Interné dans une caserne contre son gré : L’enfant otage d’un régiment de parachutistes

Interné dans une caserne contre son gré : L’enfant otage d’un régiment de parachutistes

Qu’est-ce qui a bien pu pousser l’armée française à faire d’un enfant musulman algérien, dont les soldats venaient de raser le village et tué ses parents, la mascotte de leur régiment ? Le mystère reste entier… Aussi, cet enfant qui marche à peine grandira-t-il sur une base militaire ! Maxime porte sur son béret l’insigne des commandos de l’air : un cercle qui réunit l’aile et l’étoile, entrant dans la composition du personnel navigant de l’armée de l’air et la dague, symbole des actions du commando.

Maxime sera baptisé en octobre 1959 par le père Lepoutre, aumônier militaire de la 5e région aérienne en Algérie. Chose curieuse, il portera déjà le nom de sa mère adoptive, l›assistante principale interarmes de l›Afrique du Nord, alors que l›adoption plénière ne sera effective qu›au 9 décembre 1959. Il aura pour parrain Jean Pandrigue de Maisonseul, directeur départemental de l’Habitat à Alger et ardent défenseur de la cause algérienne, et pour marraine, son épouse Mireille, qui avaient comme amis Albert Camus, Le Corbusier, Pablo Picasso, Max-Pol Fouchet et le philosophe André Mandouze. Le 26 mai 1956, il est arrêté par l’armée française puis emprisonné pour avoir essayé de négocier une trêve avec le FLN. Défendu énergiquement par Albert Camus, il retrouvera rapidement la liberté.  En 1962, Jean de Maisonseul reste en Algérie et devient conservateur du Musée national des Beaux Arts d’Alger. Il entreprendra et réussira des démarches auprès de l’Etat français pour la restitution à l’Etat algérien de trois cents toiles détenues par le Musée du Louvre. En 1975, il quitte l’Algérie pour s’installer à Cuers, près de Toulon (Var) où il décède le 3 juin 1999.

Quand Maxime est arrivé à la base militaire 146 de Réghaïa, il a passé la première nuit chez le médecin-chef de la base, le capitaine Roger Joseph. C’est lui qui a rédigé le compte rendu de la visite médicale de cet enfant récupéré à Palestro, qui deviendra la mascotte du GCPA 40/541. Lors de la visite médicale, le médecin-chef, le capitaine Roger Joseph, de la base aérienne 146 de Réghaïa, établit un certificat médical truffé de maladresses professionnelles. Le compte rendu du médecin comporte un certain nombre d’anomalies, voire d’inexactitudes.

Selon les informations recueillies par sa fille, plusieurs détails ont été omis : l’ethnie de cet enfant est pour le médecin «difficilement précisable» ; or il aurait pu au moins préciser la langue qu’il parlait, la tribu à laquelle il appartenait, car il y avait sur la base des spécialistes en linguistique qui connaissaient les dialectes de la région, les ethnies et les coutumes de ces populations. Le nom de ses parents ne se trouve consigné nulle part, alors que la population des villages était recensée afin de connaître les déplacements des combattants de l’ALN. Il faut savoir que le 11e Choc, service action de la DGSE, était stationné sur la Base 146 de Réghaïa. Tous les éléments nécessaires étaient donc disponibles pour connaître avec précision l’ethnie, le village et le nom de l’enfant, puisque les naissances étaient enregistrées à la mairie. Quant aux morts, ils étaient photographiés et répertoriés après les batailles. Son teint blanc n’est pas mentionné. Ses cheveux ne sont pas châtains, mais blonds. Ses yeux ne sont pas gris bleu, mais bien bleus. Sous l’année 1951, on lit 1950. Son année de naissance est manifestement erronée, ce qui est facilement visible sur des photos où apparaissent les dents de lait. A son baptême, le 25 octobre 1959, on voit que Maxime mesurait bien plus que 1,01 m : il n’y a qu’à comparer la taille de Maxime sur les photos du baptême avec celle des paras qui l’entourent, et qui n’étaient généralement pas des nains, pour donner une échelle de grandeur. Maxime devait mesurer environ 1,20 m. Différentes photos prises sur la base militaire montrent que Maxime a grandi depuis, ce qui prouve que la date de son arrivée à Réghaïa est bien antérieure à la rédaction de ce compte rendu. Sa première tenue militaire était minuscule, et certainement pas celle d’un enfant de 6 ans et demi. De plus, on voit que Maxime a eu des âges différents sur la base, prouvant qu’il y est resté plusieurs années : il porte différentes tenues militaires à mesure qu’il grandit. Le rapport parle de 1,01 m, ce qui doit correspondre en réalité à un enfant âgé d’un peu moins de 3 ans et demi, d’autant que Maxime aura une belle courbe de croissance et mesurera à l’âge adulte 1,81m, si l’on se réfère, avec cette donnée, à la courbe de croissance des garçons, publiée sur le site du Groupe français d’auxologie, la science de la croissance. On comprend mal pourquoi la date de naissance est fixée au 18 décembre 1951, alors que 15 jours plus tard il aurait été en janvier 1952, ce qui aurait été plus avantageux au niveau des études et du sport où une année est importante pour changer de catégorie. Il se trouve donc pénalisé d’une année. Ces inexactitudes sont confirmées par le témoignage du seul commando parachutiste du 40/541 qui a eu le courage de dire ce qui s’était réellement passé : Maxime était âgé de 3 ou 4 ans quand il a été trouvé, «plutôt trois que quatre». C’est lui qui l’a ramené à la base aérienne 146 après une opération militaire de «maintien de l’ordre», à Palestro, en 1956. A cette époque, les populations civiles ont été victimes des représailles de l’armée française, à la suite de l’embuscade dite de Palestro, survenue le 18 mai 1956. Ce document établi par le médecin-chef de la base a donc été rédigé a posteriori, peut-être afin de légaliser la situation de Maxime sur la base militaire, ou pour d’autres raisons. Mais une chose est sûre : le médecin-chef Roger Joseph n’était pas versé dans la science de la croissance des enfants.

