Objet: La crise mondiale : ce qu’on ne nous dit pas

Objet: La crise mondiale : ce qu’on ne nous dit pas

La récession mondiale que nous subissons actuellement est, selon la majorité des analystes, la conséquence d’une crise multidimensionnelle (financière, économique, sanitaire, etc) d’où sa gravité, son extrême complexité et la difficulté d’en sortir.

De notre point de vue, elle est avant tout une crise de l’énergie. Il suffit d’observer les conflits qui se multiplient et de les juxtaposer sur une carte géologique du monde. Se dessinera alors le tableau d’un enjeu majeur des grandes puissances industrielles : le contrôle des gisements pétroliers et gaziers ainsi que des détroits et routes (maritimes, terrestres, pipelines) empruntés pour le transport de ces matières stratégiques.

1) Le pétrole et le gaz : un enjeu de puissance.

L’histoire des guerres depuis le début du 20ème siècle a été largement déterminée par cette substance «aussi vitale que le sang» (Georges Clémenceau). La mécanisation des équipements militaires avait assuré la suprématie des nations qui avaient anticipé la révolution industrielle en ce tournant vers l’énergie issue des hydrocarbures.

Cependant il ne suffit pas seulement de posséder une industrie militaire performante et à la pointe de la technologie. Elle serait inopérante en l’absence de carburant. Les avions, chars, etc seraient cloués au sol et deviendraient une cible facile. C’est pourquoi s’assurer le contrôle des sources d’approvisionnement est hautement stratégique et justifie pour certains le recours à la guerre.

Partant de ce postulat, on ne s’étonnera pas que des pays comme le Venezuela, l’Iran, l’Irak qui disposent des plus grandes réserves mondiales connaissent des troubles ou des conflits et ont tous trois maille à partir avec les occidentaux, à leur tête les USA.

2) Une économie mondiale basée sur les hydrocarbures 

La suprématie militaire n’est pas l’unique enjeu de cette course aux gisements. Car l’économie mondiale repose essentiellement sur les hydrocarbures. Si la première destination du pétrole est orientée vers la production de carburants (essence, diesel, kérosène, etc), lubrifiants et matières plastiques, une grande partie est transformée dans l’industrie :

– électronique : composants entrants dans fabrication des smartphones, ordinateurs, télévisions, caméras, etc.

– textile :  acrylique, polyester, nylon, cuirs artificiels, etc

– cosmétique : rouge à lèvres, maquillage, produits de beauté  (rouge à lèvres, maquillage, fond de teint, etc): savon, shampoing, déodorants, lotions, etc

– médecine : médicaments, aspirine, équipements hospitaliers, lunettes, lentilles de contact, …

– agriculture :  engrais, pesticides, désherbant, etc

La liste est longue de tous les dérivés du pétrole, qui ont tendance à envahir notre quotidien avec les progrès techniques et l’élévation du niveau de vie. Il en existe des milliers. Ils sont omniprésents dans notre vie quotidienne (dentifrice, peigne, crème à raser, peintures, liquide-vaisselle, colle, scotch, insecticides, stylos, etc ), dans nos loisirs (balles de basket, foot, raquettes de tennis, ski, cannes à pêche, etc).

Ces quelques exemples donnent un aperçu de notre extrême dépendance aux hydrocarbures, comme le reconnaissait George W Bush pour son pays : «America is addicted to oil» (l’Amérique est dépendante du pétrole).

D’ailleurs, dans ce contexte d’une économie bâtie autour des hydrocarbures, la croissance (l’augmentation du PIB) est étroitement liée à la hausse de la production de pétrole. En outre, pour que le système basé sur la dette perdure, il faut maintenir la croissance. Cependant, cette logique se heurte à une objection majeure : celle de la raréfaction des gisements, d’où l’inéluctable récession.

En tout état de cause, sans carburant le commerce mondial serait à l’arrêt. Navires, avions, camions, etc, ne pourraient plus transporter les marchandises du lieu de leur production à leur lieu de consommation. Et en l’heure actuelle, un monde dépourvu de pétrole nous replongerait dans le 19ème siècle, et nous ramènerait à la période de la 1ère révolution industrielle.

3) Le déclin des réserves mondiales 

Selon de nombreux experts, les réserves mondiales disponibles pourraient couvrir encore 50 ans au rythme de consommation actuelle. Or, avec l’émergence d’un certain nombre de  pays et les aspirations de beaucoup d’autres (Afrique, Amérique latine, Asie), la demande mondiale en énergie et en matières premières devrait connaître une croissance exponentielle. Cette dernière sera intenable même à moyen terme et conduira à un épuisement accéléré et prématuré de ces réserves.

