Senhadji : «L’Algérie a beaucoup investi dans le secteur de la santé»

Kamel  Senhadji, président de l’Agence nationale  de Sécurité sanitaire

 « L’Algérie a beaucoup investi  dans le secteur de la santé »

Approché par nos soins en marge de la cérémonie de la signature  des protocoles de convention relatifs à la création des pôles technologiques qui s’est déroulée mardi au siège de l’E.S.R.S à Ben – Aknoun, le professeur Kamel Senhadji  a tenu à rappeler que c’est la pandémie du Covid-19 qui a contribué à l’idée de création de cette Agence de sécurité sanitaire, dont la mission, va notamment aider à relancer un système de santé «malade» où la prévention, un aspect prépondérant, a toujours été négligée. Parmi les actions de prévention contre des virus nettement plus virulents que le Covid-19, auxquelles va se consacrer cette agence, l’intervenant fait état de la création d’un hôpital «étanche» de recherche, entièrement confiné, où seront étudiés des «germes très dangereux», à l’exemple de la fièvre hémorragique d’Ebola, et traiter les malades affectés pour en arrêter la transmission.  le Professeur Senhadji  accuse  l’Organisation mondiale de la santé, d’avoir «tâtonné et slalomé dans la gestion irrationnelle de la pandémie du coronavirus». Plus en détails, il a estimé «honteux» que «l’OMS ait pu « zigzaguer » en décidant, par exemple, d’appeler à stopper le traitement du Covid -19 à l’aide de la Chloroquine, parce que, selon elle, il induisait plus de morts, pour, ensuite, se rétracter». Pour le directeur de l’Agence de sécurité sanitaire, «derrière ces prises de positions, l’OMS décèle des interférences de lobbies financiers souhaitant imposer des molécules coûtant beaucoup plus cher que la Chloroquine», a-t-il signalé. Le professeur a déploré le fait que l’OMS a publié, récemment, un document affirmant que l’Algérie détient un taux de contamination au Covid-19 important que celui annoncé et que la détection de celui-ci n’est pas parfaite, alors que, a-t-il rappelé, «l’utilisation rationnelle de la Chloroquine a démontré son succès de traitement». Entretien.

La patrie news : Professeur, vous avez été installé le 13 juin dernier par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune à la tête de l’Agence nationale de la sécurité sanitaire, lors de  réunion  du Comité scientifique chargé du suivi de l’évolution de la pandémie du coronavirus.  Quelle est la mission assignée à  cette  Agence et qu’est ce qui a motivé sa mise en place ?

Professeur Kamel Senhadji :   Contrairement au passé, où le système de santé en Algérie était géré par une administration bureaucratique, la création d’une Agence nationale de sécurité sanitaire va, entre autres missions, permettre de confier la gestion de celui-ci aux praticiens et autres chercheurs, plus à même de le gérer et de mieux cibler ses interventions. Il faut savoir que cette agence aura pour mission la mise en place d’un « système de santé développé offrant des soins de qualité » outre une plus large prévention contre les différentes maladies. Cette Agence regroupera des spécialistes et des experts algériens de renommée internationale dans le domaine de la médecine, qui connaissent très bien les systèmes de santé aux Etats Unis et dans plusieurs pays européens, et ils travailleront avec des experts et des médecins qui connaissent la réalité locale. Inutile de préciser que  la gestion de cette crise sanitaire est très importante et cela déterminera l’avenir de la propagation du coronavirus, et l’agence travaillera en coordination avec le comité chargé du suivi de  l’évolution du Coronavirus.

Justement, on s’adresse à présent  au scientifique émérite que vous êtes pour nous éclairer sur l’éventualité de la mise en place d’un vaccin contre cette pandémie du coronavirus. Si oui, est-il possible d’entrevoir l’échéance ?

Je pense qu’il  y aura très probablement, d’après ce qui se fait en matière de recherches sur les vaccins, avec notamment les essais qui  ont commencé en particulier aux Etats-Unis  et même un petit peu en France, il faut compter sur un premier vaccin en fin d’année en cours, au pire au premier trimestre de l’année prochaine (2021). Il est également  très raisonnable de compter sur cette échéance en raison du fait que  les recherches ont été lancées, les lots d’essais également.  Les  premiers essais ont été mis en place ce qui permettra à la production industrielle d’être lancée  durant le dernier trimestre de cette année, ai plus tard dès le début de l’année prochaine.

Beaucoup de bruit a couru, parmi la sphère des scientifiques,  quant à la gestion plutôt  hasardeuse et douteuse  de l’Organisation mondiale de la santé dans la gestion de cette pandémie du Coronavirus, un commentaire ?

