Jordanie : un procès en trahison épargne le demi-frère du roi

Jordanie : un procès en trahison épargne le demi-frère du roi

L’affaire avait secoué le royaume de Jordanie en avril dernier. Un complot visant à renverser l’actuel détenteur du trône, Abdallah II, était mis à jour, et le propre demi-frère du souverain, le prince Hamza, était accusé d’avoir pris part à ce coup d’État. Plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées : des chefs de tribus, des militaires et des proches de la famille royale.

Le prince «félon» était, quant à lui, placé en résidence surveillée. Le procès de Bassem Awadallah et Cherif Hassan ben Zaid, les deux hommes accusés d’être au cœur des machinations, s’est tenu lundi 12 juillet 2021 à Amman. Bien qu’ils aient clamé leur innocence, ils ont été tous deux reconnus coupables d’«incitation à agir contre le régime politique du royaume», et d’«actes susceptibles de mettre en danger la sûreté et la sécurité de la société et de sédition.» L’un et l’autre ont été condamnés à 15 ans de prison et à des peines de travaux forcés. Bassem Awadallah, un ancien ministre des Finances, était un intime de la famille royale.

Il est également considéré comme très proche des intérêts saoudiens et du prince Mohammed Ben Salman. Cherif Hassan ben Zaid est un cousin éloigné du roi de Jordanie, et avait été émissaire spécial en Arabie saoudite. La Cour de sûreté de l’État jordanien, un tribunal militaire composé en partie de magistrats civils, a rendu cette décision en dépit de l’absence remarquée du prince Hamza. Le populaire demi-frère du roi était pourtant cité dans l’acte d’accusation de 13 pages.

Le prince de 41 ans est décrit comme « déterminé à assouvir son ambition personnelle de gouverner, et ce en violation des coutumes et de la constitution hachémite ». Il aurait également cherché à obtenir l’aide de l’Arabie saoudite et d’acteurs extérieurs pour évincer l’actuel détenteur du trône. Hamza est le fils du roi Hussein et de sa quatrième épouse, la reine Noor. Lorsque son père meurt en 1999, Abdallah devient roi, et Hamza est nommé prince héritier. Mais, en 2004, le nouveau souverain lui retire ce titre pour le donner à son propre fils aîné, Hussein. Hamza et Abdallah n’ont jamais fait publiquement état d’une quelconque rivalité. Cependant le prince s’est toujours montré critique des actions du gouvernement jordanien.

Après son placement en résidence surveillée, le prince Hamza s’est exprimé dans une vidéo transmise par son avocat à la BBC, dans laquelle il assurait n’avoir fait partie d’aucun complot. Mais il n’en dénonçait pas moins le système en place comme étant corrompu. Après cette déclaration, l’ancien prince héritier a tout aussi publiquement promis de «rester fidèle» au roi. Un acte d’allégeance, qui lui a sans doute permis de désamorcer une crise ayant conduit à son assignation à résidence, et qui lui aura également évité un procès. Hamza n’a pas plus fait d’apparition depuis avril.

Lors de l’enquête, le tribunal a jugé irrecevable son témoignage, malgré les demandes des avocats des principaux accusés. Le procureur d’Amman a imposé l’omerta sur l’enquête « des serices de sécurité concernant le prince Hamza et d’autres personnes.» L’avocat de Bassem Awadallah, Mohamed Afif, avait affirmé que les deux accusés « insistaient pour que le prince Hamza témoigne dans cette affaire.» «La décision finale revient au tribunal mais s’il refuse de le faire comparaître, il doit le justifier», avait-il affirmé fin juin à l’AFP. Toutes les requêtes de la défense ont été rejetées.

La procédure judiciaire s’est déroulée à huis clos. Les magistrats ont justifié cette décision par des raisons de sécurité nationale. Nombre d’observateurs ont mis en cause le manque de transparence et la légalité d’un procès où le principal accusé, le prince Hamza, n’a pas été inculpé. La volonté d’apaisement du roi Abdallah aurait au final primé dans cette affaire. Si arrangement il y a eu, celui-ci est avant tout politique. La société jordanienne traverse une grave crise depuis plusieurs années. Ce scandale, au plus haut sommet de l’État, avait fragilisé un peu plus le pays. Il avait révélé des divisions au sein de la dynastie hachémite, symbole de stabilité depuis une centaine d’années, dans une région qui ne l’est guère. Soucieux de l’équilibre de son pays, le roi Abdallah n’a probablement pas souhaité ajouter une crise familiale aux crises économiques et sociales qui frappent la Jordanie.

R.I.