M. Youcef Cherfa, ministre du travail, de l’emploi et de la sécurité sociale à la Patrie news : « C’est la fin de l’emploi précaire en Algérie »

M. Youcef Cherfa, ministre du travail, de l’emploi et de la sécurité sociale à la Patrie news

« C’est la fin de l’emploi précaire en Algérie »

Pas moins de sept engagements sur les 54 pris par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, lors de sa campagne électorale ont échu au ministère du travail, de l’emploi et de sécurité sociale pour leur mise en application. Des décisions d’importance capitale dans l’amélioration des conditions de vie, du pouvoir d’achat et de la préservation de la dignité des citoyens ont été prises en charge par ce ministère et mise en application en un délai si court qu’il a pris de … court tous les pronostics !

Le ministre du travail, de l’emploi et de la sécurité sociale, M. Youcef Cherfa, a bien voulu nous accorder une interview pour nous parler de cette aventure exaltante, consistant en l’application des décisions du président, allant toutes, dans le sens du bien-être des citoyens.

Propos recueillis par Hayet Youba et Tahar Mansour

La Patrie News : Depuis quelques mois, le ministère du Travail connait une activité intense et une mise en œuvre de nombreux chantiers contenus dans les 54 engagements du président de la République. Pouvez-vous nous en dire plus ?

M. le ministre : En effet, tout ce qui se fait ces derniers mois au niveau du ministère du travail, de l’emploi et de la sécurité social s’inscrit dans le cadre du programme de M. le président de la République parmi les 54 engagements qu’il avait pris lors de sa campagne électorale. Nous avons mis en place des dispositifs très importants à partir du dernier trimestre de 2021 et au courant de cette année, que ce soit dans le monde de l’emploi, du travail ou de la sécurité sociale. Parmi les engagements de M le président de la République, nous trouvons surtout ceux qui touchent à la jeunesse, particulièrement les jeunes chômeurs à la recherche d’un emploi. Il faut rappeler qu’en août 2021, le président de la République avait annoncé la mise en place du dispositif de l’allocation chômage destinée à une population très importante dont l’âge varie entre 19 et 40 ans, quel que soit son niveau de qualification, demandeurs d’emplois sans différence de sexe. Nous avons été chargés de la mise en place de ce dispositif et il est opérationnel depuis le 1er mars 2022 et la première allocation a été versée aux bénéficiaires le 28 mars 2022. En plus de l’allocation chômage, les bénéficiaires sont pris en charge en matière de couverture sanitaire et se voient délivrer une carte ‘Chifa’, ce qui est aussi un engagement du président de la République. Sur les 1,1 million de bénéficiaires de l’allocation chômage, plus de 550 000 cartes sont déjà prêtes et nous sommes en train de les distribuer.

Dans le même sens, nous allons, en coopération avec le ministère de la poste et des télécommunications, remettre à chaque bénéficiaire de l’allocation chômage, une carte interbancaire Eddahabia, en même temps que la carte Chifa de la CNAS.

Nous avons également procédé à l’unification des procédures de création d’entreprises en mettant en place un seul dispositif (initialement ANADE, CNAC et ANGEM) qui prend en charge les porteurs de projets et qui est domicilié au niveau du ministère de la micro-entreprise. Chaque porteur de projet pourra se présenter auprès d’une des agences sous tutelle du ministère de la micro-entreprise pour se voir pris en charge. En parlant de création d’entreprises, nous avons mis en place un nouveau dispositif afin d’encourager les porteurs d’idées et de projets à se lancer sans craindre pour leur avenir au cas où ils échoueraient : il s’agit du congé pour création d’entreprise que j’ai présenté récemment devant la commission ad-ho de l’APN. Ainsi, le porteur de projet est tranquille et c’est une manière de le pousser à s’engager dans cette voie, ce qui contribuera à créer des postes d’emploi et de la richesse. S’il ne réussit pas, il aura la possibilité de regagner son poste de travail avec le même salaire, ceci pour lui donner plus d’assurance et c’est aussi l’engagement de M. le président de la République. Les textes de ce dispositif sont en cours de préparation et il sera mis en œuvre au courant de ce semestre.

