Pétrole : les prix en dents de scie

Pétrole : les prix en dents de scie

Malgré toutes les prévisions des spécialistes, malgré les grandes manœuvres des pays producteurs de pétrole membres ou non de l’OPEP, malgré les accords et les stratagèmes, le prix du pétrole obéit à une seule logique, celle, universelle de l’offre et de la demande. Durant plusieurs années, son prix a atteint des niveaux tellement bas que nombre de pays producteurs se sont retrouvés à vendre à perte, le prix de revient dépassant celui de vente, notamment avec la survenue de la pandémie de covid19 et de la baisse d’activité drastique qui a suivi.

Avec la reprise de l’activité économique, le cours du brut a repris des couleurs et a remonté la pente petit à petit pour se stabiliser entre 60 et 80 dollars US pendant plusieurs mois. Puis, à la fin de l’année écoulée, la tension monte crescendo entre la Russie, deuxième exportateur mondial de pétrole brut, et l’Ukraine, sur fond d’adhésion de ce pays à l’OTAN, adhésion que la Russie ne peut admettre en aucun cas. Malgré les tentatives de nombreux pays, la guerre éclate entre les deux pays et le bloc occidental, qui se sent visé par le refus par la Russie de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, décide de nombreuses sanctions économiques et financières à l’encontre de la Russie de Poutine. Aussitôt, les marchés pétroliers se sont emballés, d’autant plus que le gazoduc Nord Stream 2 qui devait passer par l’Allemagne pour alimenter l’ensemble de l’Europe était toujours au point mort.

Près de 130 dollars le baril en janvier 2022
En plein hiver, les européens et d’autres pays non-producteurs de pétrole commencent à acheter de très grandes quantités de pétrole pour se prémunir de tout arrêt d’approvisionnement de la part de la Russie. Cela fait naturellement flamber les prix qui frôlent les 130 dollars (128,7 dollars le 8 mars) et les économies européennes commencent à trembler, affaiblies déjà qu’elles étaient par la pandémie de covid19 et les prix du gaz qui ont atteint les cimes à l’automne 2021. Une semaine après cette hausse historique, une baisse assez importante est enregistrée, le pétrole est à un peu plus de 98 dollars les 15 et 16 mars.

Des causes multiples poussent à la baisse
Cette forte baisse a été causée, selon les observateurs, par les progrès tangibles qui avaient été enregistrés alors dans les pourparlers entre la Russie et l’Ukraine ‘qui suscitent l’optimisme quant à une issue heureuse de ce conflit’. Mais des analystes chez des compagnies pétrolières tempèrent quand même cet espoir et affirme que ‘l’accalmie pourrait être de courte durée car tout évènement majeur pourrait déclencher une nouvelle flambée (des prix, ndlr). D’autres spécialistes rappellent que la baisse est aussi ‘due au manque d’acheteurs après que des opérateurs spéculatifs se soient retirés, échaudés par les fortes hausses après qu’ils aient parié sur une baisse et qui ont dû acheter du pétrole pour se couvrir avec la flambée du début de la guerre’. Une autre cause de cette baisse serait, selon les mêmes analystes, ‘de la sortie de certains fonds et investisseurs, échaudés par l’extrême volatilité des prix du pétrole brut’ ( de +54% à -23% en une semaine).

Enfin, une analyste de Hargreaves Lansdown estime que le placement en confinement du centre technologique du sud de la Chine à cause du Covid19 qui ‘y fait des ravages’ est une autre cause du recul du prix du pétrole brut à cause des craintes de voir la pandémie se propager à d’autres territoires et affecter sérieusement l’économie de la Chine, ce qui entrainerait de facto une baisse de la demande au niveau mondial.

Des prix en dents de scie
Après la baisse du prix du pétrole les 15 et 16 mars écoulés, la tendance a repris vers le haut puisque le baril a couté plus de 107 dollars US le 17 mars, plus de 116 le 21 mars et 121, 28 le 23 mars 2022. La valse des prix ne s’arrêta pas là et le prix du pétrole brut a continué à monter et à descendre au gré des fluctuations politiques et sécuritaires entre la Russie et l’Ukraine, soutenue par le bloc occidental entier. Le 1er avril le brut coutait 106,60 et 107, 27 aujourd’hui.

Inquiétudes
C’est une grande inquiétude qui est enregistrée chez l’ensemble de la communauté internationale tributaire des achats de brut et qui redoute de voir le scénario de janvier 2022 se répéter, notamment avec la poursuite de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, la décision de Poutine d’exiger le paiement des transactions pétrolières en roubles et la reprise des activités économiques dans certaines zones. En outre, ‘un choc mondial de l’offre pétrolière’ est redouté par l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) qui pourrait porter le prix du baril de pétrole brut à 150 dollars US, ou même plus, avant la fin de l’année en cours.

Tous les regards sont portés actuellement sur l’évolution des discussions, qui sont presqu’au point mort, entre les deux belligérants et diverses solutions sont préconisées par les pouvoirs publics des pays consommateurs pour venir en aide à leurs citoyens lourdement impactés par ces hausses du prix du pétrole.

Tahar Mansour

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