Maroc : le commerce de la chair, à défaut d’autre chose

Maroc : le commerce de la chair, à défaut d’autre chose

Est-ce juste un reportage, ou bien s’agit-il plutôt d’un publireportage qui a été réalisé par France 24 et intitulé « Les marokis aiment l’homosexualité, la pédophilie » et qui, comme le laisse entendre ce titre, met la lumière sur une activité pour laquelle le royaume chérifien est connu : le tourisme sexuel.

Depuis des décennies, la destination la plus prisée pour de nombreux occidentaux et riches moyen-orientaux est, sans conteste, le Maroc, où ils sont sûrs de trouver de quoi assouvir leurs instincts les plus bas.

Déjà, le présentateur de l’émission « Reporter »de France 24 met le spectateur dans le bain très hot de ce genre de tourisme : « nous parlerons dans ce reportage du Maroc qui est la destination privilégiée de millions de touristes européens qui s’y dirigent chaque année, mais ils ne sont pas tous intéressés par le désert ou les vestiges qui s’y trouvent. Ils sont de plus en plus à se rendre au Maroc pour assouvir leurs pulsions sexuelles », a-t-il commencé.

Et de continuer : « En effet, particulièrement dans les grandes villes, moyennant quelques dizaines d’euros, il est possible de négocier une ‘passe’, y compris avec des mineurs. De Marrakech à Agadir, ce sont des milliers de femmes et d’enfants qui sont exploités, souvent avec la complicité de rabatteurs marocains, une activité qui se fait au vu et au su des autorités ».

Sur fond d’une musique entrainante de Ghaïta, nous apprenons que plus de 8 millions de touristes déferlent chaque année au Maroc « une manne financière qui rapporte au royaume 10 milliards d’Euros », est-il annoncé. La ville de Marrakech attire des millions de « curieux » et de « jet-setter » qui passent par la place « Jamaâ El F’na », un lieu touristique familial durant la journée, avec ses produits du terroir et ses curiosités. Nous avons dit « durant la journée » car, dès la nuit tombée, c’est un autre genre de tourisme qui prend le relai avec d’autres genres de touristes, même si ce sont souvent les mêmes personnes qui s’y rendent, mais ils ont la particularité d’être des hommes seuls, à la recherche de proies faciles.

L’équipe de reportage de France 24 film en caméra cachée et se lance, à la nuit tombée, à l’assaut de cette placette dont la réputation soufrée a atteintla plupart des pays occidentaux et attire toute cette faune cosmopolite avide d’interdits et de nuits salaces. Aussitôt, le journaliste est accosté par un jeune homme qui lui demande ce qu’il cherche : « je sais ce qu’il te faut, lui dit-il, du sexe ? Je peux tout t’avoir ici, j’ai des enfants si tu veux, tu viens, tu leur parle, et puis voilà », -plus direct, on n’en trouve pas ! Il lui propose ces service pour 30 euros seulement (6000 DA env.).

Même devant le refus de celui qu’il prend pour un client potentiel, le rabatteur ne s’avoue pas vaincu, il revient quelques minutes plus tard avec un adolescent de 17 ans qui annonce ses tarifs : trente euros pour la nuit !

Et là, le journaliste affirme que la place est « pourtant surveillée en permanence par une brigade de police touristique et 16 caméras !!! » Mais cette présence des autorités n’empêche pas un étranger de négocier, à quelques mètres des policiers, de négocier une passe avec un jeune garçon sur le vélo.

Ces pratiques révoltantes, moyenâgeuses, interdites, « n’étonnent plus personne, c’est devenu chose courante à Marrakech », apprenons-nous de la bouche du journaliste qui réalise le reportage.

Mais l’envers du décor, c’est ce jeune garçon, questionné par le journaliste, c’est un cauchemar vécu quotidiennement car Samir (c’est son nom) est aujourd’hui « séropositif » après son « aventure » qui dure maintenant quatre longues années. Un cauchemar qui a commencé à l’âge de 12 ans après la rencontre d’un de ses concitoyens qui lui a proposé de l’argent « facile », il est très vite intégré dans un réseau de pédophilie, comme des milliers d’autres enfants de son âge, a encore appris le journaliste de France 24.

Des multitudes de filières sont organisées : elles démarchent les enfants directement !

