Mohamed Othmane, représentant du mouvement Hamas palestinien à Alger se confie à La Patrie News : « Les partisans de la normalisation risquent de se mettre à dos leurs peuples »

Mohamed Othmane, représentant du mouvement Hamas palestinien à Alger se confie à La Patrie News : « Les partisans de la normalisation risquent de se mettre à dos leurs peuples »

Très prolixe, et surtout particulièrement direct, le représentant du mouvement palestinien Hamas, a abordé avec nous avec franchise l’ensemble des sujets chauds de l’heure. Cela va de la normalisation de certains Etats arabes de leurs relations avec l’entité sioniste, non sans risquer de se mettre à dos leurs populations respectives, jusqu’à cette indicible trahison marocaine, en passant par le combat que doit livrer au quotidien le peuple palestinien pour survivre, résister, et poursuivre son combat pour la liberté et la reconnaissance internationale. Pour la précision, la question relative à l’accord historique entre l’OLP et le Hamas avait été posée avant que celui-ci n’intervienne.  Elle reste cependant d’actualité, au regard de la réponse donnée.

 Entretien réalisé par Mohamed Abdoun

La Patrie News : Permettez une question directe pour entrer rapidement dans le vif du sujet. L’entité sioniste, au même titre qu’une partie de la communauté internationale vous classent comme « mouvement terroriste. Comment est-il possible de laisser perdurer de pareils et dangereux amalgames entre une résistance populaire légitime et un rassemblement criminel ?

Mohamed Othmane : le mouvement Hamas est un mouvement de libération du peuple palestinien. Il en est l’émanation et l’incarnation légitime. Il a vu le jour à la suite de l’occupation de son sol par les forces britanniques en 1918.  Trente années durant, la résistance s’est organisée à travers plusieurs soulèvements populaires, à l’image de ce que beaucoup de peuples ont fait face au péril colonialiste.

L’Algérie en fait partie grâce à sa résistance, devenue célèbre, face à une occupation cruelle et criminelle. Mais, au lieu que le peuple palestinien obtienne son indépendance, les forces d’occupation britanniques ont illégalement cédé leur place à un autre occupant, à savoir l’entité sioniste.

Cette dernière a systématiquement bénéficié de l’aide, et du soutien, militaire et politique, de la part du Royaume-Uni. Les pays occidentaux, et les forces impérialistes, ont également œuvré à ancrer l’entité sioniste en terre palestinienne et arabe, pour des raisons qui ne sont aujourd’hui plus un secret pour personne. Il s’agissait pour l’Occident de se débarrasser de son complexe de culpabilité à cause de ce qu’ont subi les juifs par le passé. Il s’agissait aussi pour l‘occident de faire en sorte que l’entité sioniste soit la garante, et la gardienne de ses intérêts dans toute la région moyen-orientale.

Il fallait empêcher toute renaissance de nos valeurs ancestrales et religieuses, les symptômes de cet étouffement sont hélas visibles et perceptibles pour tous. C’est cette compréhension profonde du comportement raciste impérialiste des forces de l’Occident et du double emploi de son usage (Israël) qui devrait être le critère pour juger les mouvements de libération nationale qui existent sur nos terres palestiniennes occupées, à leur tête « le mouvement de résistance » (Hamas).

L’action de ce dernier est légitime et approuvé par le droit divin, les lois internationales et les pactes internationaux qui garantissaient le droit de résister à l’occupant étranger avec toutes les formes de résistance, pas seulement cela, mais même les grands pays occidentaux ayant une histoire riche en pratiques coloniales appelaient leurs peuples à la résistance, et recouraient même à l’action armée, et à l’usage de la violence face toute forme d’invasion étrangère.

Et nous nous souvenons tous du discours du président français de Gaulle à la BBC lorsqu’il a appelé son peuple à affronter les forces allemandes qui ont envahi la France pendant la Seconde Guerre mondiale. Si son appel historique n’avait pas été entendu, et suivi d’effets sur le terrain, la France ne serait sans doute pas ce qu’elle est aujourd’hui.

