Parution du livre « Paris-Marrakech : luxe, pouvoir et réseaux » : Ou comment Rabat fait chanter les décideurs français…

Parution du livre « Paris-Marrakech : luxe, pouvoir et réseaux » : Ou comment Rabat fait chanter les décideurs français…

Certes, la question relève du secret de polichinelle. Le Maroc a, depuis toujours, usé de procédés délictueux, carrément crapuleux, pour faire chanter une bonne partie des décideurs, hauts fonctionnaires et hommes politiques français.

C’est ce qui explique en très grande partie le laxisme, voire l’encouragement, de Paris, à l’endroit des actes criminels de Rabat, comme le trafic de drogue planétaire ou bien l’occupation illégale du Sahara Occidental doublé du pillage de ses ressources.

Le secret de ce silence intrigant et complice de la part de la France, déjà abordé dans un précédent article très fouillé, réside dans la corruption, d’une part et le chantage de l’autre. Luxe et luxure font bon ménage dans cette entreprise où le Makhzen s’échine à mettre les petits plats dans les grands.

Le logiciel sioniste d’espionnage Pegasus aidant, Rabat peut aujourd’hui plus que jamais se livrer à son sport favori, puisque même le président Macron, ainsi que son ex-Premier ministre en ont été les victimes. Le livre en question en parle avec un luxe de détails, et sans jeu de mot aucun.

Le livre en question est le produit des deux journalistes, experts du Maghreb, Ali Amar et Jean-Pierre Turquoi.  Il s’appesantit  sur les séjours de luxe auxquels ont droit la plupart des hauts responsables et hommes politiques français  dans des « Ryad » dignes des contes des milles et une nuits. Les « nourritures terrestres » évoquées par Gide y sont disponibles  profusion. Reste à préciser que ce paradis sur terre, où tous les plaisirs interdits sont permis, comporte un « mortel bémol ».

Tous les faits et gestes de ces hôtes de marque sont scrutés, détaillés et, le cas échéant, carrément enregistrés. Aucun de ces responsables n’a dès lors plus de secrets pour le Maroc.

Tous ses points faibles relèvent de véritables lieux communs. La plupart des décideurs français en deviennent de véritables pantins entre les mains des gens du Makhzen. «Marrakech, une ville française?», s’interrogent les auteurs de ce livre dans l’introduction de l’ouvrage pour planter le décor d’une ville que l’ancien Premier ministre britannique, le glorieux Winston Churchill, peintre à ses heures perdues, avait qualifiée de « Paris du Sahara». Ici tout est hypocritement toléré.

Même la pédophilie. Cela génère au finish une armée d’obligés français. L’avocat  Joseph Breham avait déjà évoqué  ce sujet sensible après l’éclatement du scandale Pegasus, dont il avait lui-même été la victime.

Pour cet homme de loi hexagonal, qui connaît mieux que personne la complexité des relations quasi-incestueuses qui lient très étroitement le Makhzen à la plupart des hauts responsables français depuis De Gaulle jusqu’à Macron en passant par Chirac, Mitterrand et les autres, les non-dits sont autrement plus parlants et explicites que tous les mots et discours du monde.

Cet avocat, qui a eu à défendre Naâma Asfari militant sahraoui arbitrairement condamné dans les incidents de Gdeim, et sauvagement torturé par les services de sécurité marocains Izik, un royaume comme le Maroc ne s’encombre d’aucun scrupule quand il s’agit de ses intérêts étroits.

Rabat, avec ses gros rangers, semble agir sous la protection d’un blanc-seing lui assurant une totale impunité et protection franco-sioniste en dépit de son usage « immodéré» du logiciel Pegasus. Rabat, en effet, en acquérant ce logiciel pour la bagatelle de 10 millions de dollars auprès de ses alliés et complices sionistes, n’a pas hésité à mettre les pieds dans le plat, et à franchir le Rubicon.

Des milliers de numéros de téléphones dont les détenteurs ne sont pas des citoyens lambda, ont découvert abasourdis que leurs vies et leur intimité avaient été violées depuis des mois, ou peut-être des années par les barbouzes d’Abdellatif Hammouchi, chef des services de renseignement et de sécurité marocains. Joseph Breham suggère plus qu’il ne le dit, que la France officielle, à commencer par celle de Macron, est soigneusement « muselée» par le Maroc.

« La position de la France est déplorable mais pas étonnante. Elle est parfaitement en phase avec l’agenouillement français dans le cadre des relations avec le Maroc. Sous Hassan II et à partir de François Mitterrand, il y a eu globalement une politique pensée et organisée par le Maroc pour créer de bonnes relations avec la France ».

C’est ce qu’assène cet avocat en parfaite connaissance de cause. Cela sans oubli que cette prise de contrôle discrète n’a sans doute été rendue possible que grâce au concours de cette armée d’agents sionistes qui infestent le palais royal marocain.

L’avocat évoque à ce propos la « mamounisation»du personnel politique français. Entendre par là l’octroi de privilèges indus, des séjours touristiques dans des sites idylliques, de la monnaie sonnante et trébuchante, u carrément des plaisirs sexuels dont seul le Maroc détient le secret : « Cette stratégie s’est mise en place à plusieurs niveaux. La politique, ce que l’on a appelé la « mamouniasation» de la classe politique française [en référence à La Mamounia, mythique hôtel de luxe de Marrakech qui voit défiler des personnalités politiques françaises], de ses décideurs ou de chefs d’entreprise, consiste à les inviter, leur offrir des cadeaux voire assurer un financement de la vie politique française à un niveau assez conséquent ».

Le terme « assez conséquent», n’est qu’un euphémisme quant on se penche sur la frilosité et le silence gêné  de l’Elysée par rapport à ce scandale qui, gageons-le, n’en est encore qu’à ses débuts.

Il s’agissait de créer un mélange de liens institutionnels très forts et de liens personnels, voire de compromission, avec un certain nombre de membres de la classe dirigeante française.

« Je peux parler d’un exemple tiré de mon expérience d’avocat. En 2014, au nom d’un certain nombre de clients dont Claude Mangin et Nâama Asfari, nous déposons des plaintes pour torture contre différentes personnes dont Abdellatif Hammouchi, directeur de la DGSN [Direction générale de la sûreté nationale, la police marocaine]. Dans le cadre de ces plaintes, j’indique à la juge d’instruction que M. Hammouchi, qui se trouve alors en France, va être interviewé dans les heures qui suivent à Neuilly-sur-Seine, par des journalistes. En temps normal, nous ne sommes jamais informés de la venue de M. Hammouchi sur le sol français. Il se déplace sous de faux noms. Je demande à la juge de saisir l’occasion pour l’interroger. Elle envoie alors une convocation à l’intéressé pour l’entendre dans le cadre des plaintes en question. Non seulement Abdellatif Hammouchi ne viendra pas, mais le Maroc fera un énorme scandale à ce sujet. Les amis français du Maroc entrent dans la danse. Le Maroc suspend la convention judiciaire bilatérale avec la France ».

On sait que Paris a, par la suite, fini par s’aplatir face à Rabat, un peu de la même manière qu’elle le fait dans ce grand et grave scandale. « Il s’agit selon moi d’un point fondamental. L’État marocain exercerait une pression sur un certain nombre de décideurs français ».

Mohamed Abdoun