Le docteur en chef de la base 146 de Reghaïa, Roger Joseph, est toujours en vie et réside actuellement avec son épouse dans le département des Pyrénées Atlantiques. Il est âgé de 83 ans et détient des informations précieuses sur l’origine de Maxime mais ne veut rien dévoiler.

Maxime et le Colonel Daviron

Le Colonel Daviron était inspecteur des institutions de l’action sociale des forces armées en Algérie, commandant en chef du service régional interarmées de l’action sociale. Il fut également l’ami de la future mère adoptive de Maxime, Yvonne Keller.

Maxime à Alger, avec sa caravelle, offerte par Pierre Daviron (fils aîné du Colonel Daviron) lorsqu’il est venu à Alger pour le décès de son frère. Ce dernier faisait son service militaire en tant que pilote d’hélicoptère. Au cours d’une livraison d’armes, il a explosé en vol, accidentellement. C’est le colonel Daviron qui signera le 13 août 1959 le certificat d’origine tenant lieu d’acte de naissance de Maxime, pupille de l’assistance publique.

En 1959, une délégation du CPA 40/541 assista au baptême de Maxime. Parmi ces commandos parachutistes, on peut identifier Claude Ranfaing, deuxième à partir de la gauche, qui deviendra en 2006 le grand prieur magistral de l’Ordre des templiers. Cette même année 1959, François Coulet, commandant du GCPA 541, fait ses adieux aux armes pour devenir directeur des affaires politiques à Alger.

Aujourd’hui plus que jamais, l’histoire de Maxime Charles Keller de Schleitheim va sans doute défrayer la chronique, aussi bien en Algérie qu’en France, car maintenant qu’elle est portée à la connaissance de l’opinion publique cela fera certainement délier des langues. Sa famille est fermement décidée à aller à la recherche de la vérité. Des démarches sont entreprises en Algérie, dans la région d’origine de Maxime, particulièrement dans les fichiers de l’état civil de Lakhdaria (ex-Palestro), Ammal et Beni Amrane, afin de retrouver la trace d’un éventuel enregistrement de la naissance d’un garçon originaire de Ouled Djerrah, probablement en 1952 ou 1953. Quant aux archives de la guerre d’Algérie détenues par l’Etat français, elles recèlent des éléments précis sur l’affaire maxime puisque l’administration militaire de la base 146 de Réghaïa était censée gérer tout ce qui touchait à l’activité quotidienne de cette base depuis son installation jusqu’à 1962.

In Memoria

 Sources :

–         Dossier Maxime présenté par Karine Keller
–         Divers documents sur la base 146 de Réghaia (1954-1962)