Actuellement ce qui choque et étonne, c’est que ces mêmes puissances, pour qui toute résistance populaire à une invasion est décrétée légitime, selon leurs propres lois et textes internationaux, se prennent et surprennent à qualifier d’ « actes terroristes » la résistance brave et légitime du peuple palestinien, face à l’invasion et l’occupation de la Palestine par l’entité sioniste.

La communauté internationale laisse faire en foulant aux pieds ses propres lois.

Sur le plan strictement démocratique, comme l’entend l’Occident, le Hamas a remporté la seule élection libre qui a eu lieu à Ghaza. Un blocus criminel en a résulté, alors qu’un génocide général menace plus d’un million de Palestiniens à cause d’un simple vote. Une punition collective de cette envergure est-elle encore possible, en plein XXIe siècle ?

Mon exposé de tout à l’heure est un exemple édifiant de la contradiction flagrante de l’Occident avec le droit international, qui prétend être sa référence en y recourant dans les conflits. Ce que vous avez mentionné dans votre question ici est un autre exemple flagrant de la contradiction avec l’esprit de la démocratie en tant que valeur suprême que l’Occident prétend soutenir et défendre plus que tout au monde.

Cependant, la réalité est tout autre sur le terrain. Le parti-pris de l’Occident en faveur des actions criminelles et racistes de l’entité sioniste met à nue sa politique des deux poids et deux mesures, au moment où des élections transparentes et démocratiques ont illustré en 2005 le soutien massif du peuple palestinien à la résistance face à l’occupation et, partant, au mouvement Hamas, avec plus de 60 % de voix en faveur de nos députés élus au conseil législatif.

Dès l’annonce de ces résultats, tout a été fait pour isoler notre mouvement, et tuer dans l’œuf notre jeune expérience démocratique. Tout a été fait pour priver notre peuple de ses plus simples moyens de subsistance. Cela est allé jusqu’à enclencher de criminelles et sanglantes guerres contre les populations civiles, plus spécialement à Ghaza.

On assiste en direct à un retournement occidental contre les valeurs démocratiques que celui-ci prétend défendre pourtant. Plus conscient que jamais que le choix du peuple palestinien n’a pas changé, et restera sans appel, l’Occident, avec la complicité des Américains, fait tout pour empêcher que des élections aient de nouveau lieu en terre palestinienne. Il s’agit d’un sombre retournement contre les valeurs démocratiques. Il faut dénoncer avec force cette cruelle et inacceptable hypocrisie planétaire et occidentale, qui pleure sur les problèmes de l’environnement, par exemple, en laissant dans le même temps le peuple palestinien se faire massacrer.

La cause palestinienne doit être prioritaire dans les agendas de tous les pays, à commencer par les représentants de la communauté arabe dans le monde. Il faut mettre à nue, et dénoncer, les pratiques racistes et ségrégationnistes systématisent menées par l’entité sioniste contre le peuple palestinien.

La communauté arabe est aujourd’hui incapable d’aider matériellement et financièrement le peuple palestinien. Elle ne peut pas le protéger non plus. C’est pourtant la moindre des choses que celle-ci doit accomplir en notre faveur.

En parlant de « punitions collectives, je ne perds pas de vue les maisons des résistants que l’occupant sioniste détruit systématiquement. Idem pour les arbres séculaires arrachés par les bulldozers de l’armée d’occupation. Colonisation et « déracination » visent à chasser les Palestiniens de leurs terres ancestrales. La « nekba » tend à perdurer dans le temps. A quels remèdes recourent les Palestiniens pour garder leurs liens avec leur terre ancestrale ?

