Macron, Darmanin, Deloire (RSF) et la Palestine : 132 ans de colonisation, 191 années de mépris.

Macron, Darmanin, Deloire (RSF) et la Palestine :

132 ans de colonisation, 191 années de mépris.

Il est venu à Alger, y a fait sa danse du ventre et s’est fendu d’une formule fort opportune : « Oui, la colonisation est un crime contre l’humanité » (14 février 2017). Une fois élu à la magistrature suprême, il s’est mis à prendre aux pauvres (baisse des aides personnalisées au logement) et aux moins pauvres (hausse de la CSG) pour donner davantage aux plus riches (réforme de l’impôt sur la fortune). C’est bien là le fondement du colonialisme ! Deux ans plus tard, toujours sous sa présidence, pendant que sa police et sa justice martyrisaient sa population comme jamais depuis la fin de la « guerre d’Algérie », la chambre française de commerce et d’industrie inaugurait une délégation en territoire colonisé par le Maroc « ami » (Dakhla, 1er mars 2019). Près de deux années plus tard, au moment où était examiné et adopté son projet néocolonial (loi séparatisme), son parti politique (LREM) ouvrait également une antenne à Dakhla (8 Avril 2021). Il faut dire que le rapport remis quelque semaines plus tôt (20 janvier 2021) par l’historien macronisé et, plus spécifiquement les digressions orientales sur l’insuffisance et donc l’inutilité des excuses, avaient suffi à leur donner bonne conscience.

Aussi, lorsque des élus et des personnalités de la société civile, l’ont interpellé (11 mai 2021) pour qu’il agisse en faveur des droits légitimes des Palestiniens, je me suis dit qu’il aurait été préférable d’adresser la lettre ouverte au père Noël. Leurs vœux auraient eu plus de chance d’être exaucés ! Sans surprise aucune, Macron a réagi deux jours plus tard (13 mai) pour condamner le Hamas « et d’autres groupes terroristes », et s’inquiéter de la « sécurité d’Israël ».

Que peut-on attendre en vérité d’un président, et de son gouvernement, qui a fait l’objet en mai 2019, d’une si importante et si solennelle accusation (trop peu relayée par une presse aux ordres), de nature assez exceptionnel (à ma connaissance), signée par de si nombreux intellectuels et universitaires respectables (et exerçant en France) ?

Dans la foulée, son lieutenant, Gerald Moussa Darmanin, a décidé d’interdire la manifestation parisienne en soutien à la Palestine, prévue pour le samedi 15 mai. Suspecté d’abus de faiblesse, de viol et de propos antisémites (dans son dernier ouvrage), le ministre de l’intérieur, pourfendeur des libertés publiques, aime à mettre en avant son deuxième prénom ou son grand-père « musulman » quand cela sert sa politique détestable. Les Algériens et ceux qui connaissent un peu l’histoire, savent pourtant très bien qu’un prénom arabe et une identité en tout ou partie musulmane n’ont jamais empêché quiconque de devenir caïd ou bachagha.

Quant à Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, ce promoteur de la « démocratie », très prompt à réagir pour son protégé Khaled Drareni et pour pointer du doigt « le régime algérien », il est longtemps resté dans un étrange coma. Sait-il que de nombreux journalistes palestiniens, israéliens et internationaux ont été blessés et entravés lors des manifestations à l’esplanade des Mosquées et à Jérusalem Est ? Sait-il que la journaliste palestinienne Reema Saada, enceinte de son 3eme enfant, est morte, le 12 mai, à la suite d’une frappe israélienne dans sa maison ? A-t-il connaissance du fait que d’autres reporters ont été grièvement blessés à Gaza ? Christophe Deloire, qui a l’habitude de courir les plateaux télévisés et de radio pour défendre certains « journalistes en danger », ne s’est en tout cas ni ému ni révolté suite à ces informations qu’il doit très bien connaître, vu sa situation. Khaled Drareni, son correspondant, a même relayé l’information de la mort de Reema Saada. Mais rien. Aux abonnés absents. Christophe Deloire a fini tout de même par sortir de sa torpeur et a réagi, hier, le 15 mai, suite aux articles du New York Times et du Monde, pour s’indigner de l’attaque israélienne contre les bureaux de l’AP et d’Al-Jazeera, à Gaza. Le minimum syndical en somme. Reporter Sans Frontière : peut-être. Avec des œillères : surement !

Quant à nous qui avons un peu connaissance de l’histoire, nous savons que la colonisation est fille de duperie ; elle s’est toujours présentée comme une œuvre civilisatrice ; et l’ingérence s’est bien souvent drapée sous les mots de la démocratie. Nous savons aussi, en dépit de la grande propagande de certains gouvernants « donneurs de leçons », qu’un État qui commet des crimes d’apartheid ne peut être démocratique. Aussi tant que durera le joug colonial, nous sommes et serons avec la Palestine quelle ait tort ou raison !

132 ans de colonisation, 191 années de mépris.

Yazid Ben Hounet

Anthropologue, chargé de recherche au CNRS

Membre du Laboratoire d’Anthropologie Sociale

(CNRS-Collège de France-EHESS), Paris.

Le 16 mai 2021

Nota Béné :

A mes amis, collègues, signataires de l’appel « halte à la guerre déclarée contre le peuple algérien » : loin de moi l’envie de critiquer votre initiative, votre liberté d’expression et le contenu de votre texte. Je connais la sincérité et l’honnêteté de plusieurs cosignataires. Je souhaiterais, toutefois, vous poser une question pour aiguiser votre sens politique. Comment se fait-il que votre texte, publié initialement en Algérie, ait été aussi rapidement relayé par l’AFP et la presse mainstream française (France 24, Ouest France notamment), alors que la tribune Nous accusons ! (cité plus haut et que j’ai co-signé), a été totalement ignorée par ces dernières ? Pourtant, ce texte a été signé par davantage d’intellectuels et universitaires respectables exerçant en France même. Il avait, en outre, été envoyé directement à plusieurs des grandes rédactions françaises et à l’AFP. Il est enfin (et ce n’est pas vous faire offense) mieux rédigé et plus percutant que votre appel. Pourquoi donc un tel traitement de faveur, dans votre cas ?