«Magnanimité diplomatique algérienne»

«Magnanimité diplomatique algérienne»

Depuis l’adhésion du Maroc, en 2017, à l’Union africaine, celle-ci, que Rabat lui avait donné en 1984, le sobriquet de « organisation de Tam Tam », se transformait crescendo en une grande table basse de jeu d’échec. Des pions faits en marbre verts d’un côté et blancs de l’autre, ne sont autres que les Etats membres de ladite organisation continentale. L’Algérie s’est alignée sur les blancs, un choix inspiré de sa limpidité diplomatique, un blanc qui sonne comme un silence avant tout commencement, pour paraphraser les propos de l’artiste binational russo-francais Vassily Kandinsky. Hanté par la couleur de sa marche impérialiste au Sahara occidental, le Maroc opte, en revanche et aussi par revanche, pour le vert empire.

Au grand dam de détracteurs atteints de cécité politique, qui ne cessent de tintinnabuler assez bruyamment un discours gerbant sur le non-aboutissement de la démarche nigériane, soutenue par l’Algérie par rapport à l’adhésion par effraction d’Israël à l’Union africaine, en qualité de membre observateur, le Kasparov algérien des Affaires étrangères a fini élégamment, sans que les myopes en question ne se rendent compte, par faire en un coup magistral, un échec et mat au Roi…..

La partie du jeu d’échec légendaire jouée, entre les deux courants, partisans et opposants à ladite adhésion, en septembre-octobre 2021, à l’occasion de de la trente neuvième session ordinaire du Conseil exécutif, a mis en exergue, à la faveur de l’habilité du Ministre algérien des Affaires étrangères, un aspect de finesse diplomatique rarissime, précédant de sa lecture lucidité mais surtout de la cohérence de son approche politique. Accoudée à une grappe de pourfendeurs, l’attitude trébuchante du Roi au-delà de la dimension mercantiliste animant la facilitation de l’entrisme israélien au fort boyard africain, recèle un raisonnement aussi tortueux que démagogique.

Au moins deux repères sur la de félonie innée chez le Roi, sont à signaler à cet égard :
D’abords, il est quand même curieux de voir Rabat se permet de s’objecter à la demande nigériane de réexaminer le statut d’observateur accordé, subrepticement, à Israël au sein de l’Union africaine. En ouvrant largement les portes de l’organisation continentale, à cette entité oppressive qui a confisqué un territoire palestinien, à l’effet de prendre part aux travaux d’un Sommet qui se tient au niveau des Chefs d’Etats, relève de l’impolitesse pour ne pas dire de l’offense envers les valeurs partagées, chantres de la rhétorique humaniste des Pères fondateurs de l’Union africaine.

L’autre contraste aberrant dans l’approche de Mohammed VI, réside surtout dans le diptyque de sa posture diplomatique insidieuse. D’une part, il s’efforce d’interpréter le rôle de Président du Comité Al Qods et de l’autre il se présente par pédantisme, comme
un fervent défenseur de l’adhésion d’Israël à l’Union africaine. Celle-ci, rappelons-le, qui
à chaque Sommet examine, grâce au point permanent sur la Palestine inscrit à son ordre du jour, les exactions commises par l’entité Hébreu contre le peuple Palestinien inerme et désarmé.

In fine, pour comprendre les principaux enjeux géopolitiques de cette ambivalence, il ne serait surement superfétatoire de nous rafraichir cycliquement l’histoire mémorielle du Palais royal et son rôle dans la facilitation de l’enregistrement par le MOSSAD, des travaux du Sommet de la Ligue des Etats Arabes, tenu en 1965 à Casablanca, dans un contexte de préparation d’un Pacte arabe de solidarité. A présent, l’entité Hébreu ne peut que se réjouir d’avoir placé une sentinelle au sein l’Union africaine, qui se chargera d’humaniser le visage patibulaire du colonialisme, en lui élaborant un lexique approprié, comme exemple la mission divinatrice de l’Etat d’Israël, lors des prochaines résolutions de l’Union africaine afférentes à la question palestinienne. Israël est rassuré que sa taupe veillera scrupuleusement sur la sauvegarde de ses intérêts stratégiques.

Ensuite, il y a l’initiative nigériane, appuyée fortement par l’Algérie. Celle-ci a le mérite de mettre à nu et au grand jour, la dimension hypocrite de la diplomatie marocaine à l’égard de la question centrale du monde. Mais, le plus important c’est qu’elle a permis de mettre en évidence le caractère fantaisiste et dilettantiste de certaines approches diplomatiques. Elle a surtout permis à M. Ramtane Lamamra, diplomate chevronné, d’avoir le vent en poupe, de damer subtilement le pion au Roi . de lui faire un Echec et mat. Ceci pourrait paraitre étonnant aux teneurs du carillon, qui se demanderaient d’un air moqueur, une explication sur le prétendu coup de grâce donné par M. Ramtane Lamamra à la stratégie fignolée par le Maroc et son engeance, tournant dans son giron, quant au statut de la RASD à l’Union africaine. Traquer la RASD, pays fondateur de l’Union africaine, outre le fait qu’elle soit une cabale contre le peuple sahraoui, n’est rien d’autre qu’un complot ourdi et une conjuration sordide, tendant à galvauder le droit international.

En se lançant dans la défense de l’adhésion d’un organe étranger à l’Union africaine, le Maroc fait de manière anachronique, exhiber un aspect insolite de sa stratégie diplomatique scélérate envers l’Afrique tout entière. Comme la greffe d’un organe étranger incompatible avec le corps humain est retoquée la nature des choses, l’incestueuse admission d’Israël à l’enceinte de l’Union africaine que Rabat voulait imposer, connaitra le même sort.

Mais, l’ironie de ce sort malheureusement, est que celui qui a mené la croix et la bannière pour frayer une place à Israël, une entité sans attache avec l’Afrique, au sein de l’Union africaine, il s’évertue, sans vergogne, à trouver les mots pour chasser un Etat africain. Pour ce faire, le Maroc fait appel à des stratagèmes rédhibitoires à l’effet de repousser sine die la tenue du referendum au Sahara occidental. Déconvenue voire

sidérée face aux dévoiements d’une telle diplomatie, la maison africaine ne peut que s’indigner, en assistant impuissamment au sacrifice d’un gage capital à l’autodétermination du peuple sahraoui. Les complices d’un pareil macabre et pernicieux projet, avec qui le Maroc a noué une alliance évanescente, auront à assumer seuls l’écriture des pages ténèbres de l’histoire militante de l’Afrique, suscitant à terme le naufrage du bateau africain.

R.I.