Qu’on se rendre à l’évidence, il n’y en aura pas pour tout le monde. C’est pourquoi nous assistons à une exacerbation des rivalités pour le contrôle des derniers gisements.

Dès 1956, Marion King Hubbert situaient le peak oil vers 1972 pour les USA, date coïncidant étrangement, à peu de chose près, avec le 1er choc pétrolier. Les pétrole et de gaz de schiste n’y changeront rien : la production américaine est bel et bien en déclin et les prédictions d’Hubbert s’avèrent exactes au moins pour le pétrole conventionnel.

Depuis 1971, donc, les USA sont dépendants des importations. Sinon, pourquoi s’éverturer à installer des bases militaires aux 4 coins du monde suivant les champs pétroliers et le tracé des routes commerciales transportant ce précieux liquide ?

4) Crises et endettement 

Tout au long de son histoire, le cours du pétrole connaîtra des périodes de forte hausse auxquelles succéderont des crises mondiales qui les feront chuter de manière drastique.

Peu après le forage du 1er puits en 1859 en Pennsylvanie, le prix du pétrole a vu une augmentation progressive jusqu’à la Grande Dépression de 1873 où les prix se sont effondrés.

Les Roaring Twenties ou Années Folles finiront avec la crise de 1929.

Quant à la décennie 1998-2008, celle-ci a été une période d’ébriété énergétique, pour reprendre le mot du professeur Chitour, au cours de laquelle le prix de l’or noir a atteint un record historique. La crise des subprimes mettra un terme à  cette période faste.

Ces cycles ont été fatals pour beaucoup de compagnies car, profitant de l’embellie des prix et tablant sur leur maintien, elles ont contracté des emprunts pour soutenir leurs investissements à un moment où une crise grave se profilait. Ne pouvant rembourser leurs dettes, elles durent subir des restructurations, voire des rachats.

Par ailleurs il ne fait aucun doute qu’un prix élevé du baril favoriserait les pays producteurs au détriment des importateurs. C’est pourquoi, les pays industrialisés, qui n’ont pas de gisement, ont tout intérêt à les maintenir artificiellement bas pour ne pas aggraver la crise, notamment au regard des enjeux sociaux. On aura pu par exemple  observer des émeutes violentes dans certains pays suite à une hausse des prix du carburant. Or une hausse des prix de l’énergie (encore largement carbonée) entraînera mécaniquement une hausse des prix généralisée.

5) Un monde sans hydrocarbures 

Les nations ont un défi majeur à relever : imaginer un monde sans pétrole. Chose plus aisée à dire qu’à réaliser, car celui-ci a été le moteur de la croissance, des progrès et de la prospérité du monde moderne.

Certes «l’âge de pierre n’a pas pris fin faute de pierres» comme l’affirmait le défunt ministre saoudien de l’énergie, cheikh Yamani, mais le manque de pétrole marquera bel et bien la fin de l’ère de la société d’abondance. La pierre, au néolithique, en effet, ne servait pas pour se vêtir, se loger, se soigner, fertiliser les sols, etc. Aussi l’une des difficultés à laquelle se heurtent les chercheurs est de trouver une alternative aux hydrocarbures, et plus précisément au carbone.

Car la «particule de Dieu» n’est pas, selon la formule consacrée, le boson de Higgs, mais le carbone, élément véritablement miraculeux à la base de toute vie organique. Il constitue en quelque sorte le boulon et la vis qui lie les atomes entre eux et permet des «créations» infinies. Or pour l’heure, il ne semble pas qu’il y ait une alternative à ce «matériau».

C’est pourquoi nous considérons qu’il est criminel de continuer à brûler cette matière noble pour produire des carburants ou de l’électricité. De même» qu’il serait irresponsable d’extraire le gaz et le pétrole de schiste, ceux-ci constituant en réalité des gisements en cours de maturation. Cela reviendrait à extraire du sol une graine avant même qu’elle germe. Le mieux serait encore de les laisser aux générations à venir, qui seront en outre parvenus à un degré de technologie plus avancé.

Quoiqu’il en soit, les schistes bitumineux ne constituent pas une alternative au conventionnel tant au point de vue de la rentabilité, de la viabilité que de l’écologie et de la durabilité, leur cycle de vie étant très courts.