Ces enfants sont les victimes d’une multitude de filières organisées qui approchent les enfants issus de familles pauvres habitant les taudis de Marrakech ou d’ailleurs, le manque d’argent, de perspectives, d’instruction en font des proies faciles, on leur fait miroiter une vie meilleure, de l’argent à profusion gagné facilement.

Pauvres, abandonnés de tous et surtout des autorités, les petits marocains foncent tête baissée dans le piège qui se referme sur eux, les désintégrant dans les atmosphères nauséabondes de la pédophilie et du déni de soi, perdant toute fierté et toute dignité, les obligeant à mener une vie de paria, ni homme, ni femme, ni enfant, quand ils se rendent compte de ce qu’ils font, il est souvent trop tard : traumatisme psychologique, maladies incurables, perte de tous les repères et, surtout de la confiance en soi et en tout ce qui les entoure.

Samir raconte qu’il habite l’un des quartiers les plus pauvres de Marrakech, il a quitté l’école à l’âge de 12 ans et traine sur la place, grâce à son indigne travail, il faisait vivre toute sa famille. « C’est de l’argent facile, il y a beaucoup de touristes qui cherchent des enfants à Marrakech, on n’avait même pas de quoi manger, les touristes ont beaucoup d’argent, donc… », assure-t-il avec une pointe d’amertume et de regret dans la voix. Il continue en rappelant que leurs familles sont pauvres et leur interdisent de rentrer le soir à la maison s’ils ne ramènent pas d’argent. « Que voulez-vous que nous fassions ? », lança-t-il à son interlocuteur. Il trouve que c’est devenu quelque chose d’ordinaire, dans leur milieu ou tout manque, surtout l’argent et la dignité.

Un avocat, membre d’une association de lutte contre la pédophilie, affirme que le Maroc a été envahi par des millions de pédophiles qui sévissaient en Asie mais qui ont été découragé après le Tsunami. « Ils ont trouvé au Maroc une aubaine pour leurs exécrables pratiques grâce à la proximité du Maroc par rapport à l’Europe surtout, à la pauvreté qui sévit au Maroc de manière endémique et à la passivité des autorités qui sont plutôt permissives », a-t-il déclaré.

 

« Dans le droit marocain, le mot « pédophilie » n’existe pas, le code pénal évoque seulement les cas d’inceste ou de viol sur mineur, nous n’avons pas de texte de loi pour le tourisme sexuel », a tenu à préciser le défenseur de ces enfants. Les membres des associations de défense des enfants victimes de pédophilie appellent les autorités à prendre les dispositions nécessaires pour ‘protéger les enfants marocains contre les prédateurs venus de l’extérieur, les autorités doivent faire leur travail et contrôler les touristes qui viennent dans notre pays pour abuser de nos enfants, ce tourisme à tout va est inadmissible », lancent-ils.

A la fin du reportage, le journaliste retrouve l’un des témoins-victimes, qui lui dit que : « je ne peux plus continuer à vivre ainsi, personne ne m’aide à trouver un travail décent, je vis comme un paria, je ne peux plus me supporter. D’ailleurs le seul travail que nous pouvons faire c’est de voler, vendre de la drogue ou se prostituer avec les touristes ».

Le malheureux, atteint du VIH, n’a rien avalé depuis deux jours car il a trop mal, pourtant il refuse de se faire soigner !

Le journaliste-reporter qui a réalisé ce travail déclare qu’il a été étonné de la facilité avec laquelle n’importe qui peut entrer en relation avec des enfants pour abuser d’eux contre quelques euros : « nous avons été nous-mêmes étonnés, dès qu’on arrive à la place Djamaâ El F’na, nous y trouvons de tout et surtout le tourisme sexuel. Il suffit d’être avec la bonne personne, et surtout en trainant tout seul, on se fait aborder en permanence au Maroc, la nuit tombée. On vient nous proposer directement de la vente d’êtres humains, ce sont des gamins qui viennent se proposer, d’une manière directe on vous dit : çà coute tant ».

Le clou, c’est que le journaliste s’est fait aborder par des rabatteurs alors qu’il se trouvait au pied du commissariat touristique, devant les policiers, des policiers qui étaient censés surveiller ces trafics et tout ce qui se passe sur la place et quand il a demandé au rabatteur s’il n’avait pas peur, ce dernier lui répondit : « mais c’est ordinaire cela ici ». Sans commentaires !

Au fait, il ne faut pas oublier que c’est un reportage de France 24, les grands amis du Royaume du Maroc.

Tahar Mansour