« Naql Tech », l’incubateur spécialisé sur lequel l’Algérie mise pour révolutionner son secteur des transports

« Naql Tech », l’incubateur spécialisé sur lequel l’Algérie mise pour révolutionner son secteur des transports

« Naql Tech » est le premier incubateur en Algérie dédié aux start-up activant dans le secteur des transports. « C’est aussi l’unique dans toute la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) », affirme Mohamed Hamoudi, directeur de Capcowork, le gestionnaire de cet incubateur.

Un programme entériné par les hautes autorités

Approuvé directement par Abdelmadjid Tebboune, président de la République, « Naql Tech » a pour mission d’accompagner « tout porteur de projet et toute start-up » du domaine. Il a été inauguré fin décembre 2020 en présence du ministre des Transports de l’époque, celui de la Poste et des Télécommunications et celui chargé de l’Economie de la connaissance et des starts-up.

Naturellement, ce premier incubateur thématique est mis sous la tutelle du ministère des Transports, qui agit en tant qu’intermédiaire avec les autres départements. Sa gestion, quant à elle, a été confiée à Capcowork, un incubateur de projets spécialisé dans le conseil et l’accélération de talents, dans le cadre d’un partenariat public-privé.

Ali Kahlane, conseiller au ministére des Transports

« Le but c’est que l’incubateur devienne le principal catalyseur de toutes les actions du numérique du secteur. Il est capable de prendre en charge et d’incuber toute start-up du secteur des transports », explique Ali Kahlane, conseiller au cabinet du ministre des Transports.

Et d’ajouter, « nous avions lancé un appel à candidature. Nous avons choisi celui (l’incubateur) qui répondait à notre cahier des charges, mais aussi qui a l’expertise et l’expérience ».

Un peu plus d’un mois après son lancement, « Naql Tech » suscite déjà l’engouement des start-up du secteur. Plusieurs d’entre elles, notamment à l’intérieur du pays, ont exprimé leur souhait « d’être incubées » et participer, ainsi, à cette expérience.

« Nous parlons d’un virage numérique du secteur des transports. L’idée est de rationaliser, d’optimiser et rentabiliser les investissements réalisés (par l’Etat au cours des dernières années) dans les infrastructures afin de ne pas recourir de nouveau à la sous-traitance étrangère », détaille Mehdi Omarouayache, chargé d’étude et de synthèse au ministère des Transports.

Mehdi Omarouayache, chargé d’étude et de synthèse au ministère des Transports

Ce dernier espère, d’ailleurs, la création de 100 000 emplois à moyen terme dans ce domaine, grâce à « Naql Tech ». « Le secteur des transports crée beaucoup d’emplois qui sont souvent localisés. Autrement dit, là où un besoin existe », souligne-t-il.

Somme toute, ce programme, comme le qualifie M. Omarouayache, ne se limitera pas à la capitale. Des « franchises » seront créées un peu partout en Algérie. C’est le cas notamment dans au moins deux wilayas, en l’occurrence Annaba et Tébessa, où « les discussions sont assez avancées ».

Des start-up porteuses de valeur ajoutée

Au centre de formation de l’Etablissement de transport urbain et suburbain d’Alger (Etusa), situé non loin du centre de la capitale, un espace est mis à la disposition de « Naql Tech ». C’est le siège de l’incubateur.

Toutes les start-up activant dans le secteur des transports (transport aérien, trafic de passagers, logistique…) peuvent aspirer à faire partie gratuitement « d’une promotion » du programme. Il faut, seulement, remplir les conditions de sélection. « Il existe un comité, composé d’un jury, auquel incombe la tâche de retenir les start-up. Malheureusement, nous ne pouvons pas accueillir le grand nombre de demandes que nous recevons », fait savoir Nabil Hacici, office manager de l’incubateur « Naql Tech ».

Nabil Hacici, office manager de l’incubateur « Naql Tech »

« Nous avons sélectionné les start-up matures que nous pouvons mettre en relation avec des entreprises. Par la suite, quand d’autres incubateurs exécuteront le programme ‘Naql Tech’ aux quatre coins du pays, nous aurons une plus grande capacité d’accueil », poursuit M. Omarouayache.

Techniquement, l’incubateur peut accueillir jusqu’à vingt-quatre start-up, si l’espace est « mutualisé », indique Ryad Hamidani, chargé d’étude et de synthèse au ministère des Transports. Pour ce début, la première promotion de « start-up coachées » en contient douze. « Une promotion dure neuf mois. Après quoi, une autre est sélectionnée », précise, de son côté, M. Hacici.

Mercredi dernier, les représentants de trois start-up de la première promotion étaient présents au siège. Unanimement, ils affichent leur optimisme quant au décèlement de nouvelles opportunités. Des opportunités qui feraient de leurs entités des « success-stories » à l’image de « Yassir », l’application VTC.

