Mali : Les Européens dénoncent un « coup d’État dans le coup d’État »  

Mali : Les Européens dénoncent un « coup d’État dans le coup d’État »  

Les dirigeants européens étaient unanimes  à «condamner  avec la « plus grande fermeté » ce mardi, l’arrestation du président du Mali et de son Premier ministre», qui constitue «un coup d’État dans le coup d’État, inacceptable».

Les 27 dirigeants européens se sont associés à la déclaration de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union africaine et ont appelé à la libération immédiate et sans conditions des responsables enlevés.

« Ce qui s’est passé est grave. Nous appelons à un retour à la transition civile », a souligné Charles Michel, président du Conseil européen.

«Nous sommes prêts dans les prochaines heures à prendre des sanctions ciblées» contre les protagonistes,  a déclaré pour sa part, le président français,  Emmanuel Macron à l’issue d’un sommet européen.

Un peu plus tôt, son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, avait lui aussi dénoncé un «coup de force».

«Nous exigeons la libération des autorités dont la sécurité doit être garantie et la reprise immédiate du cours normal de la transition», a déclaré Jean-Yves Le Drian lors d’une séance de questions-réponses à l’Assemblée nationale française.

Le colonel Assimi Goïta, vice-président du Mali, avait pour appel,  annoncé ce mardi, avoir démis de leurs fonctions le président Bah Ndaw et le Premier ministre Moctar Ouane, arrêtés la veille par des membres de l’armée.

Un exemple d’instabilité

Le Mali a connu, le 18 août 2020, son quatrième coup d’État depuis l’indépendance. Si Bamako bruissait de rumeurs difficilement confirmables, la capitale présentait cependant un air de relative normalité lundi soir. Des missions internationales ont diffusé des messages de prudence.

Les colonels avaient installé, au bout de quelques semaines, des autorités de transition : un président, Ban Ndaw – un militaire retraité – et un gouvernement dirigé par Moctar Ouane, un civil, qui s’étaient engagés, de mauvais gré et sous la pression de la communauté internationale, à rendre le pouvoir à des civils élus au bout de 18 mois, et non trois ans comme ils l’estimaient nécessaire.

Confronté à une contestation politique et sociale grandissante, le Premier ministre a présenté il y a dix jours la démission de son gouvernement et a été reconduit immédiatement dans ses fonctions par le président de transition Ndaw, avec la mission de former une équipe d’ouverture.

La grande inconnue était la place qui serait faite aux militaires, en particulier aux proches de l’ancienne junte, et la crainte que les colonels ne se satisfassent pas des choix de Moctar Ouane, n’a cessé de croître ces derniers jours.

Pour Bassirou Ben Doumbia, analyste politique interrogé sur l’antenne de France 24, les événements de ce lundi sont liés à la communication entre le gouvernement de transition et l’armée.

«La junte n’a pas été consultée lors de la démission ni lors de la reconduction du Premier ministre, explique-t-il. Aujourd’hui, lors de la mise en place du gouvernent, deux figures emblématiques» des événements de l’été 2020 ont été écartées, ajoute-t-il.

Selon l’analyste Bassirou Ben Doumbia, la crise actuelle pourrait avoir des conséquences sur la sécurité du pays. «Le Mali vit une situation de crise de sécurité exceptionnelle, déclare-t-il sur France 24. (…) Si pendant ce moment, ceux qui étaient censés incarner la défense nationale sont dans des luttes de pouvoir, alors il peut y avoir des conséquences sur l’efficacité de l’action militaire dans le cadre de la lutte contre le jihadisme.»

R.I