L’autre mesure décidée par M. le président de la République est celle de mettre fin à tout ce qui est emploi précaire, qui n’est pas stable, en procédant à l’insertion de tous ceux qui étaient employés dans le cadre du dispositif DAIP, dont le nombre a atteint 386 000 travailleurs. Nous sommes à un stade très avancé dans cette opération d’intégration dont le taux atteint 70% et nous comptons la terminer avant la fin de l’année en cours. Il y a aussi le DAIS ou ‘filet social’ qui était domicilié au niveau du ministère chargé de la solidarité nationale et qui concernait surtout des personnes sans qualification qui faisait un travail d’utilité publique très important et très apprécié par la communauté locale comme les femmes de ménage, les gardiens, les agents de manutention, les employés des cantines scolaires. Tous ces employés, qui faisaient un travail d’utilité extraordinaire, se trouvaient dans un emploi précaire, sans droit à la retraite notamment, juste une couverture de santé et percevaient à peine 5 500 DA par mois. L’intégration de cette catégorie se fera par la modification de leur contrat de travail qui était à durée déterminée et sans aucune garantie et qui sera converti en contrat indéterminé et ils seront inscrits dans la fonction publique en qualité de fonctionnaires. Ils sont au nombre de 184 000 à l’échelle nationale et leur intégration a déjà été entamée au niveau des collectivités locales puisque ce sont les walis qui gèrent ce dossier avec une commission nationale présidée par moi-même. L’opération sera clôturée d’ici la fin de l’année et il n’y aura donc plus d’emplois précaires ou provisoires. Il n’y aura plus que deux dispositifs : le travail permanent dans l’administration ou dans le secteur socioéconomique ou l’allocation chômage !

Il n’y aura plus non plus trois entités qui gèreront la création d’entreprises, il n’y aura qu’une seule, nous aurons donc unifié nos forces pour donner plus de visibilité et facilité les démarches aux jeunes.

Ce sont là les dispositifs décidés par M. le président de la République et nous les avons concrétisés sur le terrain en un temps très court grâce à ses orientations et l’accompagnement de M. le premier ministre.

L’allocation chômage et son application sur le terrain dans un délai très court ont constitué une grande réussite pour votre secteur et pour vous-même. Dites-nous quel est le secret de cette prouesse ?

Vous savez, le secret réside dans la solidarité et l’engagement à tous les niveaux et avec tous les partenaires, d’abord au sein du ministère du travail, à travers les structures centrales ou décentralisées à l’image de l’ANEM dont les travailleurs ont fait un travail remarquable depuis le début de l’opération et jusqu’à maintenant, par leur écoute du citoyen, par leur présence, en plus des autres départements ministériels qui nous ont assistés. Je cite le ministère de l’intérieur, celui des postes et télécommunications (AT et AP), il y a eu plus de 350 000 nouveaux comptes postaux qui ont été ouverts entre mars et avril, en plus des autres partenaires. Ensuite c’était un défi qu’il fallait relever, c’est nouveau au niveau continental et de la région, l’Algérie est le seul pays arabe et africain à avoir accordé une allocation de chômage à ses demandeurs d’emplois. C’est une première expérience mais nous avons réussi à prendre en charge plus d’un million cent mille bénéficiaires, nous avons une moyenne de 18 000 à 22 000 validations par jour, nous faisons jusqu’à 25 000 rendez-vous par jour, donc si ce programme a réussi en un laps de temps qui n’a pas atteint 3 mois, cela est dû surtout à l’engagement de toutes les agences au niveau local. C’est une expérience réussie mais que nous comptons améliorer encore et c’est aussi le résultat de la confiance qui a été placée en nous par les jeunes qui y ont cru et qui nous ont encouragés par leurs commentaires bienveillants par le biais des réseaux sociaux. Nous avons gagné ce pari, mais cela reste toujours un défi.Il faut dire aussi qu’en parallèle, nous sommes toujours en train de placer chaque mois et nous sommes arrivés à 9 000 placements dans des postes divers. En plus, nous travaillons en étroite collaboration avec le ministère chargé de la PME qui va contacter les jeunes universitaires bénéficiaires de l’allocation chômage pour leur proposer de créer leurs propres entreprises, ce qui permettra de faire bénéficier d’autres chômeurs de l’allocation et, surtout, de créer des postes de travail supplémentaires. Cette disposition est en préparation et devrait être lancée après avoir étudié l’ensemble des aspects y afférents.

Une grande révision des lois sur les syndicats et le droit syndical est en étude auprès de vos services. Où en est-on et qu’est-ce qui va changer ?

Effectivement, nous sommes en train de travailler sur le projet de loi mais, avant cela, nous avons déjà modifié la loi 90/14 relative à l’exercice syndical en incluant pour la première fois les dispositifs pour la création des fédérations, des confédérations et des unions. Les travailleurs étrangers en situation régulière avec un contrat de travail ont aussi été autorisés à s’intégrer dans le dispositif des activités syndicales. Actuellement, nous préparons la loi-cadre qui est un des objectifs de M. le président de la République, portée dans ses engagements et qui se trouve aussi dans la Constitution algérienne. Cette loi-cadre concernera l’activité et la liberté syndicales et sera en totale rupture avec la loi actuelle et qui est en vigueur depuis plus de 32 années. Cette nouvelle loi prendra donc en compte toutes les transformations qu’a connues le monde syndical durant plus de trente ans. Elle prendra en charge notamment les libertés syndicales, protègera mieux encore les travailleurs et qui a son aspect régalien. C’est une loi que nous avons déjà discutée avec les partenaires sociaux les plus représentatifs, la société civile et que nous présenterons très prochainement au gouvernement pour étude et approbation. C’est aussi une loi qui va s’inscrire en droite ligne avec toutes les conventions en la matière ratifiées par notre pays, notamment la convention 87 du BIT, l’Algérie étant un pays très respectueux de ses engagements envers les conventions internationales qu’il a signées.

