Pegasus, la bombe cybernétique aux mains des dictatures

Pegasus, la bombe cybernétique aux mains des dictatures

24 juillet 2021

Par Mah Iahdih Nan, représentant de la RASD en Amérique Latine

Madrid (ECS). –Les puissants sont en train de jouer avec le feu, ils passeront d’être les intouchables à ce que le premier venu puisse accéder à leur intimité la plus cachée et la plus profonde. Qui allait dire au tout-puissant président de la République française que les représentants d’une anachronique et dépassée monarchie féodale – où les personnes ne sont même pas des citoyens mais des sujets et où plus de 70% de la population vit sous le seuil de pauvreté – allaient avoir accès à son monde privé, celui de sa famille, ainsi qu’aux secrets de l’un des pays les plus puissants de la planète ?

Ceux qui font les normes de la marche du monde ont créé des petits monstres gâtés, cas de l’État sioniste d’Israëlqui, au nom d’objectifs prétendument nobles, ont transgressé, porté atteinte et enfreint avec la permissivité des plus puissants toutes les normes de cohabitation, du respect aux droits individuels les plus fondamentaux des personnes en sautant par-dessus toutes les valeurs morales et éthiques qui régissent l’humanité.

La dernière création de cette impunité dont jouissent ces petits monstres, qui à défaut d’être remédiée finira par dévorer leurs protecteurs, s’appelle PEGASUS. L’entreprise israélienne NSO GROUP qui travaille pour les services secrets du MOSSAD a fabriqué ce puissant logiciel d’espionnage qui, pour à peine 10 millions de dollars par an, est loué à des pays comme le Maroc ou l’Arabie saoudite, où il n’existe même pas le respect à l’intimité des animaux.

Mettre ce dangereux mécanisme aux mains de dictatures féodales qui ne croient en aucune des valeurs basées dans le respect des droits humains en tant que concept des sociétés modernes, c’est comme si l’on donnait un jouet neuf à un enfant sans lui apprendre à l’utiliser. Ces dictatures, par elles-mêmes, disposent de mécanismes de répression et de vigilance avec lesquels elles exercent un contrôle absolu sur la vie de leurs sujets ; si on ajoute à cela le logiciel Pegasus, qui peut même dormir dans le lit de l’espionné, ces malades États féodaux seront heureux de pouvoir disposer de leur pièce préférée, celle qui leur permet de profiter de ce qu’ils souhaitent le plus : violer et contrôler l’intimité des personnes.

Néanmoins, la communauté internationale doit réfléchir sérieusement sur la gravité de l’affaire, l’usage de systèmes tel que Pegasus aux mains de régimes dictatoriaux comme le Maroc, habitués à l’emploi de pratiques peu conventionnelles comme le chantage et l’extorsion constituent une menace pour la paix et la concorde mondiales. La principale fonction de ces systèmes d’espionnage n’est pas la lutte contre les supposés menaces à la sécurité de certains pays, c’est justement l’intromission dans la vie publique, privée ou personnelle des individus, groupes, communautés, peuples ou pays, ce qui en définitive forme l’ingrédient basique qui finit par provoquer les conflits, affrontements, vengeances, guerres, morts et destruction.

Personne ne peut assurer l’usage correct qu’un individu ou un État peut effectuer avec ce type de système d’espionnage, pas plus que l’on ne peut prévoir la réponse de la victime de l’espionnage. Tout le monde sait que des États comme Israël, le Maroc ou l’Arabie saoudite agissent toujours en dehors du respect aux concepts les plus élémentaires du droit international, du droit humanitaire et de la légalité internationale. Ce qui fait plus facile de déduire le type d’usage pervers qu’ils feraient de ces logiciels et qui poserait un antécédent dangereux de conflits dans le monde.

Certains pensent que les liens du MOSSAD avec le Makhzen marocain sont nouveaux et ce n’est pas vrai. Des documents déclassifiés récemment par le MOSSAD lui-même ont laissé au découvert que le Roi Hassan II informait et collaborait habituellement depuis le début des années 60 avec le MOSSAD.