« Le fait d’avoir un espace pareil où nous pourrions rencontrer d’autres start-up est bénéfique pour nous dans la mesure où un écosystème pourrait être créé », témoigne Mounir Ammari, co-fondateur d’Azimut Business Solutions, une start-up créée en 2017 et basée à Dely Brahim, en banlieue algéroise, spécialisée dans le développement des solutions informatiques innovantes.

Pour sa part, Ahmed Jughurta Belazougui, development manager de Nomad Smart Solutions, préfère exposer le projet de sa start-up. En effet, elle ambitionne d’apporter une touche novatrice au transport urbain à Alger.

Ce projet peut contribuer, en aval, à l’aménagement de certaines lignes existantes (bus par exemple) ou à la création de nouvelles autres.

« Créée en 2017, notre entreprise est spécialisée dans le transport urbain. Notre but est de fournir des solutions à tous les opérateurs de cette niche, à l’instar de l’Etusa, le métro, le tramway ou encore les télécabines et la SNTF (les trains). Nous espérons aussi convaincre les opérateurs privés qui représentent une très grosse masse », développe-t-il.

La solution, ajoute-il, est très simple. Elle est basée sur la création d’ « un système » qui permettra aux usagers d’ « utiliser un seul ticket pour tout le réseau ».

Enfin, Houssem Eddine Chergui, technico-commercial à Idenet, une start-up très active implantée à Oran, a présenté un produit qui mérite le soutien et l’encouragement des pouvoirs publics.  Il s’agit, entre autres, d’un taximètre « intelligent », fabriqué en Algérie avec un taux d’intégration appréciable. « Notre taximètre peut faire office de lecteur TPE CIB (terminal de paiement électronique), modem wifi, imprimante et lecteur de carte Chiffa », énumère-il.

Houssem Eddine Chuergui, technico-commercial à Idenet

Alors que l’appareil connait un succès dans six pays africains, en Algérie, il peine à se frayer un chemin à cause de la réglementation. Une pénalisation pour cette entreprise à forte croissance qui fêtera en 2022 ses dix ans d’existence.

« En ce qui concerne les taximètres, Idenet est leader au Maroc, en Tunisie, en Egypte, en Libye, en Mauritanie et en Côte d’Ivoire, mais pas en Algérie. Car la réglementation les empêchait de commercialiser leur produit », reconnaît Mehdi Omarouayache.

Premiers résultats positifs

C’est d’ailleurs l’un des objectifs de « Naql Tech » : « rappeler ce qu’exige la réglementation du secteur des transports aux start-up sélectionnées, mais aussi la modifier ou la faire évoluer pour débloquer une situation, si nécessaire ».

A ce titre, la participation d’Idnet à cette première promotion lui est bénéfique. « La règlementation a évolué de façon à ce que la start-up oranaise puisse commercialiser son taximètre en Algérie », révèle-t-il.

Egalement présent au siège, Mohamed Hamoudi, directeur de Capcowork, a lancé un appel aux entreprises du secteur ainsi que celles qui veulent donner « la chance aux jeunes ». « Si une entreprise ne peut pas injecter de l’argent, elle pourra aider en mettant à disposition ses experts. Nous pourrons les intégrer dans le comité scientifique ou bien comme coachs et / ou mentors », plaide-t-il.

Mohamed Hamoudi, managing director de capcowork

Dans ce contexte, il invite les entreprises du secteur à la création d’« un comité restreint » afin d’aller de l’avant. « Nous avons une réelle volonté de changer les choses. Nous sommes prêts à mettre la pression pour les faire bouger », assure-t-il.

Selon le conseiller au cabinet du ministère des Transports, Ali Kahlane, un plan d’une trentaine d’actions, dans lequel la numérisation du secteur détient la part du lion, est en cours d’exécution. « Il a été présenté, développé et expliqué lors du Conseil des ministres du 23 août 2020 », confirme-t-il.  Et de préciser, « quatre actions relatives à la numérisation ont été réalisées ».

Lors du dernier conseil des ministres, le président Tebboune a ordonné l’accélération de la numérisation des secteurs névralgiques, dont celui des douanes. Il est donc probable que d’autres incubateurs spécialisés puissent être créés dans un avenir proche.

Toutefois, pour qu’ils réussissent, il faut leur donner les moyens à commencer par une connexion internet haut débit digne de ce nom. Le jour de la présentation de « Naql Tech », autrement dit lors du Conseil des ministres du 23 août 2020, le président de la République avait ordonné au ministre de la Poste et des Télécommunications de régler le problème de la connexion internet « dans l’immédiat ». Le faible débit et les coupures sont toujours quotidiens…

Nacerdine BENKHAREF

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