L’ambassade cubaine à Paris visée par des cocktails Molotov : Washington au banc des accusés

L’ambassade cubaine à Paris visée par des cocktails Molotov: Washington au banc des accusés

Des cocktails Molotov ont été lancés contre l’ambassade de Cuba à Paris ce 26 juillet, provoquant des dégâts mineurs. Si la France a condamné cette attaque, André Chassaigne, député PCF, et Salim Lamrani, spécialiste de Cuba, évoquent tous deux une campagne d’influence orchestrée par Washington contre La Havane. Effet direct des campagnes absurdes de haine et de boycott meurtrier par les USA.» Jean-Luc Mélenchon a apporté son soutien à la mission diplomatique de Cuba dans le XVe arrondissement de Paris, cible de deux engins incendiaires lancés dans la soirée de ce lundi.

Par chance, aucun membre du personnel n’a été blessé. Mais les pompiers ont constaté des dégâts mineurs à leur arrivée sur les lieux. Le patron de La France insoumise va plus loin. Il dénonce la responsabilité des États-Unis. Jean-Luc Mélenchon relaie ainsi les accusations du ministre cubain des Affaires étrangères Bruno Rodríguez Parrilla. Sur Twitter, ce dernier tient ainsi «le gouvernement américain pour responsable de ces campagnes incessantes» contre l’île, qui «encouragent ces comportements et des appels à la violence, en toute impunité, depuis son territoire». «C’est la nouvelle expression d’une guerre qui ne dit pas son nom. Une guerre que conduisent les États-Unis contre leur voisin cubain depuis la révolution. […] Le blocus est une guerre économique pour déstabiliser Cuba et aujourd’hui cette guerre prend des dimensions inédites.

Les Américains créent une situation de pénurie par le blocus et ensuite, sur les réseaux sociaux, ils appellent la population cubaine à se révolter.» Auteur de Les États-Unis contre Cuba, un demi-siècle de terrorisme (Éd. Le Temps des cerises), Salim Lamrani confirme la «campagne politique, diplomatique et médiatique» menée par Washington. Ce 26 juillet, une vingtaine de pays, dont le Brésil, la Colombie et l’Équateur, se sont joints au secrétaire d’État américain, Antony Blinken, pour appeler le gouvernement cubain à «respecter les droits et libertés du peuple cubain légalement garantis» et à «libérer les détenus» interpellés le 11 juillet lors des manifestations qui ont secoué l’île. Ainsi La Havane voyait déjà la main de Washington dans les manifestations anti-gouvernementales. Pour le maître de conférences à l’université de La Réunion, les USA violent «les principes élémentaires du droit international public» pour imposer un changement de régime à Cuba: «Depuis le début de la pandémie, les États-Unis ont adopté près de cinquante mesures destinées à étouffer l’économie cubaine, qui subit déjà dans sa chair les graves conséquences de la crise due au Covid-19. Washington souhaite tirer profit de la crise sanitaire mondiale pour faire avancer son agenda politique hostile vis-à-vis de Cuba.» 

Suite aux manifestations anti-gouvernementales du 11 juillet, d’autres rassemblements pour et contre le pouvoir cubain se sont tenus dans diverses capitales à l’occasion de la fête nationale. C’était le cas à Paris. Le 17 juillet, des opposants s’y sont massés devant l’ambassade cubaine, employant le hashtag #SOSCuba lancé début juillet. Une mention qui aurait atteint une visibilité disproportionnée sur Twitter par le biais de comptes souvent faux ou automatisés, a estimé Julian Macias Tovar, expert espagnol en réseaux sociaux, contacté par l’AFP. Autre élément, Joe Biden a demandé qu’Internet soit rétabli et accessible pour tous les Cubains. C’est bien le moyen de «transmettre des influences et de diffuser des influenceurs pour stimuler, encourager des personnes», selon le député François-Michel Lambert. 

Et ces appels ont dû trouver leurs cibles! Les posts sur les réseaux sociaux ont été suivis d’actes. Si le jet d’explosifs contre l’ambassade de Cuba à Paris n’a pas été encore revendiqué, le chercheur ne voit qu’une «infime minorité d’extrémistes» pouvant se révéler violents. Il impute l’attaque à des «groupuscules d’extrême droite opposés au gouvernement de La Havane». Mais «l’immense majorité de la communauté cubaine» à Paris est «pacifique et opposée» aux sanctions américaines, soutient l’universitaire. Ainsi le 24 juillet, la mission diplomatique cubaine organisait sur le Champ-de-Mars, à Paris, une manifestation rejetant l’embargo américain. Pourtant, les attaques du genre de celle de Paris, qualifiée de «terroriste» par La Havane, ne sont pas si rares partout dans le monde, rappelle Salim Lamrani.

Déjà en mai 2020, l’ambassade cubaine à Washington était criblée de balles par un opposant, ne causant là aussi que des dégâts matériels. Plus d’un an après l’attentat, les États-Unis «n’ont toujours pas condamné de façon officielle l’attaque survenue sur leur territoire», indique notre interlocuteur. Pis, le lendemain de cette fusillade, le département d’État annonçait l’ajout de Cuba à une liste noire de pays qui ne coopèrent pas assez selon eux en matière de contre-terrorisme. Le spécialiste des relations entre Cuba et les États-Unis remonte à plus loin. Il rappelle que l’île caribéenne est victime de terrorisme depuis 1959, année de la révolution. Deux diplomates cubains ont même été assassinés au Portugal en 1976. Un meurtre suivi la même année d’une vague d’attentats à la bombe frappant les représentations cubaines au Pérou, au Mexique et même à New York.

R.I.