Le Makhzen, comme d’habitude, interprète tout à sa manière et l’ajuste en fonction de ses intérêts, sans se soucier des mécanismes ou des formes pour atteindre ses objectifs. Au Maroc, les actes du Makhzen ne se guident pas par les normes, l’ordre ou les lois. L’important c’est d’atteindre les objectifs, coûte que coûte. C’est pour cela que quand ils ont décidé de devenir les clients de NSO GROUP, à la dernière chose qu’ils ont pensé c’est au respect de l’intimité des personnes ou au respect de leurs droits fondamentaux. Leur grand objectif c’est de faire de Pegasus un Big Brother, produit, édité, interprété et présenté par le Makhzen avec la collaboration des services secrets, la police politique et la presse amadouée. Les données sont recueillies par le biais des téléphones des victimes, traitées par les services secrets, transférées à la police, qui décide de l’usage qui doit en être fait et si l’objectif c’est de les diffuser, elles sont passées à la presse.

Il existe beaucoup d’exemples qui réaffirment ce modus operandi, confirmé par les expressions de certaines victimes, nous avons deux exemples clairs et simples à comprendre : selon le journaliste espagnol Ignacio Cembrero, il a détecté que certaines de ses conversations avec des membres du gouvernement espagnol ont été publiées dans la presse du Makhzen. Également, le journaliste et opposant marocain Hicham Mansouri, exilé en Europe, a effectué un appel à un membre du Front Polisario et quelques jours après le contenu de cet appel fut une fois de plus publié dans la presse du Makhzen. Aussi bien M. Cembrero que M. Hicham apparaissent dans les listes des victimes espionnées.

Or, le Makhzen essaye comme d’habitude de cacher les problèmes avec d’autres problèmes, en accusant tout celui qui fait référenceà ce sujet de conspiration, sans pouvoir pour autant nier les évidences : qu’il est bel et bien un client de NSO, qu’il a espionné plus de 50.000 numéros de téléphone, qu’il a espionné des journalistes, des défenseurs des droits de l’homme et des hommes politiques français, algériens et sahraouis. Son principal argument c’est que le téléphone du Roi apparait dans la liste des numéros espionnés. Néanmoins, ce détail permet uniquement de faire des spéculations dans les deux sens sans que cela ne justifie l’attitude immorale, indécente et honteuse du Makhzen qui fait de la vie privée de milliers de personnes un jeu macabre, ignominieux et vulgaire. En premier lieu, si le Roi a été vraiment espionné, ses trois principaux conseillers, les trois chevaliers de l’Apocalypse, responsables du scandale Pegasus, El Hima, Hamouchi et Mansouiri, purgeraient en ce moment leurs peines dans l’une des nombreuses prisons secrètes du Maroc, où ils passeraient le reste de leurs jours. L’autre option, beaucoup plus probable, c’est que le téléphone du Roi apparait dans la liste des espionnés comme un alibi du régime, un mouvement pour dévier l’attention et se présenter comme une victime de plus du scandale Pegasus.

Les responsables de ce scandale doivent payer : NSO, entreprise propriétaire de Pegasus, et le Maroc en tant que client et responsable de l’exécution de l’intromission dans la vie de milliers de personnes et l’ingérence dans les affaires d’autres pays comme la France, l’Algérie et le Sahara occidental ; ils ne peuvent perpétrer ce type d’attentats contre l’honneur, la dignité et la réputation individuelle et collective de ces peuples et rester dans l’impunité. Dans le cas de la France, et malgré le déshonneur de fouiner dans les téléphones du propre président de la République et de pratiquement tout son gouvernement, le mélange croisé de tant d’intérêts personnels de la classe politique française au Maroc fera sûrement son travail, qui est celui d’essayer de cacher et couvrir le scandale pour ne pas se voir immiscés dans d’autres scandales parallèles. Mais dans le cas des Algériens et Sahraouis ils devront saisir toutes les instances de l’arbitrage international pour demander la réparation de leur honneur pour l’intromission dans leurs vies et l’indemnité pour les dommages et préjudices provoqués. Aussi bien NSO GROUP et le Maroc doivent payer un prix élevé consistant dans de dures sanctions et recevoir un châtiment exemplaire pour les délits commis. C’est la seule façon de freiner cette dangereuse modalité de piraterie internationale.

M.L.N.