La bande de Gaza vit, d’une part, sous le poids d’un blocus injuste et, d’autre part, sous les coups des raids israéliens répétés et des menaces sionistes constantes d’y mener une nouvelle guerre pour son  anéantissement. Cette situation suscite la terreur et la panique parmi la population et a des conséquences sociales et psychologiques négatives. Malgré cela, la main de la résistance armée est toujours là, en particulier en ce qui concerne les Brigades Izz Al-Din Al-Qassam (la branche militaire de notre mouvement).

Le HAMAS garde constamment le doigt sur la gâchette, sans jamais se départir de sa vigilance constante et de sa volonté d’assumer ses responsabilités en défendant notre terre et notre peuple contre toute agression à venir. Il y a quelques jours, tout le monde a observé les manœuvres militaires conjointes effectuées avec des balles réelles et des armes diverses, par les factions de la résistance palestinienne, dirigées par les Brigades Al-Qassam, sous la supervision de la Chambre opérationnelle commune des Factions de la Résistance palestinienne, dont la mise en place est l’aboutissement des efforts continus menés pour renforcer l’action militaire conjointe et parvenir à un programme de lutte unifié et plus efficace que jamais.

Ces manœuvres ont envoyé plusieurs messages à l’occupant israélien, à savoir, que les capacités de résistance augmentent, que ses expériences sur le terrain s’accumulent et se développent, et que toute tentative de l’occupation de lancer une nouvelle agression sur la bande de Gaza ne sera pas pour lui une simple excursion, car les surprises que la résistance lui a préparées accéléreront sa disparition.

Le peuple de Ghaza subit une forme de punition collective, contraire au droit international à cause de son vote. Comment vivez-vous, et supportez-vous cette intenable situation ?

Toutes ces pratiques oppressives des autorités d’occupation contre notre peuple, qui ont augmenté en fréquence au cours des quatre dernières années, c’est-à-dire depuis le début du règne de Trump, ne peuvent être séparées du plan de liquidation de la cause palestinienne dans ses trois dimensions essentielles: la terre, les sanctuaires et les réfugiés que Trump a lancé  sous le titre «Deal Century et qui comprenait en plus de ces pratiques inhumaines, des projets non moins dangereux au cœur desquels se trouvent : la judaïsation de Jérusalem et sa reconnaissance par l’administration américaine comme la capitale de l’entité usurpatrice, l’annulation du droit au retour des réfugiés à travers des pressions pour la cessation du soutien de l’UNRWA,  et le déplacement des populations de Cisjordanie après la démolition de leurs maisons pour mener le plus grand processus d’expansion et de colonisation cancéreuse de l’histoire de l’occupation sioniste, afin de permettre à l’entité sioniste de concrétiser son plan d’annexion des terres de Cisjordanie et d’y imposer la souveraineté israélienne.

Face à tous ces défis sans précédent et à la spoliation de nos droits légitimes auxquels nous sommes confrontés  en tant que Palestiniens, nous n’avons pas d’autre choix que de défendre notre droit et les fondements de notre cause à travers une unification notre front intérieur et un programme de lutte de libération autour duquel les forces palestiniennes s’unissent et qui réhabilite la résistance palestinienne et restaure les droits palestiniens et les protège contre l’orgie israélienne et les régimes arabes qui les utilisent comme fond de commerce.

En dépit de toutes les circonstances liées à la réalité de la cause palestinienne et de son environnement stratégique ainsi que de la faiblesse et de la division dont souffre cet environnement, la détermination de notre peuple palestinien ne s’est pas estompée, et le feu de sa révolution ne s’est pas éteint alors qu’il cherche résolument à réorganiser ses priorités et à mobiliser des éléments de sa force pour poursuivre sa lutte pour la liberté Libération et retour.

Le peuple de Ghaza, qui vit dans une prison à ciel ouvert, est privé de tout, y compris de certains produits capitaux comme le médicament, le lait pour enfants, et même le ciment. Comment est-ce que la communauté internationale, à commencer par l’ONU, laisse se perpétrer un crime pareil ?

