Procès de deux journalistes arbitrairement détenus au Maroc : La justice du Makhzen fait encore des siennes

Procès de deux journalistes arbitrairement détenus au Maroc : La justice du Makhzen fait encore des siennes

Omar Radi et  Souleimane Raissouni, deux journalistes emprisonnés sans jugement à des fins évidentes de règlement de compte, et dont les procès se sont ouverts ce mardi ont permis de mettre à nu le caractère partial de la justice marocaine, toujours aux ordres des caprices du roi Mohamed VI.

En effet, la défense du journaliste marocain Soulaimane Raissouni, en grève de la faim depuis trois mois, s’est retirée mardi du procès après le refus du juge d’une hospitalisation du journaliste, absent pour la quatrième audience consécutive. Les avocats de Soulaimane Raissouni, en détention préventive depuis plus d’un an, ont demandé son transfert à l’hôpital «d’urgence pour sauver sa vie», quitte à la ramener ensuite au tribunal pour comparaître. Les deux demandes ont été rejetées par le juge, ainsi qu’une nouvelle demande de remise en liberté provisoire. Le journaliste 49 ans est poursuivi pour «agression sexuelle», après une plainte déposée par un militant LGBT.

Une accusation qu’il a toujours niée. Le rédacteur en chef du journal Akhbar Al Yaoum -qui a cessé de paraître depuis mars – est en grève de la faim depuis 90 jours pour revendiquer la liberté provisoire. Au Maroc et à l’étranger, des défenseurs des droits humains, des intellectuels, des responsables politiques réclament qu’il soit jugé en état de liberté provisoire. Son état est «critique (…) il aime la vie, la grève de la faim lui a été imposée en raison du sentiment d’injustice terrible qu’il ressent», a assuré sa défense lors de l’audience. Les soutiens de Soulaimane Raissouni parlent à juste titre d’une affaire «politique», les autorités marocaines, elles, mettent en avant l’indépendance de la justice et la conformité des procédures.

«Je ne suis pas contre la liberté provisoire de l’accusé et je ne cherche pas à me venger mais je réclame un procès équitable», a déclaré à l’AFP le militant LGBT qui a porté plainte, et refuse d’être identifié, ajoutant qu’il est suivi par un psychologue. Pour sa part, son avocat Omar Alouane «regrette la décision de la défense de se retirer du procès». La justice avait décidé précédemment de poursuivre le procès du journaliste en son absence, la prochaine audience est prévue jeudi.

De son côté, le journaliste marocain Omar Radi, en détention préventive depuis près d’un an, a réfuté mardi 6 juillet devant le juge les accusations d’espionnage qui le visent, notamment en lien avec un Britannique présenté par la police marocaine comme un «agent de renseignement». Le journaliste de 34 ans, au ton critique, est accusé d’«atteinte à la sécurité intérieure de l’État» et d’avoir reçu des «financements étrangers» en lien avec «des services de renseignement». Le juge de la Cour d’appel de Casablanca a interrogé le reporter sur son rapport avec un Britannique, Clive Newell, présenté par la police judiciaire comme un «officier de renseignement».

Omar Radi affirme, lui, qu’il a eu affaire à Clive Newell en sa qualité de «responsable» de cabinet du conseil économique G3, pour lequel le journaliste avait réalisé «une étude sur une société marocaine à des fins d’investissement». «La société G3 a comme clients des institutions publiques comme le ministère de l’Économie ou l’Office chérifien des phosphates», a indiqué Omar Radi, insistant que ce travail était «normal pour un journaliste spécialisé en économie».

Le reporter est également accusé d’«intelligence» avec un Belge, Arnaud Simons, avec qui il a eu des contacts en tant que «journaliste lorsqu’il travaillait à l’ambassade des Pays-Bas à Rabat». Le parquet avait précédemment mis en doute l’identité d’Arnaud Simons, affirmant qu’il s’agissait d’un «nom d’emprunt». Arnaud Simons a réitéré sa «pleine disponibilité à témoigner dans le cadre du procès» dans une lettre ouverte publiée mardi. La justice marocaine a déjà rejeté la demande de la défense de l’auditionner. L’enquête pour «espionnage» a été ouverte fin juin 2020 après la publication d’un rapport d’Amnesty International affirmant que le téléphone d’Omar Radi était espionné par les autorités marocaines via un logiciel de piratage. Rabat a toujours démenti, dénonçant une «campagne internationale de diffamation».

R.I.