Mourad Goumiri, expert financier : «les banques publiques doivent agir dans la commercialité la plus stricte»

Mourad Goumiri, expert financier : «les banques publiques doivent agir dans la commercialité la plus stricte»

La Patrie news : Six banques publiques ont connu, jeudi, des changements à leur tête. Désormais elles sont confiées, affirme,  le ministre des Finances, Aymene Benaderahmane au Président de Conseil d’administration  et le Directeur général, avec l’élimination de poste de PDG. Un commentaire sur cette restructuration annoncée?

Mourad Goumiri : C’est une mesure qui a été mise en œuvre, il y a de cela plus de vingt ans… avec un échec cuisant en fin de compte! Ce qui s’est traduit par un retour en arrière (consolidation du poste de PDG) et à une direction monocéphale plutôt qu’une direction bicéphale! L’échec est donc de cette nouvelle tentative est garantie.

L’analyse de cet échec aurait méritée un audit de manière à en tirer les conclusions pertinentes plutôt que de pourquoi de récidiver est prendre le risque d’un nouvel échec! Le changement à la tête des banques publiques peut se concevoir mais pas en reconstruisant un schéma bicéphale voué à un échec certain.

En fait, le problème réside dans la distribution des prérogatives des uns et des autres et de la responsabilité collective pas seulement du PCA et du DG mais également des autres membres du Conseil d’administration.

La distribution de hauts fonctionnaires dans les Conseils d’administration des banques publiques, a été déjà une catastrophe généralisée, il y a de cela une dizaine d’années, puisqu’elle n’a apporté aucun résultat tangible sur la qualité de la gestion de ces dernières, pires encore les PDG ont réagi, à cela, par des «négociations mesquines» avec les différents administrateurs (recrutement, octroi de crédits, augmentation des jetons de présence, tantièmes annelles…).

Pour certains experts, ces banques sont supposées être des sociétés commerciales dont l’objectif est la performance financière, mais elles sont impliquées dans l’exécution de nombreux programmes gouvernementaux dont les coûts sont extraordinaires. Une clarification des rôles s’impose?

Les banques publiques sont réputées commerçantes et sont régies par les règles du Code de commerce. S’agissant des programmes gouvernementaux où les sujétions d’utilité publique sont évidentes, elles doivent être compensées par des subventions (bonifications) prises en charge par le Trésor public, ce qui est le cas actuellement. Pour le reste elles doivent agir dans la commercialité la plus stricte comme le font les banques privées de la place.

Vous avez de tout temps revendiqué la fusion desdites banques pour en arriver à deux. Comment est-ce possible et quel sera l’apport de cette opération?

Disposer de six banques publiques actuellement, configuration héritée de la restructuration organique des années 80, est une hérésie totale aujourd’hui, ce qui nécessite une révision complète de l’organisation du système monétaire et financier, dans son ensemble et ne relève pas d’une simple reconfiguration des Conseil d’administration.

C’est un travail d’expertise autrement plus profond et qui nécessite une vision et une cohérence qui malheureusement n’existe pas actuellement. La fusion des six banques publiques en deux ou trois au maximum, fait partie de cette vision stratégique qui manque cruellement, ce qui conduit à des mesurettes qui vivront le temps de leur géniteur, c’est-à-dire quelques mois!

Cette fusion permettra une meilleure couverture spatiale de la bancarisation, un gain de productivité dans la gestion des banques et une surface financière adaptée aux besoins de financement de l’économie.

Propos recueillis par Yacine Bouali