Sans aucun doute, ce à quoi nous assistons aujourd’hui représente une scène honteuse de bousculade derrière le train de la normalisation par certains régimes arabes ce qui complique les calculs du peuple palestinien et le chagrine parce qu’il lui donne le sentiment d’une sous estimation de ses droits, de reniement de ses sacrifices et d’une négligence des facteurs de sa constance, mais en même temps nous disons que tous ceux qui pensent que le danger d’une normalisation sioniste ne va toucher que la partie palestinienne se trompent beaucoup.

Et quiconque croit pouvoir résoudre ses problèmes internes, tels que la sécurité, l’économie, le manque de légitimité de son pouvoir, ou quoi que ce soit d’autre au détriment des droits des Palestiniens, se fait également des illusions. La première illusion est que quiconque cherche à dégarnir les arrières et le projet de la résistance palestinienne à travers l’alliance avec l’entité sioniste, doit savoir que ses calculs sont faux car il oublie l’objectif central dont nous avons parlé au début de notre conversation et qui concerne le rôle colonial assigné à cette entité depuis sa création et qui vise à perpétuer l’affaiblissement de la région arabe et sa déstructuration ; les accords sécuritaires et militaires qu’implique la normalisation avec l’entité sioniste permettront à celle-ci de pénétrer beaucoup plus facilement le système sécuritaire et militaire des pays concernés, sans parler de la menace économique et sociale que cela engendre pour les sociétés de ces pays aux structures fragiles, et dont les symptômes sont déjà visibles chez les pays qui sont tombés dans ce piège.

La seconde illusion est que quiconque parie sur la normalisation pour trouver la voie vers la solution de ses problèmes internes doit savoir que son pari est perdu d’avance, car ces problèmes  concernent les peuples et ces derniers ont déjà dit leur mot en rejetant la normalisation et en affirmant que cette normalisation n’est pas la leur.

Mieux encore, les Peuples se sont inscrits en faux à ce sujet en adoptant une position tranchée et sans appel, tout en exprimant cela clairement à maintes reprises que la normalisation est en contradiction avec son état d’esprit qui réfute et s’oppose à l’intrusion de l’entité sioniste dans notre région arabo-islamique.

Les Peuples ont clairement souligné leurs profondes convictions quant au caractère fondamental que doit revêtir l’hostilité dont il faut faire montre à l’égard de l’entité sioniste

Cette position de principe unanime placera les régimes concernés face au défi de la confrontation avec leurs peuples et nous alerte contre l’irruption de conflits internes qui risquent d’être très lourds de conséquences pour les pays partisans de cette normalisation.

Le premier et dernier mot sur la problématique revient en fait à notre peuple, qui s’attache à ses droits légitimes et à sa terre. Pour le Peuple palestinien, le choix de la résistance est sans appel, en dépit des coups de poignards dans le dos qu’il a reçus au cours de son long combat.

Que dire de la complicité égyptienne, qui aide au maintien de ce criminel blocus en gardant fermé le passage de Rafah ?

L’Égypte est un pays pivot de la région et a un rôle historique dans l’accueil de la lutte nationale palestinienne et de l’action politique à différents stades. C’est un pays voisin des Palestiniens et c’est le seul débouché de la bande de Gaza vers le monde extérieur. Il ne fait aucun doute que toute fermeture du terminal de Rafah qui relie la bande de Gaza à l’Égypte et de là au monde accroît les souffrances humaines de notre peuple.

Nous tenons à une relation privilégiée et ouverte avec nos frères en Égypte, et ils se rendent compte à leur tour que le Hamas, malgré toutes les difficultés financières et sécuritaires qui sont exacerbées par le comportement agressif de l’occupation, gère la bande de Gaza avec force et compétence et efficacité.

