Liban : Hausse de 30 % des prix des carburants  

Liban : Hausse de 30 % des prix des carburants

À la suite d’une levée partielle des subventions accordées par l’État, les prix des carburants ont augmenté, mardi, de plus de 30 % au Liban, un pays en plein effondrement économique et enregistrant une dépréciation record de la monnaie nationale sur le marché noir.

Les prix des carburants ont augmenté mardi 29 juin de plus de 30 % au Liban après une levée partielle des subventions, tandis que des pénuries provoquent depuis des semaines d’interminables files d’attente devant les stations-service dans le pays en plein effondrement.

Cette révision des prix constitue une première étape vers une suppression des subventions des carburants par l’État, dans un pays englué dans une des pires crises économiques au monde depuis 1850, selon la Banque mondiale.

Jusqu’ici, la Banque centrale fournissait aux importateurs de carburants 85 % des dollars nécessaires à leurs activités au taux officiel de 1 507 livres libanaises pour un dollar, un taux bien plus avantageux que celui du marché noir où le billet vert américain s’échange désormais à plus de 17 000 livres.

Ce système de subventions avait jusqu’ici permis de juguler les prix à la pompe et d’atténuer les conséquences de l’effondrement de la livre libanaise.

Mais face à l’épuisement des réserves de la Banque du Liban, celle-ci échangera désormais avec les importateurs le dollar contre 3 900 livres, entraînant une hausse des prix des carburants qui va se répercuter sur d’autres secteurs comme les transports ou l’électricité, certains fournisseurs privés ayant déjà prévenu leurs abonnés d’une hausse des tarifs.

Le prix du bidon de sans-plomb 95 a augmenté mardi de près de 16 000 livres libanaises (9 euros au taux officiel) pour atteindre 61 000 livres (35 euros), selon l’agence nationale de l’information (ANI).

Le prix des 20 litres de sans-plomb 98 a lui grimpé de 16 300 livres pour atteindre près de 63 000 livres, tandis que le bidon de diesel a bondi à 46 100 livres, contre 33 300 livres auparavant.

Cette hausse des prix intervient alors que les pénuries de carburant paralysent le pays depuis des semaines, les scènes d’automobilistes stationnés pendant des heures devant les stations essence étant devenues quotidiennes.

«On déteste la vie ici, on n’en peut plus», s’emporte Noureddine Radwan dans une longue file d’attente à Beyrouth.

«Tous les jours, on fait la queue. Plus humiliant que ça, il n’y a pas. Bientôt, on va s’entretuer pour de l’essence», fulmine-t-il.

La moitié de la population sous le seuil de pauvreté L’annonce lundi de la Banque centrale de fournir des dollars aux importateurs à un nouveau taux doit permettre de soulager ces pénuries. Selon les importateurs, les pénuries sont dues à un retard pris par la Banque centrale dans l’ouverture de nouvelles lignes de crédits, les autorités libanaises les attribuant quant à elles au stockage de grandes quantités de carburants par les commerçants et à la contrebande vers la Syrie.

Le président du syndicat des distributeurs de carburants, Fadi Abou Chakra, a indiqué mardi à l’ANI que six pétroliers avaient commencé à décharger leurs cargaisons.

«Ce qui s’est passé ces derniers jours devant les stations essence est inacceptable, c’est une humiliation pour les citoyens», a indiqué mardi le président Michel Aoun, une des figures politiques conspuées par la rue, qui dénonce une classe politique corrompue, incompétente et quasi-inchangée depuis des décennies.

À l’occasion d’une réunion sécuritaire qu’il présidait, le chef de l’État a estimé que la nouvelle grille des tarifs devrait «alléger la crise».

Depuis le début de la crise à l’automne 2019, le Liban connaît une explosion du chômage et de l’inflation, qui ont accéléré une paupérisation à grande échelle, la moitié de la population vivant désormais sous le seuil de pauvreté, selon l’ONU.

R.I.