Libye : un pays rattrapé par l’Histoire 

Libye : un pays rattrapé par l’Histoire 

La Libye, tout comme les libyens sont vraisemblablement « condamnés » à vivre dans la tourmente de l’Histoire. En effet,  depuis le  1er  septembre 1969, date à laquelle la monarchie est abolie, suite à la prise de pouvoir par Mouammar Kadhafi,  jeune officier de 27 ans à l’époque jusqu’à nous jours, le pays aura tout connu.  La Libye  n’est assurément pas un « modèle » de stabilité. Un  nouveau feuilleton vient tout juste de débuter avec l’annonce de la démission Fayez El Sarraj près de cinq ans après avoir été nommé à la tête du Gouvernement d’union nationale (GNA) reconnu par l’ONU et basé à Tripoli.

 Le Premier ministre libyen a en effet annoncé, mercredi 16 septembre lors d’une allocution télévisée assez brève, être prêt à quitter ses fonctions avant fin octobre pour céder la place à un nouvel exécutif.

Les raisons de cette annonce restent encore floues, même si elle ne constitue pas une surprise. «C’est une décision attendue qui ne fait que confirmer la rumeur qui courait à Tripoli depuis quelques jours, même s’il faut rester prudent, car rien ne dit qu’il démissionnera au final», précise Cyril Payen, chroniqueur international à France 24.

Selon Walid Phares, spécialiste des questions internationales et conseiller auprès du Congrès américain sur le terrorisme, explique à France 24 qu’il « pourrait s’agir d’une manœuvre destinée à mettre une certaine pression sur la communauté internationale, notamment sur les États-Unis, la France et leurs alliés pour qu’ils s’impliquent davantage dans la résolution de la question libyenne»,

Une autre explication possible, pour Walid Phares, pourrait être liée à des dissensions internes, alors qu’une vague de manifestations contre la dégradation des conditions de vie est en cours dans le pays. «Le Premier ministre est contesté dans la rue et par des concurrents dans son propre camp, notamment son ministre de l’Intérieur, Fathi Bashagha, qui ne cache pas ses ambitions», rappelle-t-il.

Originaire de Misrata, dont les milices ont joué un rôle capital dans la défense de Tripoli, Fathi Bashagha est souvent décrit comme le protégé d’Ankara en Libye. Fin août, alors qu’il rentrait d’une visite en Turquie, il avait été accueilli par quelque 300 miliciens à l’aéroport de Tripoli. Une démonstration de force guère appréciée par le Premier ministre.

Fragilisé dans sa propre zone d’influence

«Mais ce n’est pas tout, puisque Fayez El Sarraj est dans une situation très difficile, ajoute Walid Phares. Il se retrouve fragilisé dans sa propre zone d’influence, dans l’ouest du pays, non seulement par les divisons qui règne au sein de son gouvernement mais aussi par des tensions grandissantes entre les différentes milices d’une part, et entre celles-ci et les jihadistes envoyés par la Turquie depuis la Syrie d’autre part.»

Walid Phares évoque aussi une autre possibilité : il se pourrait que le Premier ministre ait été lui-même mis sous pression par la Turquie, devenue un des principaux acteurs du conflit libyen, ou par les milices locales, pour qu’il prenne certaines décisions ou même qu’il démissionne.

Lors de son allocution, Fayez El Sarraj a indiqué avoir cherché à atteindre, dans un climat politique et social «extrêmement polarisé», «le plus de consensus possible» entre les différentes parties, «mais les difficultés ont été insurmontables». Encore aujourd’hui, «certaines parties s’obstinent à parier sur la solution militaire pour servir leurs objectifs», a-t-il déploré.

Toujours est-il qu’une éventuelle démission pourrait compliquer un peu plus la crise libyenne, au moment où la solution politique, dans le bras de fer pour le contrôle du pays, est revenue sur le devant de la scène. Et ce, après la mise en échec en juin de l’offensive du maréchal Haftar sur Tripoli.

Les frères ennemis libyens ont en effet retrouvé le chemin du dialogue et des pourparlers se sont déroulés parallèlement à Montreux, en Suisse, du 7 au 9 septembre, et à Bouznika, au Maroc, du 6 au 10 septembre. Des discussions qui pourraient être perturbées par ces nouvelles turbulences politiques.

Où va la Libye ?

Octobre 2011 marque la mort de l’ex-homme fort de la Libye, le colonel Mouammar Kadhafi, tué peu après son arrestation à Syrte, après 42 ans de règne. Le leader déchu, au pouvoir depuis 1969, est tué dans le dernier assaut contre sa région d’origine, Syrte, à 360 km à l’est de Tripoli.

Il était confronté depuis février (2011) à un soulèvement transformé en un conflit armé qui a abouti à la chute de Tripoli en août de la même anéne, grâce à l’appui décisif d’une opération de l’OTAN lancée dès mars de la même année.

Il est le seul dirigeant arabe à avoir été tué depuis l’éclatement du «Printemps arabe». Quelques jours seulement après, le Conseil national de transition (CNT, ex-rébellion) proclame la «libération totale» du pays.

Le conflit a fait plus de 30 000 morts (CNT). Vers la fin du mois d’octobre, l’OTAN annonce la fin de l’opération «Protecteur unifié», sept mois après les premiers bombardements de l’Alliance contre des positions des forces de Kadhafi. Mais, faudrait-il encore le souligner, la mort de l’ex-colonel, n’a rien changé à la réalité vécue dans ce pays. Un pays, qui fait face depuis, à des contestations à grande échelle, mais aussi à des règlements de compte. Les autorités doivent également composer avec la menace salafiste.

Se pose aussi le problème des milices, dont les autorités se targuent d’avoir intégré la plupart à des forces auxiliaires, affiliées aux ministères de l’Intérieur et de la Défense.

C’est dire que la chute du régime Kadhafi n’a pas été sans conséquences défavorables sur tous les pays de la région d’autant que les armes détenues pour la plupart par des islamistes rebelles, circulent librement. Au beau milieu, le maréchal Khalifa Haftar, qui règne sur l’Est et une partie du Sud.  Ce dernier se retrouve d’ailleurs dans le collimateur des Nations Unies après que ses milices (de Haftar) aient eu recours à la violence contre des manifestants.

Au tout viendrait s’ajouter l’ingérence dans les affaires internes des Libyens. Qu’il s’agisse d’Emiratis, de Turcs, de Français et ou d’Egyptiens, chacun se cherche ses propres intérêts alors que ceux des libyens sont relégués au deuxième plan…..

 M.M.H