La «bleuite» complot ou crime impardonnable ? : Le commandant Mira : l’homme par qui le scandale se dénoua

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La «bleuite» complot ou crime impardonnable ? : Le commandant Mira : l’homme par qui le scandale se dénoua

Les plus reconnaissants parmi les moudjahidine de la Wilaya III rendent hommage au commandant Abderrahmane Mira, successeur «indésirable» du colonel Amirouche, pour son rôle de libérateur, au moment où des centaines de «suspects» étaient détenus dans les casemates de l’ALN, en Kabylie, dans l’attente d’être jugés et, peut-être même, d’être exécutés, comme cela a été le sort de centaines d’autres emportée par la paranoïa qui rendit aveugle les dirigeants de cette wilaya et bien d’autres aussi.

Le peu de jours qui lui étaient impartis pour assurer l’intérim suite à la disparition d’Amirouche, mort au champ d’honneur sur son chemin vers la Tunisie, le 28 mars 1959, lui permit de prendre des décisions déterminantes, en donnant des ordres express de libérer tous les détenus dans le cadre de la «bleuite» au niveau de tous les maquis de la Kabylie. Ce fut l’occasion pour Mira de marquer sa différence et son autorité, face à son rival direct, le commandant Mohand-Oulhadj. Or, les historiens ne comprennent pas comment la direction de la Révolution à Tunis, pressée de mettre fin à cet engrenage fou, a consenti de se passer d’un homme de cette envergure au profit d’un autre commandant, qui a plutôt fait preuve de tergiversation et d’un manque de discernement dans cette affaire scabreuse qui a grandement terni l’image de la lutte algérienne dans le monde. Sachant que la propagande coloniale, aidée des médias internationaux, se faisaient l’écho des informations les plus rocambolesques relayées sur «les purges de l’ALN ».

Grâce à son itinéraire de combattant de la première heure et à ses qualités de meneur d’homme impénitent, Abderrahmane Mira, promu commandant au congrès de la Soummam en même temps qu’Amirouche Aït Hamouda, était naturellement le mieux placé pour succéder au chef de la Wilaya III après sa tragique disparition. D’un tempérament aussi fougueux, il n’en était pas moins opposé au style de l’homme, en s’élevant tôt, même quand il était en Tunisie, contre les sévices dont étaient victimes les premiers maquisards suspectés abusivement de collaboration avec l’ennemi. Ainsi, dès son arrivée au PC de la Wilaya III à Bounaâmane, vers la fin de mars 1959, Abderrahmane Mira, dont la promotion au grade de colonel reste à ce jour controversée, condamne l’usage de la torture et décide de libérer tous les combattants injustement poursuivis dans cette affaire d’intoxication et de manipulation des services spéciaux de l’armée française, sous la houlette du colonel Godart et du capitaine Léger. Mieux, celui que certaines plumes décrivent sous les traits d’une «brute» ou d’un «irréductible» libéra les prisonniers français, civils et militaires, au nom de la grandeur et de la justesse de la lutte de libération nationale. Des faits qui attestent d’un esprit chevaleresque rare chez ce chef hors pair quelque peu lésé par l’historiographie, voire même par les moudjahidine de sa région, et dont l’histoire reste à écrire.

D’après le témoignage de Djoudi Attoumi, ancien officier de l’ALN dans la Wilaya III et auteur d’une biographie du colonel Amirouche, paru en 2006, Mira considérait le complot des «bleus» comme «une plaie pour la Wilaya III». Il aurait avoué au commandant Fadhel H’mimi – un fidèle compagnon d’Amirouche – qu’il «regrettait de n’avoir pas rencontré le colonel Amirouche en cours de route, pour le sermonner, face à cette catastrophe». Certains moudjahidine lui imputaient aussi la volonté de procéder à un «grand nettoyage» qui commencerait par le haut et risquait de parvenir au niveau des zones, des régions, des secteurs et même des unités combattantes. «La psychose Mira venait de s’installer », écrit l’auteur qui ne dresse pas que des éloges en faveur de l’éphémère chef de la Wilaya III.

Cette décision courageuse et salvatrice prise par Mira va, néanmoins, permettre à la Wilaya III de faire face à la plus grande offensive militaire de l’histoire de la colonisation de l’Algérie, «l’opération Jumelles», lancée le 22 juillet 1959, et qui avait comme objectif d’anéantir les maquis de l’ALN dans cette région pionnière, au moment où les maquis manquaient cruellement d’armes et de munitions pour poursuivre la lutte. Ce qui était d’ailleurs à l’origine du tout le remue-ménage qui précipita le départ du colonel Amirouche en Tunisie et de toute de la guerre de succession qui en découlera, à sa disparition. A cela il faut jouter l’apparition d’une dissidence interne conduite par un groupe d’officiers et de djounoud qui ont créé ce qui était appelé «le Comité des officiers libres» qui a voulu contester la légitimité du commandement de leur Wilaya disputé entre Mira et Mohand Oulhadj, avant de décider de rejoindre le «nidham», suite à des promotions et à de multiples avantages qui leur ont été offerts par ce dernier.

Pris entre deux feux, le commandant Mira s’engagea à redéployer l’ALN, mais le destin ne lui a pas permis d’achever cette mission. Le 6 novembre 1959, celui qui était surnommé « le Tigre de la Soummam», tombe au champ d’honneur dans une embuscade tendue par le 2e Régiment d’infanterie marine aéroportée (RIMA), près du col de Chellata au nord d’Akbou, à quelques encablures de son village natal.

In Memoria

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