Au cours des trois dernières années, il y a eu une série de réunions et de visites officielles entre les dirigeants du mouvement et les responsables égyptiens, au cours desquelles la politique constante de non-ingérence du mouvement dans les affaires intérieures des pays a été soulignée, et le souci du Hamas pour la sécurité et la stabilité de l’Égypte, qui fait partie de la sécurité ou de la stabilité du secteur. Plusieurs idées et points de vue ont également été échangés pour éviter une explosion généralisée que le mouvement ne veut pas voir se produire en raison de la pression croissante émanant de la population en raison de la détérioration sans précédent de la situation humanitaire dans la bande de Gaza.

Au cours des dernières années, il a été prouvé aux frères égyptiens, l’efficacité et la crédibilité du Hamas dans tout cela, ce qui les a conduits à prendre un certain nombre de mesures. Ils ont ainsi contribué à réduire la congestion et à la poursuite de l’ouverture du passage du Rafah aux particuliers et à certaines marchandises à des rythmes meilleurs que les années précédentes, mais nous espérons toujours parvenir à une meilleure situation en termes d’arrangements et de procédures qui réduiront la charge pesant sur les résidents de la bande de Gaza lors de leur passage à travers le passage et qui permettent la poursuite du flux de marchandises, car la situation devient intenable à Ghaza.

La normalisation marocaine avec l’entité sioniste n’a pas été sans des propos rassurant de Mohamed VI à l’adresse du président Mahmoud Abbas. Est-il raisonnable d’y croire quand on sait que Rabat nous ment depuis toujours, et que les contacts avaient commencé depuis 2018, comme l’a reconnu Nacer Bourita sur une chaine de télévision sioniste ?

Ce n’est pas notre politique au sein du mouvement (Hamas), ni notre stratégie d’entrer en conflit ou en confrontation avec d’autres pays arabes dont le système officiel et les institutions sociales et populaires sont censés être notre profondeur et notre soutien dans notre lutte pour la libération.

Nous nous proposons ou plutôt nous nous efforçons d’avoir un rôle dans la consolidation des rangs arabes et l’unification des positions officielles pour faire face aux énormes défis auxquels la nation est confrontée aujourd’hui.

En même temps nous disons que les tentatives des régimes partisans de la normalisation de cacher aux peuples libres leur honteuse abdication ne sont plus valables ; et nous demandons à tous ceux qui prétendent que la normalisation défendra les droits des Palestiniens ou que cela servira la cause palestinienne d’arrêter de pratiquer la tromperie et la désinformation. Nous cherchons à unir les rangs. Nous sommes contre les divisions, de quelque nature qu’elles soient.

Le mandat de Trump, qui se termine fort heureusement, a été dévastateur pour la cause palestinienne, et pour Al Qods Echarif. Pensez-vous que les choses vont changer sous le règne de Joe Biden ?

Je pense que la dévastation causée par l’ouragan de l’ère Trump à l’intérieur et à l’extérieur des États-Unis détournera l’attention de la prochaine administration américaine, dirigée par Biden, de se tourner vers le conflit israélo-palestinien et de s’engager dans des initiatives politiques pour le résoudre, en particulier au cours de la première année du régime de son administration, d’autant plus que la scène politique israélienne interne est également en état de division.

L’instabilité y est alimentée par les tendances d’extrême droite qui se développent dans la société israélienne en général et parmi son élite politique, ce qui a abouti au récent appel à la tenue des quatrièmes élections législatives (Knesset) en l’espace de deux ans.

Pour notre part, l’expérience du peuple palestinien avec les administrations américaines successives des deux grands  partis politiques nous confirme que la politique des USA à l’égard de la question palestinienne est inébranlable de par son penchant flagrant en faveur de l’entité sioniste à laquelle ils assurent une supériorité militaire et sécuritaire, et apportent un soutien politique et financier.