Près de la moitié des jeunes inscrits à l’ANEM n’ont aucun diplôme et leur insertion dans le monde du travail s’avère très difficile. Avez-vous pensé à une solution ?

Le travail touche toutes les franges de la population, quel que soit le niveau de la qualification, pourvu que l’âge du demandeur de l’emploi soit entre 16 et 60 ans. Il n y a pas de cloisonnement ni de frange à exclure. Et puis la demande de l’emploi est diversifiée entre le qualifié, le semi-qualifié, l’universitaire et les sans qualifications qui sont dans les chantiers, les unités de production ou des agents d’exécution. Pratiquement l’année dernière, nous avons enregistré 372 000 offres d’emplois pour toutes les catégories. Cette année, nous tablons sur une hausse de placement qui devrait atteindre les 500 000 car c’est l’année de la relance après le repli imposé par la crise sanitaire mondiale durant les deux dernières années. Le gros sera pris en charge par le secteur économique bien évidement qui représente 86% des emplois avec plus de 8 millions de travailleurs alors que dans l’administration, il n’y a que 2 millions de fonctionnaires. Pour revenir à l’insertion, prenons l’exemple des primo-demandeurs. Entre le 24 février dernier et aujourd’hui (Mardi 10 mai 2022 ndlr) nous avons 1 670 000 inscrits sur la plate-forme comme demandeurs d’emploi dont 1 600 000 ont eu un rendez-vous auprès de nos agences. Durant cette même période 1 147 000 demandes ont été validées pour percevoir une allocation chômage en attendant leur placement. Parmi ces derniers, 49% sont non diplômés mais c’est peut-être de la main-d’œuvre qualifiée par la pratique. 30% détenteurs d’un diplôme universitaire, 21% produits de la formation professionnelle.Nous sommes donc à 51% de demandeurs diplômés et 49% qui ne sont pas porteurs de diplômes mais tous sont passés par l’école, le taux de scolarisation étant à plus de 99%. Nous ne sommes pas donc sur une population qui n’est pas instruite du tout. Ces personnes seront placées, sans aucun souci, en fonction des disponibilités.

Avec quelques 700 milliards DA de déficit, la CNR est l’organisme-fardeau dépendant du ministère du Travail. Pensez-vous qu’avec la nouvelle politique de l’emploi, préconisée par le chef de l’Etat, la caisse des retraites retrouverait son équilibre ?

Bien entendu que la caisse finira par retrouver son équilibre. Je ne peux certes pas m’avancer sur le niveau des participants parce qu’il est variable. Mais ce qui est sûr c’est que nous avons un dispositif qui répond et qui prend en charge la catégorie des retraités. Ces derniers continueront à percevoir leurs indemnités mensuellement que la CNR enregistre un déficit ou pas. C’est là un engagement de l’Etat. Jusque-là, il n’y a jamais eu de glissement dans le versement des retraites. Le déficit est certes là et il est causé par la faiblesse des cotisations. Selon les normes, pour chaque retraité, il faut un minimum de 5 cotisations des travailleurs or actuellement nous ne sommes qu’à deux cotisations pour un retraité. Une situation de déséquilibre évidente qui explique les difficultés de la CNR. Cependant avec la relance de tous les dispositifs, l’économie commence à sortir à prendre des couleurs. Prenons comme exemple, la relance de 915 projets qui n’avaient pas d’autorisation d’exploitation ou de certificat de conformité. Il s’agit là d’une question sur laquelle, le chef de l’Etat ne manquait pas d’insister à chaque conseil des ministres. Sur ces 915 entreprises qui étaient en souffrance, 862 ont été régularisées définitivement. Ce qui a permis la création de 33 200 postes d’emplois. Sur les 862 entreprises, 602 sont déjà en état d’exploitation. Grâce donc au suivi et l’allégement des procédures et la lutte contre la bureaucratie, les 915 entreprises ont été repêchées. Parallèlement à ces actions, il y a bien entendu les grands projets qui sont en discussion ou en attente de validation par exemple le grand gisement de fer de GarDjbilat près de Tindouf et de celui de phosphate de Tébessa. D’autres facilitations devant favoriser la relance économiques sont attendues après la promulgation prochaine du nouveau code de l’investissement. Ce code va donner plus d’assurance aux investisseurs et porteurs de projets notamment à travers des facilitations administratives.

