Maurice Audin : Son assassinat par l’armée française enfin avoué

Maurice Audin : Son assassinat par l’armée française enfin avoué

Jean-Charles Deniau est un journaliste d’enquêtes et documentaliste français qui s’occupe de divers sujets, d’actualité ou non, mais il s’est intéressé à beaucoup d’affaires d’assassinats commis par les militaires français en Algérie et ailleurs.

Il a aussi été l’auteur de portraits de personnages entrés dans l’histoire à cause de leur acharnement à nuire à autrui et à commettre des crimes atroces en se cachant derrière les ‘nécessités’ de la guerre.

Il était dernièrement l’invité de l’émission ‘Grand Soir’ de la 3 (France), au cours de laquelle il a fait entendre un enregistrement d’Aussaresse sur son lit de mort dans lequel il parle de l’assassinat de Maurice Audin par l’armée française.

C’est une voix caverneuse qui affirme : « Eh bien, on a tué Audin ». A la question, posée par Deniau, demandant comment, la réponse donne la chair de poule, elle fait peur : « on l’a tué au couteau, pour faire croire que c’était les arabes qui l’avait tué. Qui a décidé de sa mort ? C’est moi ».

Le journaliste insiste auprès du général Aussaresse pour avoir la vérité, rien que la vérité sur la mort de Maurice Audin : « la vérité, c’est qu’on l’a tué, j’ai dit ‘il faut qu’on tue Audin », répond Aussaresse d’une voix coléreuse, qui fait penser à celui qui l’entend qu’il tient encore un couteau dégoulinant du sang de sa victime entre les mains.

J-C Deniau affirme que le général Aussaresse était à la fin de sa vie : « il avait beaucoup menti sur l’affaire Audin, parce qu’il voulait protéger Massu jusqu’au bout et ses subordonnés, mais mon travail est le fruit d’une longue enquête. Je n’ai pas rencontré que le général Aussaresse, j’ai rencontré d’autres protagonistes, même certains qui n’étaient pas encore connus, j’ai recoupé tout cela avec le contexte historique qui est très important ».

Le journaliste estime que l’armée est maintenant au courant de ces révélations grâce à son témoignage en direct à la télévision, mais : « cette hypothèse avait déjà été présentée à plusieurs reprises, mais jamais de la bouche des protagonistes, et là, Aussaresse a été très clair. Cela n’a pas été facile de le faire parler, mais grâce à sa femme (d’Aussaresse) qui m’a beaucoup aidé dans ce travail parce qu’elle voulait qu’il soit libéré au moment de partir », a-t-il précisé encore.

Qu’attend Deniau comme suites de ses révélations ?

« Des suites judiciaires, je ne sais pas, mais en revanche, je sais que, jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à ce moment, Maurice Audin est porté disparu, mais avec ces témoignages d’Aussaresse et des autres témoins, nous nous retrouvons face à un crime d’Etat et le pouvoir politique doit prendre ses responsabilités », a-t-il répondu.

Ainsi, un grand pan de notre histoire, de l’histoire de la guerre de libération nationale vient d’être levé, même si tout le monde savait que c’était les soldats français qui l’avaient assassiné, il n’y a jamais eu une reconnaissance officielle et, comme le disait Jean-Charles Deniau, le pouvoir politique français devrait reconnaitre ce crime d’Etat et faire en sorte que Maurice Audin soit enfin considéré comme mort de mort violente, un couteau dans le cœur et que la mention ‘Porté disparu’ soit effacée à jamais des registres.

Il faut aussi rappeler que même le lieu où il a été enterré demeure à ce jour inconnu, bien que certains témoignages, pas toujours confirmés, donnent des lieux différents, certains disant qu’il a été enterré dans une fosse à Chébli (Blida), d’autres affirment que c’est plutôt du côté de Zeralda, mais rien d’officiel dans tout cela n’est apparu.

Maintenant que la preuve de sa mort est donnée de la part même de ses commanditaires et assassins, sera-t-il enfin considéré comme mort, et quelqu’un de ceux qui l’ont enterré aura-t-il le courage de dire où il a été enterré ? Nous l’espérons de toutes nos forces, pour l’Algérie, pour l’histoire, pour la vérité, pour sa femme et pour son fils.

Tahar Mansour