Pr. Kamel Djenouhat, chef de service immunologie à l’hôpital de Rouiba à La Patrie news  – « La population doit être davantage consciente de l’intérêt de la vaccination »

Pr. Kamel Djenouhat, chef de service immunologie à l’hôpital de Rouiba à La Patrie news 

« La population doit être davantage consciente de l’intérêt de la vaccination »

Interview réalisée par Soulef Biskri 

La Patrie news : L’Algerie vit, depuis quelques jours, une nette décrue des nombres de contaminations au SRAS-cov2. Est ce que l’épidémie amorce globalement son extinction ou y a t-il risque d’une quatrième vague ?

Professeur Kamel Djenouhat: Sur le plan épidémiologique, l’Algérie était, depuis le début de la  pandémémie de la Covid-19, en décalage de quelques semaines (6 à 9 semaines) par rapport à ce qui se passe  ailleurs. Avec le variant Delta, nous avons, néanmoins synchronisé notre courbe avec la courbe épidémiologique universelle. Je présume que nous serons confrontés à l’une des deux situations suivantes : 1-soit un autre rebond de la courbe (4ème vague ou pseudo-vague) qui sera dû principalement au relâchement de la population sur le respect du protocole sanitaire et plus particulièrement le port de masque;  la distanciation sociale et les réticences face à la vaccination, couplé à l’arrivée de la saison hivernale. Ces paramètres sont à prendre en compte,  en sachant que le variant Delta, plus  dangereux au plan de la transmissibilité et de la virulence entraînant un nombre élevé de le nombre de décès dans le monde, circule toujours dans le pays. Dans ce cas, l’intensité du rebond du nombre des contaminations  sera inversement proportionnelle au pourcentage des citoyens vaccinés.

Deuxième hypothèse est fondée sur une longue période d’accalmie qui sera due à l’affaiblissement de la transmission de ce variant avec le temps suite au nombre élevé de personnes qui ont déjà contracté le virus et à une forte adhésion de la population à la compagne vaccinale. C’est ce que nous souhaitons.

La campagne de vaccination court depuis neuf mois. Quelle appréciation en faites vous, en votre qualité d’expert en la matière ?

Depuis le premier trimestre, nous n’avons pu avoir que des petites quantités de vaccins. C’est le cas, par ailleurs, de la majorité des pays en voie de développement. A mon avis,  la compagne vaccinale proprement dite n’a démarré que depuis cinq mois. En l’évaluant, je dirais qu’un grand pas a été franchi.  puisqu’on est passé de quelques dizaines de milliers  à plus de huit millions de personnes vaccinées. D’autant, que beaucoup d’algériens ont été infectés par le variant Delta, pendant cette période. Ils sont, à ce jour, non encore concernés par la compagne de vaccination. J’espère  que la population soit vigilante et davantage consciente du danger à venir si elle ne se fait pas vaccinée  massivement et rapidement. L’objectif est de protéger un maximum de sujets vaccinés de l’hospitalisation  et éventuellement du décès.

On parle du variant Mu. Quelles sont ses caractéristiques. Est-il plus ou moins virulent que le variant Delta ?

Le vriant Mu, comme plusieurs autres variants, a été classé par l’OMS comme variants à suivre et pas encore variant inquiétant. Il présente des mutations qui peuvent le rendre « relativement résistant » au vaccin. Il n’a pas encore été démontré qu’il est plus dangereux que les variants existants. Moi personnellement, je ne suis pas très inquiet par le Mu, puisqu’il est apparu en mois de janvier en Colombie puis en Equator et actuellement dans plus d’une trentaine de pays -et rien ne l’empêche d’arriver chez nous- , mais il  n’a pas pu être à l’origine d’augmentation exponentiolle des nouvelles contaminations  dans ces pays (il représente 0,1% des cas enregistrés). De ce fait, dans la conjoncture actuelle, le variant Delta constitue la principale menace. Il faut toutefois mettre en œuvre  une surveillance particulière du variant Mu.

Quels enseignements doit-on tirer de la présente crise sanitaire pour pouvoir affronter plus efficacement de potentielles épidémies futures ?

Je pense que le point faible de notre système de santé est le nombre très réduit de lits de réanimation ou de services de réanimation. Actuellement, les hôpitaux sont entrain d’être dotés en générateurs ou appareils d’oxygène afin de pouvoir affronter une éventuelle nouvelle vague ou catastrophe sanitaire. Le développement des explorations biologiques au niveau des structures publiques et plus particulièrement les techniques de biologie moléculaire ne doivent plus rester du domaine spécialisé et ces analyses, mais généralisées à travers le territoire national.

S. B.