Effectivement et je pèse mes mots,  je ne suis pas seul à le dire d’ailleurs, l’Organisation mondiale de la santé, a  « tâtonné » et «slalomé» dans la gestion « irrationnelle » de la pandémie du coronavirus, il est déplorable de s’apercevoir que cette organisation  mondiale ait pu «zigzaguer » en décidant, par exemple, d’appeler à stopper le traitement du Covid -19 à l’aide de la Chloroquine, parce que, selon elle, « induisant plus de morts », pour, ensuite, se rétracter. Pour cela je rejoins l’avis d’un très grand nombre de spécialistes, virologue notamment pour dire que   des interférences de « lobbies financiers » ont tenté d’imposer  imposer des molécules coûtant beaucoup plus cher que la Chloroquine.

Où en êtes-vous à présent, en matière de lutte contre la covid-19 ?

Nous sommes en train de penser présentement  à la meilleure des manières contribuer à la lutte contre la covid1-19.par rapport aux différentes stratégies pour parer d’abord aux choses urgentes telles que le dépassement des structures hospitalières par rapport surtout à la recrudescence qu’on a pu constater ces derniers jours. Le secteur de la santé doit être soutenu pour qu’il puisse se réorganiser de manière à rationaliser et à gérer le flux tendu qu’on a vu ces derniers temps, notamment par rapport au manque d’oxygène, à l’encombrement des services, etc. Pour  essayer de penser à une stratégie qui permette de réguler tout cela.  D’ailleurs la création récente d’un ministère délégué chargé de la réforme hospitalière tombe à point pour que cet aspect soit pris en charge rapidement avec évidement le soutien de l’Agence.

Nous avons malheureusement constaté ces derniers jours une recrudescence tangible des cas de contaminations au virus, A quoi cela est dû à votre avis ?

Je pense qu’il y a plusieurs facteurs.  Le premier et le plus significatif concerne le non-respect de la discipline. On voit nettement qu’il y a une flambée qui a repris après une trajectoire intéressante dans le sens d’une baisse du nombre de cas de personne contaminées et surtout par rapport aux décès et puis un réaction nette hélas de reprise suite à cette espèce de deconfinement naturel qui s’est faite avec  l’évènement de l’Aïd El Fitr et puis aussi le fait qu’on ait  déconfiné un peu trop vite. Ces deux facteurs réunis ont fait que le nombre de cas, malheureusement, ait  connu une recrudescence.

On s’adresse maintenant, si vous le permettez,  non pas au scientifique que vous êtes mais plutôt  au citoyen soucieux de la crainte que célébration de  la fête l’Aïd El Adha,  qui aura lieu dans quelques  jours, puisse engendrer une autre recrudescence des cas de contaminés s’il venait à être célébré. Un avis sur la question ?

En principe, c’est un peu délicat. Vous savez là où il y a attroupement et une promiscuité, cela doit être évité. Même l’’avis religieux ne permet pas d’aller  vers ce qui peut porter atteinte à la santé de la personne humaine. A mon  avis, si on peut éviter le rituel, évitons-le. Je ne pense pas me situer très loin de l’esprit religieux, on est croyants, on a besoin de fêter l’Aïd en famille avec les enfants, de faire ce partage .C’est une qualité extraordinaire que notre religion, l’Islam, prône et encourage. MAIS « Allah  Ghaleb ». , Donc, si on peut éviter, il vaut mieux…

Entretien réalisé par Ferhat Zafane

Qui est le professeur Kamel Sanhadji ?

Le président de la République,  Abdelmadjid Tebboune,  a nommé, samedi 13 juin, le Pr Kamel Sanhadji à la tête  de l’Agence nationale de la sécurité sanitaire. Cette agence, créée récemment, a pour mission la mise en place d’un système de santé développé et de qualité.  La nouvelle organisation sanitaire, fraîchement mise sur pied, regroupera des spécialistes renommés dans le domaine de la médecine. Elle se  chargera aussi d’une prévention plus large contre différentes maladies.

Le Pr Kamel Sanhadji est un chercheur de renommée mondiale  dans la lutte contre le Sida. Né en 1954 à Alger, il est diplômé de l’université de Lyon, en 1984. Il a reçu l’Ordre du mérite national en 1999 et la Légion d’honneur en France, en 2006.

Le Pr Kamel Sanhadji occupe le poste de directeur du Centre de recherche en sciences pharmaceutiques (CRSP) de Constantine. Il est parallèlement directeur de recherche à l’hôpital Édouard-Herriot de Lyon (France).

Par ailleurs, dans le domaine académique, le Pr Kamel Sanhadji a enseigné la médecine à l’université Claude Bernard Lyon 1. Il a également donné plusieurs conférences dans différentes universités françaises, suisses et américaines. Aussi, le Pr Kamel Sanhadji a été élu, entre 2002 et 2007, député à l’Assemblée populaire nationale et a occupé le poste d’adjoint au maire de Lyon.

Ferhat Zafane

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