Il s’agit donc de «préparer» et «concevoir» un monde sans hydrocarbures et trouver un substitut au carbone (qui peut être extrait de gisements calcaires, de gypse, dolomite, craie, graphite, etc) pour les industries de transformation, la «carbochimie». Quant au domaine de l’énergie, il existe fort heureusement plusieurs options et opportunités.

En ce qui nous concerne, nous avons été bénis au travers d’un vaste territoire encore sous-exploré et riche en ressources naturelles. Nous avons eu comme levier le gaz et le pétrole pour amorcer le développement du pays et concevoir un modèle sociale certes imparfait mais envié par beaucoup et qui nous a permis d’occuper la 1ère place du continent en terme d’IDH. Et nous avons d’innombrables opportunités pour opérer une nécessaire transition énergétique.

En effet, le hasard (ou la volonté divine) nous a gratifiés d’une position géographique exceptionnelle (pour ne pas dire miraculeuse) qui nous fait bénéficier du plus grand nombre d’heures d’ensoleillement au monde ainsi que d’importants gisements de silice. Et donc tout nous appelle et nous prédispose pour électrifier l’Europe et l’Afrique.

Il s’agira au préalable procéder à la création d’un centre de veille technologique pour être à l’affût des dernières technologies et au diapason des innovations pour tout ce qui a trait à l’énergie (solaire, fusion et fission nucléaire, moteur quantique, etc). Toutes les pistes doivent être étudiées, faire l’objet recherches dans des laboratoires dédiés et développer celle où nous pourrons présenter des avantages comparatifs et être compétitifs.

Nous pourrons ainsi entrer de plain-pied en toute assurance dans ce monde d’après-pétrole en tant que leader dans la transition énergétique et éviter de commettre la même erreur que la France à la veille de la première révolution industrielle. Celle-ci, disposant de vastes étendues de forêts, fut à la traîne dans le passage à la première révolution industrielle, contrairement à la Grande Bretagne, dont la pénurie de bois la contraignit à initier ce virage technologique, d’en être le leader et de constituer «un empire sur lequel le soleil ne se couche jamais».

Ainsi il ne s’agit pas seulement de convaincre la population de ce nécessaire changement de paradigme mais surtout la Sonatrach, première entreprise du continent, d’opérer ce tournant stratégique et s’adapter à un monde sans pétrole qui, dans un avenir immédiat, se profile, si elle ne veut pas se fossiliser tel un dinosaure. Et nous avons certainement des compétences susceptibles de mener cette transition et de donner une nouvelle direction et impulsion à notre entreprise-emblème, à l’instar de leurs prédécesseurs qui en avaient fait la première puissance du continent.

Quant à nos compatriotes, il s’agira d’oeuvrer au développement d’une conscience écocitoyenne par une vaste campagne dont le fil conducteur est le patriotisme. Car défendre son pays contre les fléaux de la pollution, du gaspillage et le préserver pour les générations futures, c’est sans nul doute faire preuve d’un sens aigu du patriotisme.

6) L’écocitoyen

Le système basé sur le crédit (donc sur la dette) avait donné l’illusion de ressources naturelles inépuisables et provoqué un comportement d’insouciance et d’irresponsabilité qui a causé d’immenses gaspillages et de terribles catastrophes écologiques, hypothéquant l’avenir de la planète.

Aujourd’hui, une certaine conscience de la fragilité de la nature et de l’humanité se fait jour. La plupart des pays ont entamé des programmes en vue de cette transition et des économies d’énergie : tri sélectif, recyclage, campagne d’isolation (en France par exemple : 1 euro pour isoler l’extérieur des habitations), tout électrique (trains, voitures, chauffage, etc), sensibilisation au réchauffement climatique, etc.

Cette prise de conscience doit être encouragée pour former l’écocitoyen soucieux de son environnement et responsable de son leg aux générations futures. Et ceci dès la primaire, à l’instar des systèmes éducatifs scandinaves et anglo-saxons, où l’on inculque dès le plus jeune âge la culture associative et caritative, etc.

La production industrielle de pétrole a sans aucun doute permis un progrès technique et une prospérité sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Elle a certainement sauvé les baleines (pourchassées pour leur graisse qui servait de lubrifiant, pour l’éclairage, etc) d’une extinction programmée. Son nécessaire abandon pour le passage à une autre industrie de substitution sauvera la planète. Il s’agit là non seulement d’une opportunité mais également d’une responsabilité, d’un devoir envers nos semblables et de notre Créateur qui nous a dotés d’immenses  richesses (naturelles, culturelles, etc). Et l’Algérie, grâce à ses hommes et ses femmes, à leur sens du patriotisme et du devoir citoyen, sera au cœur de cette révolution.