.

Mi-août 1999, à un mois du référendum sur la concorde civile, vingt-neuf personnes furent assassinées dans une attaque terroriste à Beni Ounif, une ville de la wilaya de Béchar située près de la frontière avec le Maroc. Ayant perpétré leur massacre, les assaillants s’étaient réfugiés de l’autre côté de la frontière.

Début septembre, Abdelaziz Bouteflika avait vivement critiqué le Maroc, l’accusant implicitement d’héberger sur son sol des islamistes armés. Lors d’un meeting à Béchar, l’ancien chef de l’Etat algérien avait estimé qu’« on ne peut parler de politique de bon voisinage et de fraternité alors que l’on complote les uns contre les autres, qu’on utilise ses propres territoires comme base de lancement à ceux qui terrorisent les voisins». « L’Algérie refuse un tel procédé », avait-t-il signifié, selon le quotidien français Libération.

Annulation d’une visite importante

S’ensuivront des tensions diplomatiques entre les deux pays marquées par un nouveau coup de Jarnac du souverain alaouite qui avait torpillé l’organisation du 7e sommet de l’UMA qui devait avoir lieu à Alger. « Il (Mohammed VI) ne l’a pas dit », regrettait l’ancien ministre des Affaires étrangères, Abdalaziz Belkhadem, qui avait remis quelques jours auparavant, à Marrakech, l’invitation officielle au roi du Maroc, d’après Liberté.

En mars 2005, Mohammed VI, qui avait fait vœu environ neuf mois plutôt de normaliser les relations de son pays avec l’Algérie, finit par faire le déplacement à Alger pour assister au sommet réunissant les chefs d’Etat des pays membres de la Ligue arabe. En marge duquel, il est reçu en tête-à-tête par l’ancien président Bouteflika. L’espoir renaît de nouveau.

Les deux dirigeants s’étaient, en effet, mis d’accord sur une visite d’une délégation algérienne de haut niveau, conduite par le chef du gouvernement de l’époque, Ahmed Ouyahia, au Maroc. Elle avait été programmée pour le 22 juin de la même année.

En signe de bonne foi, Abdelaziz Bouteflika avait signé, quelques jours après son mini sommet avec Mohammed VI, un décret dispensant de l’obligation de visa les ressortissants marocains désireux se rendre en Algérie. A Rabat, l’on se félicita.

Une fois de plus, tandis que l’ensemble, y compris les autorités algériennes, pensait que le nuage allait se dissiper, la tempête reprit de plus belle. Brusquement et sans en informer la partie algérienne via les canaux diplomatiques et officiels, le Maroc, sur décision de son monarque, déclara malvenue la visite d’Ahmed Ouyahia. Nouveau coup de poignard !

C’est pourquoi en 2008 lorsque Rabat avait appelé, par le biais de son ancien ministre des Affaires étrangères, Taïeb Fassi-Fihri, ou encore par le biais de Mohammed Vi lui-même, à la réouverture des frontières et à la normalisation des relations, les autorités algériennes n’eurent même pas pris le soin de réagir. Seule réponse : une déclaration laconique de Feu Yazid Zerhouni, ministre de l’Intérieur de l’époque, qui opposa une fin de recevoir.

Entre 2011 et 2012, une nouvelle phase aurait pu être entamée si le makhzen n’avait pas décidé autrement. Printemps arabe aidant, les deux voisins avaient tenté un rapprochement entre 2011 et 2012 ponctué par des visites ministérielles de part et d’autre. C’était sans compter sur le caractère impétueux et imprévisible du roi du Maroc qui décida, derechef, de leur gel. Une campagne de dénigrement de l’Algérie est lancée dans la foulée.

L’autodafé du drapeau algérien

Le 1 novembre 2013, la tension est arrivée à son comble. En ce jour d’anniversaire du déclenchement de la Guerre de libération nationale, le drapeau algérien accroché au mât du consulat général d’Algérie à Casablanca fut arraché, puis brûlé. L’Algérie protesta vigoureusement.

« D’après la vidéo postée sur YouTube, l’incident s’est déroulé sans encombre. Sur les images, on voit un homme escalader la grille d’enceinte du consulat d’Algérie à Casablanca, et descendre le drapeau algérien de son mât sous les applaudissements d’un petit groupe de manifestants nationalistes », rapportait RFI.

En 2016, dans son discours à l’occasion de la fête du trône, Mohammed VI a taclé avec condescandance l’Algérie, sans toutefois la nommer, en vantant que le Maroc « avance continuellement, ‘sans pétrole ni gaz’, mais bien grâce à la vigueur et au labeur de ses enfants ». Cinq ans plus tard, le voilà en train de quémander la réouverture des frontières.

Dans un entretien accordé à des médias nationaux au mois de septembre 2020, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a été interrogé sur les relations entre l’Algérie et le Maroc.

Sans équivoque, il a affirmé que l’Algérie n’avait aucun problème avec son voisin marocain. « Le peuple algérien aime le peuple marocain et vice versa », a-t-il rappelé.

Ce n’est pas tout. Le président Tebboune a mis la balle dans le camp du royaume. « Nous n’avons pas de problème avec le Maroc de notre côté. Si du côté marocain, on estime qu’il y a un quelconque problème avec l’Algérie, qu’on nous le dise », a-t-il ajouté.

Comme son prédécesseur, le président de la République a invité les autorités marocaines à « faire la part des choses ». Car, la question du Sahara occidental est « une affaire de décolonisation qui doit être traitée indépendamment des relations entre les deux pays voisins », leur a-t-il rafraîchit la mémoire.

Skander Boutaiba