Moudjahid de la première heure : Mohamed Messaoudi se raconte

Moudjahid de la première heure : Mohamed Messaoudi se raconte

Membre d’une cellule secrète activant durant la Révolution de libération dans la ville de Batna, le moudjahid Mohamed Messaoudi est l’un des 20 moudjahidine condamnés pour participation, préparation et déclenchement de la Révolution dans l’affaire dite par la France coloniale des évènements du 1er novembre 1954 dans la région des Aurès.

Parmi les verdicts rendus le 21 juin 1955 à l’encontre de ce groupe de moudjahidine, figuraient la condamnation à mort de Mostefa Benboulaïd et Ahmed Rachid Bouchemal, ainsi que huit autres par contumace, tandis que ce moudjahid fut condamné à la prison à perpétuité, a-t-il affirmé dans une déclaration à l’APS, à la veille de la célébration de la journée nationale des condamnés à mort.

Selon Mohamed Messaoudi, 88 ans, cette affaire concerne 20 moudjahidine dont 10 avaient été arrêtés, parmi lesquels les membres de la cellule secrète de la ville de Batna dont il faisait partie, tandis que les autres, notamment Mostefa Benboulaïd et son frère Omar, étaient en fuite.

Ce moudjahid, souffrant aujourd’hui de problèmes de santé, conserve à ce jour une copie originale de l’arrêt de mise en accusation de la Cour d’appel d’Alger du 11 février 1955, en vertu duquel fut jugé le chahid Mostefa Benboulaïd (arrêté à la même date à la frontière entre la Tunisie et la Libye passant de ce fait de l’état d’accusé en fuite à celui d’accusé arrêté) et 19 autres moudjahidine dans l’affaire des attaques du 1er novembre 1954 et les évènements s’y rapportant.

Avant d’évoquer les conditions de son arrestation, quelques jours seulement après le déclenchement de la Révolution libératrice, Mohamed Messaoudi, rencontré à son domicile à la cité Tamechit de la ville de Batna, s’est rappelé du début des années 1950 lorsqu’il a rejoint la cellule secrète activant dans la capitale des Aurès aux côté de Mostefa Bekkouche, Ahmed Rachid Bouchemal, Mohamed Harsous alias Bouha, Ali Nemer, Abdelhafid Abdessamed, Mohamed Tahar Abidi dit Hadj Lakhdar et Omar Laieb.

Il s’est également remémoré les préparatifs de la Révolution et sa participation à la réunion, tenue le soir du 31 octobre 1954, dans la maison de Boulekouas à Khenguet Lahdada, dans la région de Tibikaouine (Ichemoul) durant laquelle ont été constitués les groupes de moudjahidine chargés de frapper les positions ennemis à 00h00 de la nuit du 1er novembre 1954 et l’échec de son groupe, dirigé par Bouchemal, à atteindre son objectif.

Ce moudjahid s’est rappelé avec un profond regret du moment de son arrestation par les soldats français peu de temps après son retour à la maison familiale, dans la cité Bouakal de la ville de Batna, où son père l’avait alors informé qu’il était recherché ainsi que Bouchemal. Son arrestation a eu lieu le 3 ou 4 novembre 1954, a indiqué Mohamed Messaoudi que le poids des années a fini par avoir raison du souvenir de certains détails. Il a en outre évoqué avec émotion son pénible séjour en prison depuis son arrestation alors qu’il avait tout juste 21 ans, laissant derrière lui trois enfants et une épouse de 19 ans. Incarcéré d’abord dans la prison de Lambèse (Batna), Mohamed Messaoudi fut ensuite transféré à la prison des Baumettes à Marseille (France) où il resta jusqu’à sa libération et son retour au pays le 5 mai 1962.

La discussion fut passionnante avec ce moudjahid qui se souvient de beaucoup d’évènements liés à son militantisme précoce, son intégration dans la cellule secrète et les préparatifs du déclenchement de la Révolution.

Il a aussi parlé avec enthousiasme de la jeunesse d’alors qui portait, dit-il, l’Algérie dans son cœur, exprimant son espoir que les jeunes d’aujourd’hui sauront préserver ce legs et protéger le pays.

R.N.