L’Espagne dit travailler sur un système garantissant la traçabilité de l’acheminement du gaz algérien: Nouvelle entourloupe du gouvernement Sanchez ? 

L’Espagne dit travailler sur un système garantissant la traçabilité de l’acheminement du gaz algérien: Nouvelle entourloupe du gouvernement Sanchez ? 

Pour répondre à l’exigence d’Alger, le gouvernement espagnol a demandé à la société Enagás, en tant qu’opérateur et gestionnaire du système gazier espagnol, de créer un système de « garanties d’origine ». Il a exigé à ce que la société travaille le plus rapidement possible sur un système de traçabilité, qui garantirait une totale transparence sur l’acheminement et la destination du gaz algérien fourni à l’Espagne et d’assurer que l’origine et la destination du GNL revendu au Maroc est celui contracté sur les marchés internationaux. Selon El-Periodicode la Energia, un magazine espagnol spécialisé qui a rapporté l’information, les responsables espagnols travaillent déjà, depuis plusieurs jours, sur la nouvelle procédure.

Cette démarche aurait été prônée pour répondre à l’exigence d’Alger de respecter les contrats qui lient les deux pays au lendemain de l’annonce de la ministre espagnole en charge du secteur de l’Energie, Mme Teresa Ribera, de la décision de I ‘Espagne d’autoriser le fonctionnement, en flux inverse, du Gazoduc Maghreb Europe (GME) pour approvisionner le Maroc.

La réaction d’Alger ne s’était pas fait attendre. Mohamed Arkab, le ministre de l’Energie et des Mines, a rappelé à son homologue que « tout acheminement de gaz naturel algérien livré à l’Espagne, dont la destination n’est autre que celle prévue dans les contrats, sera considéré comme un manquement aux engagements contractuels, et par conséquent, pourrait aboutir à la rupture du contrat liant la Sonatrach à ses clients espagnols ».

Le lendemain, l’Espagne a assuré que le gaz qu’elle acheminera vers le Maroc ne proviendra pas d’Algérie. Elle se devait d’apporter les garanties nécessaires. Il s’agit là d’une question de principe pour Alger qui ne peut accepter que ses décisions souveraines de rompre les relations avec son voisin belliqueux de l’ouest et de cesser, fin octobre2001, d’alimenter le Maroc en gaz via le Gazoduc Maghreb Europe (GME), soient bafouées.

L’Espagne qui a décidé de regazifier, à travers ce même tuyau, le GNL que le Maroc achèterait sur les marchés internationaux, est libre d’user de la partie du gazoduc se trouvant sur son sol mais non pas du gaz algérien. Elle propose aujourd’hui de mettre en place un système de « garantie d’origines » pour rassurer Alger sur le respect des contrats qui la lient avec Sonatrach.

Mais une question s’impose : peut-on réellement retracer avec exactitude l’origine du gaz ? Selon le magazine online spécialisé, gazprom-energy, « retracer l’origine du gaz naturel avec exactitude est presque impossible, car chaque gisement est ajouté au réseau et se mêle donc à d’autres molécules. » C’est dire que si l’Espagne décide de faire fonctionner le GME en flux inverse avec le gaz algérien, aucune garantie n’est en mesure de prouver l’origine. Surtout que l’Algérie, premier fournisseur de gaz naturel de l’Espagne, devra acheminer une partie de son gaz à ce pays via des méthaniers, la capacité du gazoduc Medgaz étant inférieure à celle du GME. Rien ne garantit que la cargaison des méthaniers en provenance d’Alger ne soit mélangée à celle censée être acquise sur des marchés internationaux par le Maroc, et reversée dans le GME.

Dans les relations entre les pays, l’engagement des gouvernements devrait à lui seul, représenter une caution. Entre Etats amis et alliés, la diplomatie joue ce rôle-là. Or, l’Espagne a fait le choix de se retirer de la liste d’amis de l’Algérie. En apportant son soutien au projet marocain d’autonomie pour le Sahara, le gouvernement a opté de se réconcilier avec Rabat pour s’extraire du chantage aux migrants, que cette dernière lui imposait.

Pedro Sanchez n’était pas sans savoir qu’avec une telle position, il s’inscrivait à l’encontre de la légalité internationale et il ouvrait un front avec Alger ainsi qu’avec toute la classe politique espagnole, de gauche comme de droite. Pour Alger, ce revirement a été inattendu et étonnant certes. Comme première réaction, l’Algérie a rappelé son ambassadeur à Madrid pour consultations, avec effet immédiat. Dans le langage diplomatique, cela exprime clairement la colère. Car, même si elle n’est pas partie prenante dans ce conflit, sa position a toujours été de défendre le droit des Sahraouis à l’autodétermination, conformément à la légalité internationale. Au-delà de l’effet surprise, le changement de position de l’Espagne sur la question du Sahara occidental a froissé les hauts responsables à Alger qui ne pensaient nullement que les relations bilatérales entre les deux pays allaient être dépréciées par le gouvernement Sanchez alors qu’elles ont toujours été au beau fixe.

En tournant le dos à son voisin historiquement et géographiquement proche, à quoi s’attendait Sanchez ? Sûrement pas à un traitement amical à l’avenir. Alger, qui continue d’honorer les contrats gaziers avec l’Espagne, ne fait pas du chantage une stratégie dans ses rapports internationaux. Elle a toujours respecté scrupuleusement ses engagements et continuera de le faire, à condition que ses partenaires ne s’aventurent pas à la duper. Car, une fois démasqués, il leur faudra alors redouter sa colère.

Hayet Youba

 

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