Procès de l’ancien directeur général de la résidence d’Etat Sahel – Préjudice financier du Trésor public évalué à des milliards de dinars  

Procès de l’ancien directeur général de la résidence d’Etat Sahel 

Préjudice financier du Trésor public évalué à des milliards de dinars  

Encore un procès, qui livre à l’opinion publique,  son lot de révélations surprenantes sur des faits de corruption à une sphère élevée de l’Etat sous l’autorité de l’ancien président de la République Abdelaziz Boutefika. Le témoignage à charge du mandant du Trésor public, devant le juge de siège dans le procès en première instance de Hamid Melzi, ouvert le 13 septembre au tribunal de Sidi-Mhamed (toujours en cours), est édifiant. Zakaria Dehlouk a présenté, à l’audience, un rapport accablant. Il a confirmé, documents et chiffres à l’appui, que Hamid Melzi et ses coaccusés sont responsables de pertes financières importantes endossées par le Trésor public, au titre de financement de cinq projets jamais concrétisés. Il a égrené des  montants vertigineux : 18 milliards de dinars affectés à  la rénovation de la résidence Djanane Mithak ; 10 milliards de dinars à la construction du siège d’Air-Algérie ; plus de 3 milliards de dinars engloutis dans la démolition de 380 chalets à Club des Pins et 800 millions de dinars alloués la réalisation de Data center à Lakhdaria.

Lors de leurs auditions, Hamid Melzi, ) ancien directeur général de la résidence d’Etat Sahel et  de la Société de gestion hôtelière (SIH) ; les deux anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal ainsi que l’ancienne ministre de la Poste et des télécommunication, Houda Imène Feraoun, ont  adopté une stratégie de défense  usée et abusée : les accusations (blanchiment d’argent, dilapidation de deniers publics, transfert de biens provenant de la criminalité et abus de fonction) ne seraient fondées que pour les autres co-inculpés dans cette affaire. Hamid Melzi a consterné le président de la chambre pénale en assurant qu’il ne possède aucun bien immobilier enregistré en son nom, alors qu’il a dirigé la résidence d’Etat pendant plus de 30 ans (à partir de 1985) puis directeur général de société de gestion hôtelière (SIH) de 1997 à 2019.  Il avait, en vertu de ses fonctions, la réputation d’être le dépositaire des secrets  de hauts responsables de la hiérarchie institutionnelle. Il n’a reconnu être propriétaire que d’un véhicule utilitaire. Il a nié, bien entendu, une implication dans le transfert illicite de 80% des biens de sa famille vers l’étranger, induisant un préjudice financier de l’ordre de 1600 milliards de centimes, par le canal de diverses entreprises appartenant à ses enfants. Il a contesté, en outre, sa responsabilité dans le financement de projets fictifs afférents à la réalisation d’un parc d’attraction aux standards mondiaux à Ben-Aknoun ; d’un grand centre de données internet (Data center) ; de travaux de rénovation dans la résidence d’Etat Djanan Mithak et la construction d’un nouveau siège pour la compagnie aérienne nationale Air-Algérie. Houda Feraoun a certifié qu’elle a œuvré à préserver la confidentialité des données personnelles des utilisateurs algériens d’internet et de la téléphonie mobile en voulant associer, au projet Algérie-télécom en partenariat avec une société étrangère. Le CPE (Conseil des participations de l’Etat) voulait, selon elle, le confier à la SIH. Les enfants de Melzi ont attesté n’avoir pas profité de la fonction de leur père pour obtenir des parcelles de terrains au dinar symbolique et monter des projets juteux. Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal ont affirmé que leurs prérogatives de chefs de gouvernement ou Premier ministre de leurs permettaient pas d’interférer dans les l’octroi de marchés publics.

Le parquet a requis des peines privatives de liberté de 7 à 12 ans contre les principaux accusés dans cette affaire, soit Hamid Melzi, Ahmed Ouyahia, Abdelmalek Sellal et les anciens directeurs généraux d’Air Algérie et Algérie Télécom, Bakhouche Allache et Ahmed Choudar.

Soulef Biskri