Toutes les positions formelles qui seraient prises par le gouvernement Biden pour faire semblant d’exercer une certaine pression sur l’entité sioniste, telles que la réouverture de la représentation de l’OLP à Washington, que Trump a fermée, ou la restauration du soutien financier à l’autorité palestinienne, ou même la demande à la partie israélienne de ne pas construire plus de colonies en Cisjordanie (sans que cela ne s’arrête) resteront sans valeur ni intérêt pour nous, c’est pourquoi nous avertissons l’Autorité palestinienne de ne pas tomber dans le piège de ces appâts qui visent à la ramener sur la voie des compromis avilissants et des négociations futiles dont notre peuple n’a récolté que des fruits  amères au cours des 27 dernières années pendant lesquelles l’occupation israélienne a consacré des faits sur le terrain alors que nous nous avons perdu la terre, perdu Jérusalem et perdu le soutien de notre cause.

Question de politique interne si vous permettez. Où en est la réconciliation, ou à tout le moins le rapprochement, entre votre mouvement et l’OLP ?

Tout d’abord, nous n’avons aucune objection à rejoindre l’Organisation de libération de la Palestine, en laquelle nous voyons une réelle opportunité d’être une instance qui permettrait de réunir tous les ressortissants palestiniens autour de notre projet de libération.

Notre seul grief est l’approche exclusive que les frères du mouvement Fatah ont adoptée pour gérer l’organisation et contrôler ses décisions au point ou toutes les factions palestiniennes s’y sont opposées aujourd’hui, y compris celles qui sont affiliées à l’organisation et que toutes celles-ci – et nous sommes avec eux – appellent à sa reconstruction sur des bases démocratiques participatives qui garantiraient la relance de ses institutions et structures qui souffrent de l’affaissement et de la marginalisation à la lumière de leur gestion unilatérale.

L’annihilation du rôle qu’est supposé avoir l’Organisation de libération de la Palestine est l’une des répercussions de l’autorité «d’Oslo» qui s’est développée administrativement au détriment du mouvement révolutionnaire à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine.

C est là un fait qui ne peut être dissocié du déclin du soutien officiel arabe et islamique à la cause palestinienne, et qui est bien sûr lié aux mauvais choix politiques que l’autorité a fait à travers les négociations et les compromis aux dépens de la résistance et de l’affrontement avec l’occupant. Nous, au sein du mouvement Hamas nous nous rendons compte que l’essence de la division dans la scène intérieure palestinienne est due à la divergence qui existe dans les programmes de libération des deux parties palestiniennes à savoir le projet de résistance global, auquel nous croyons fermement et autour duquel nous appelons tous les palestiniens a se réunir, et le projet de règlement politique que l’OLP privilégie.

Nous réalisons également qu’en même temps, nous sommes dans un projet libération nationale et nous ne pouvons pas avancer dans le processus de libération alors que le front intérieur est divisé. A cet égard, le mouvement réaffirme sa vision stratégique basée sur la nécessité de réorganiser la maison palestinienne interne sur des fondations démocratiques consensuelles qui aboutissent à un partenariat dans la gestion de la décision palestinienne et ouvrent le chemin de la libération au niveau de l’OLP et des institutions de l’autorité.

De ce point de vue, le mouvement Hamas a pris hier l’initiative de surmonter de son coté les derniers obstacles qui entravent la tenue des élections législatives (l’Autorité palestinienne), et présidentielle ainsi que celle d’un Conseil national palestinien (l’OLP), et ce en annonçant qu’il acceptait de tenir les scrutins successivement, comme l’a exigé le président Abu Mazen.

Auparavant le mouvement préférait la tenue des trois élections en parallèle et simultanément, en estimant que cela renforcerait la crédibilité et la fiabilité des partis sceptiques, et que la synchronisation faciliterait la tâche a notre peuple à la lumière des conditions de sécurité imposées par l’occupation et du contexte de l’épidémie de virus Corona. Nous espérons que les dirigeants du Fatah et l’autorité de Ramallah saisiront cette occasion et entameront des pas sérieux et réels vers la réconciliation qui mèneront à l’établissement d’un système politique palestinien unitaire auquel tous participeront.

Mohamed Abdoune