La CIA déclassifie des documents relatifs à la « marche noire » de Hassan II : Chronique d’une trahison secrète

La CIA déclassifie des documents relatifs à la « marche noire » de Hassan II : Chronique d’une trahison secrète

Tout vient à point nommé à qui sait attendre. In fine, des documents déclassifiés de la CIA mis en ligne ce lundi déroulent de manière accablante le déroulement de la chronique de la tristement célèbre marche verte, que Claude Mangin, épouse du détenu sahraoui  Naâma Asfari, qualifie de « marche noire » dans un grand entretien accordé à La Patrie News à lire dans les tous prochains jours.

On y découvre une secrète trahison et une forfaiture menée en plusieurs temps, et de manière triangulaire, entre Washington, Madrid, Rabat et même l’entité sioniste. Dans ces rapports secrets, en effet, l’importance stratégique et les richesses naturelles du Sahara Occidental sont mises en avant.

L’usurpation  marocaine aussi. Il a fait passer, en effet, plusieurs centaines de milliers de marocains pour des natifs et/ou des résidants de ces territoires qu’occupait l’Espagne franquiste, en plein déclin à l’époque des faits. L

es rapports de stratégie et les câbles diplomatiques secrets reflètent la vision et l’influence du renseignement nord-américain sur l’avenir du pays à un moment clé de son histoire, comme la transition.

D’après les documents, Juan Carlos I est devenu l’un des informateurs les plus précieux des États-Unis, révélant des donées confidentielles à son contact à Madrid, l’ambassadeur américain Wells Stabler. De plus, Juan Carlos aurait accepté la livraison du Sahara Occidental au Maroc.

Le tout en échange du soutien américain pour devenir roi. Ces faits interviennent en pleine guerre dite de Yon Kipour, durant laquelle la secrète aide et la trahison a marocaine se révèleront déterminantes dans ce conflit armé entre l’entité sioniste et la coalition arabe.

En 1975, un projet secret de la CIA a été lancé dans le but de s’emparer de la 53e province d’Espagne: le Sahara Occidental. Ce n’est pas seulement un territoire riche en phosphates, fer, pétrole et gaz, mais il est également très précieux au niveau géostratégique.

L’instabilité en Espagne due à la maladie du dictateur Francisco Franco est essentielle pour mener à bien cette opération qui consiste à envahir la province espagnole par une marche de quelque 350 000 citoyens marocains se faisant passer pour d’anciens habitants de la région.

C’est évidemment la tristement célèbre marche verte. Le 6 octobre 1975, les services de renseignement de l’armée espagnole ont informé le dictateur Francisco Franco de ces plans pour une « invasion prétendument pacifique » du Sahara occidental et lui ont demandé de se déplacer. Et c’est là qu’intervient Juan Carlos I, devenu « confident » américain, fournissant des informations secrètes sur tous les mouvements que Franco a menés dans la province du Sahara Occidental.

Autrement dit, le prince Juan Carlos a révélé des informations confidentielles sur les plans de l’Espagne dans le conflit du Sahara à une puissance étrangère qui jouait un rôle clé dans ledit conflit.

Il ne s’agit rien moins que d’une trahison dans le plein sens du terme. Le contact du prince de l’époque était l’ambassadeur américain en Espagne, Wells Stabler, qui jouissait d’un direct avec la Maison Blanche et avec le chef du département d’État, Henry Kissinger, qui lui a communiqué à ce sujet dans l’un des documents désormais déclassifiés: «Vos contacts avec le prince doivent être traités avec la plus grande discrétion.

Ces rapports sont extrêmement précieux pour les États-Unis et nous ferons de notre mieux pour nous assurer qu’ils seront traités de manière appropriée à l’avenir. » Le 31 octobre 1975, Juan Carlos assume la direction par intérim de l’État en raison de la maladie du dictateur Francisco Franco.

L’une des questions les plus urgentes à résoudre concerne la décision du roi Hasan II du Maroc de lancer une offensive pour revendiquer une province espagnole: le Sahara occidental.

Le même jour où il a pris ses fonctions à son nouveau poste, Juan Carlos préside son premier Conseil des ministres et montre son intention de prendre en charge la question du Sahara. Mais il ne rapporte pas qu’il avait déjà envoyé son homme de main, Manuel Prado y Colón de Carvajal, à Washington afin d’obtenir le soutien nord-américain et ainsi éviter un conflit avec le Maroc qui pourrait lui coûter sa couronne tant attendue.

De cette façon, Kissinger sert d’intermédiaire avec Hassan II et finalement le pacte secret serait signé par lequel Juan Carlos livrerait le Sahara espagnol au Maroc, en échange des États-Unis devenant son allié dans l’avenir complexe qui nous attend.

Le document fait également état de la crainte des services de renseignement nord-américains que la situation devienne incontrôlable: «La zone où les manifestants ne sont pas censés marcher est clairement indiquée comme des champs de mines. Juan Carlos a déclaré que les forces espagnoles utiliseraient tous les moyens à leur disposition pour empêcher les Marocains de franchir cette ligne » …

Une fois que les manifestants auront franchi la frontière, la situation peut facilement devenir incontrôlable. Enfin, le 6 novembre 1975, la Marche verte envahit la province espagnole.

Tout était préparé et prémédité à l’avance. Les champs de mines et les légionnaires se sont retirés de la frontière. L’ONU, abasourdie par les événements, exhorte Hassan II à se retirer et à respecter le droit international.

Le Conseil de sécurité a statué en approuvant la résolution 380, dans laquelle il « déplore le déroulement de la marche » et « exhorte le Maroc à retirer immédiatement du territoire du Sahara occidental tous les participants à la marche » et à la refaire.

Un appel pour le dialogue. Cependant, tout était déjà convenu. En pleine guerre froide, les États-Unis et la France aspiraient à l’annexion marocaine du territoire, l’Algérie et le Front Polisario étant proches de l’Union soviétique. Hassan II, qui traversait une situation politique interne complexe, a marqué un but pour l’équipe. Et l’Espagne a perdu un territoire clé, mais Juan Carlos I a remporté un règne.

Tous heureux. Sauf, bien sûr, les habitants du territoire en question, qui ont été les victimes collatérales de ce pacte / trahison, et dont les souffrances générées se poursuivent jusqu’à ce jour.

Cette trahison s’est en effet « actualisée » à travers ce honteux deal de Trump dans lequel il reconnaissait au mois de décembre dernier la prétendue « marocanité du Sahara Occidental».

Le 2 novembre, Juan Carlos se rend dans la capitale du Sahara Occidental, El Ayoun, où il assure aux troupes espagnoles: «Tout ce qui est nécessaire sera fait pour que notre armée conserve intactes son prestige et son honneur». Il est même autorisé à dire aux officiers de ses troupes: «L’Espagne ne reculera pas, elle respectera tous ses engagements, elle respectera le droit des sahraouis à la liberté ».

Or, il n’en sera rien, bien évidemment. A la faveur de ces fracassantes révélations, on se rend compte que le deal Trump-Mohamed VI n’est que la résultante d’un processus secret enclenché depuis 1975 auquel l’entité sioniste a été mêlée depuis le début.

Kamel Zaidi