La crise sanitaire mondiale a freiné la machine économique affectant non seulement l’offre mais aussi la demande. Peut-on avoir quelques chiffres illustrant les répercussions sur marché de l’emploi en Algérie ?

La crise est planétaire, elle a touché toutes les économies et nous, nous n’avons pas été épargnés. En raison de la pandémie et des restrictions y afférentes, l’économie algérienne a enregistré un ralentissement. Je vous rappelle à titre d’exemple qu’en 2020, le confinement commençait à 15h paralysant toute activité et impactant l’emploi. La léthargie des activités commerciales formelles et informelles, a eu des conséquences sur l’activité productive et de ce fait sur l’emploi. Paradoxalement, la Caisse nationale d’assurance chômage (Cnac) n’a pas enregistré de nouveaux chômeurs ce qui signifie qu’il n y a pas eu de compression d’effectifs pour raisons économiques. Il faut rappeler à ce propos, l’importante mesure prise par le président de la République concernant l’accompagnement des entreprises durant la période de crise sanitaire. Il s’agit de l’exonération des pénalités de retard pour l’ensemble des entreprises en difficulté qui se présentent pour régulariser leur situation vis-à-vis des caisses de sécurité sociale. Quelques 665 000 entreprises ont été exonérées de pénalités de retard et de majoration. Ce qui représente 36 milliards DA de pénalités effacés par l’Etat Le montant qui a été échelonné sur 5 ans pour ces sociétés est de 113 milliards DA. Le recouvrement des caisses n’a été que de 47 milliards DA. Sauvées, ces entreprises sont actuellement dans la création de l’emploi.

Des chiffres M. le ministre ?

Il est difficile d’évaluer les chiffres même si on peut affirmer avoir enregistré moins de demandes d’emplois et moins de placements, les deux dernières années. Ce n’est qu’à la fin de l’année 2021 que nous avons enregistrés 372 000 offres d’emploi. Nous pouvons affirmer, cependant, qu’il n y a pas eu de licenciements. En fait, la perte d’emplois est importante dans le secteur de l’informel mais nous ne pouvant pas la quantifier. Il est possible maintenant d’avoir une idée approximative sur cette perte d’emploi ou sur les personnes activant dans l’informel à travers le nombre d’inscrits dans l’allocation chômage. Un nombre qui a enregistré une hausse importante depuis l’annonce de faire bénéficier les inscrits pour l’allocation chômage d’une couverture sanitaire. Depuis cette annonce donc, le nombre des inscriptions a explosé passant de 7 000 à 30 000 par jour.

Après la série de mesures prises par les pouvoirs publics afin de prévenir et réduire l’impact négatif sur de la pandémie sur l’économie et les ménages, peut-on considérer aujourd’hui que ses efforts ont porté leurs fruits et qu’il y a une réelle reprise sur le marché du travail national en 2022 ?

Nous sommes à moins d’un semestre de cette année et déjà 915 entreprises sont opérationnelles et ont créées plus de 33 200 postes d’emploi. C’est une relance palpable. Il y a les grands projets de Gar Djbilet, celui du phosphate, les projets de logement, le programme de dessalement qui a permis la réhabilitation et la mise en service de plusieurs stations auquel il faut ajouter les projets structurels de dessalement qui seront lancés dans un avenir proche à Alger et Annaba. Les facilitations ou encore la nouvelle loi des zones franches pour l’exportation du produit algérien…Donc la relance est engagée et nous pouvons le constater que ce soit en matière de création d’emploi ou de production. Il suffit pour s’en convaincre de rappeler que l’Algérie est classée parmi les pays qui assurent leur sécurité alimentai et qu’elle a réussi à générer plus de 25 milliards de dollars dans le secteur de l’agriculture. Certes les prix ont augmenté mais les produits sont disponibles. Il s’agit là de paramètres qui ne trompent pas et qui confirment que le défi pour faire de cette année, l’année de la relance, a été relevé.

Un dernier mot ?

En appliquant les directives et les orientations du chef de l’Etat, nous sommes sur la bonne trajectoire et l’Algérie nouvelle à laquelle aspire chaque citoyen est en construction. Il y a de l’espoir et il y a de belles choses qui vont être réalisées. Il faut juste que tout le monde s’implique, que ce soit la société civile, les intellectuels, les porteurs de projets… L’Algérie ne peut être construite que par nous tous. Il faut que chacun mette la main à la pâte pour donner le mieux de soi et aller de l’avant.

 

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