Incendies de Tizi-Ouzou: Toujours traumatisés, les habitants d’Ikhelidjen témoins d’une apocalypse

Incendies de Tizi-Ouzou: Toujours traumatisés, les habitants d’Ikhelidjen témoins d’une apocalypse

Traumatisme inévitable et même hallucinations, la situation au village Ikhelidjen, à Larbaa N’Ath Irathen au sud de Tizi-Ouzou, ravagé par un incendie et où une vingtaine de morts a été enregistrée, appellent «une prise en charge psychologique d’envergure» pour traiter les séquelles de ce drame humain.

Certains habitants du village refusent encore de regagner leurs maisons par crainte d’un retour des flammes et les récits de la mort tragique des leurs sont encore vivaces dans leurs esprits, à l’exemple de parents morts avec leurs enfants dans les bras, une mère morte en enlaçant ses deux filles, Djouher et Sarah qui venait d’avoir son bac, un couple et leur petite fille de 7 mois ou encore cet autre homme mort en essayant de sauver sa chèvre.

Rencontrée sur les lieux par l’APS, Ferradji Hamzi Nabila, psychologue bénévole, relève «un fort traumatisme chez tout le monde, qui ne manquera pas de leur laisser des séquelles qui demanderont du temps pour être oubliées ou même ne le seront jamais».

Après une journée avec eux, la psychologue constate: «il y a, chez les adultes, ceux qui en font une fixation, et d’autres qui se réfugient dans le déni et ne veulent pas en parler, alors que pour les enfants, c’est l’incompréhension et la peur d’un retour des flammes».

«Dans un premier temps, il est nécessaire de recenser les traumatismes pour ensuite définir les remèdes thérapeutiques à apporter aux uns et aux autres», précise-t-elle, en insistant sur «l’impératif d’accompagner les enfants, surtout, en cette veille de rentrée scolaire».

Constitué de quatre petits hameaux, Imaathouken, Agoulmim, Ath Ali et Taourirt Lalla, en contrebas de la ville de Larbaa N’Ath Irathen du côté Sud, faisant face à Ath Yenni et le Djurdjura, le millier d’âmes qui l’habitaient avaient vécu mardi 10 août, une partie de cache-cache avec les flammes qui, telles un volcan, ont tout emporté sur leur passage. Maisons, arbres, cheptel, voiture et jusqu’aux âmes chères.

«Nous sommes désormais des survivants et la plupart des gens du village vivent hors du temps», lâche, calme mais visiblement affecté, Mohand Belkalem, témoin du drame depuis l’arrivée du feu au village vers 2H00 du matin alors que beaucoup de ses habitants aidaient à éteindre les flammes qui dévastaient déjà les villages d’Ath Frah, Taourirt Mokrane et Ath Atteli.

«Nous étions sur nos gardes quand les flammes étaient apparues du côté sud et nous avions alors donné l’alerte et commencé à évacuer les habitants vers une salle des fêtes en dehors du village avant d’être cernés de toutes parts par les flammes», raconte-t-il.

En l’espace d’une vingtaine de minutes, poursuit-il, «nous étions cernés de toutes parts et cela a duré toute la nuit et jusqu’au milieu de l’après-midi. La panique s’était emparée de tout le monde, c’était très difficile à gérer et beaucoup de victimes ont péri dans leur fuite».

Vingt-deux (22) personnes sont mortes, dont 19 ont été identifiées et enterrées le même jour, alors que les 3 autres sont en cours d’identification.

«Il y a beaucoup de personnes qui se sont réfugiées ailleurs, certains encore sous le choc et ne parlent pas comme cette femme retrouvée à Ouadhias, ce qui rend l’identification un peu difficile. On ne sait pas encore qui est en vie et qui est mort», explique-t-il.

Des dizaines de blessés ont été, également, enregistrés. Certains, avec des blessures légères ont été soignés, mais beaucoup sont dans un état grave et ont été transférés à l’Institut Pasteur et l’hôpital de Douéra à Alger et dont le sort est incertain.

Braves, solidaires et déterminés

Malgré leur drame, les habitants d’Ikhelidjen n’ont pas hésité à prêter mains forte aux autres victimes des incendies en volant au secours des soldats cernés par les flammes dans leur campement au lieu-dit Icheridhen sur la route menant de Larbaa N’Ath Irathen à Ain El Hammam.

«Nous avons été alertés par un passant venu de Ain El Hammam et nous nous sommes vite dirigés sur les lieux, malheureusement, nous n’avons pas pu faire grand-chose pour eux. Il y en avait déjà qui étaient décédés, nous avons aidé à éteindre les flammes et secouru les blessés jusqu’à l’arrivée des renforts», témoigne encore Belkalem.

Et face au désastre laissé par les flammes et malgré la douleur encore vivace et leurs forces réduites, les habitants font preuve de détermination et d’engagement et s’attèlent déjà au nettoyage du village pour effacer les traces de cette hécatombe.

«Les gens devraient reprendre au plus vite un semblant de vie normale et, malgré nos forces réduites, à cause des nombreux blessés enregistrés, nous sommes déterminés à y arriver», assure notre interlocuteur, certain d’y arriver grâce, notamment, à l’élan de solidarité qui s’exprime à leur encontre.

«Il y a beaucoup de volontaires, artisans et entreprises qui se sont proposés de nous aider à réhabiliter et reconstruire ce qui a été endommagé, mais, nous sommes bloqués par les expertises qui tardent à être réalisées», a-t-il souligné, interpellant, à l’occasion, les autorités locales pour accélérer cette procédure.

S’agissant des vivres et moyens, M. Belkalem affirme que le village «a reçu des aides en abondance grâce à la bonté de gens de toutes les wilayas du pays qui n’ont pas hésité à venir jusqu’ici et dont certains nous alimentent encore régulièrement avec certains produits et c’est grâce à cet élan que nous tenons encore debout».

R.N/APS