Quand De Gaulle voulait aider les Algériens et les Marocains à « s’entretuer »

Quand De Gaulle voulait aider les Algériens et les Marocains à « s’entretuer »

A l’automne de l’année 1963, l’Algérie repoussait une agression militaire d’envergure, conduite par l’armée marocaine avec pour but d’occuper une partie imposante du sud-ouest du pays. Ce que l’on appelle, aujourd’hui, la guerre des Sables éclata.

Des décennies sont passées sans que les secrets, conservés soigneusement dans « les dépôts de l’histoire », ne soient révélés. Quelques bribes seulement. Pourtant de l’autre côté de la frontière, la propagande n’a eu cesse de galvaniser les sujets en racontant des épopées et des légendes.

La décision des autorités algériennes de récupérer l’oasis de Laaroda, exploitée depuis des années par des citoyens marocains dans le cadre du bon voisinage, vient de détruire les élucubrations du makhzen marocain.

Alors que la jeune république se défendait contre l’expansionnisme démesuré d’Hassan II et de ses comparses, la France observait, en dépit de son devoir moral, une drôle de position. Officiellement, elle était neutre. En réalité, non !

Au pouvoir à l’époque, le général Charles De Gaulle aurait joué un rôle « néfaste ». Il aurait même fait en sorte d’exacerber le conflit armé entre les deux pays voisins, selon un livre d’Alain Peyrefitte (1925 / 1999).

Essayiste, mais surtout ministre durant l’ère De Gaulle, l’auteur a rapporté un entretien avec ce dernier, tenu au palais de l’Elysée en octobre 1963. Les propos du général traduisirent son esprit dédaigneux et suprématiste.

« Ce sont des histoires d’Arabes !», avait-il lâché. D’un ton cynique, il poursuivait : « Il faut qu’ils se chamaillent, les Egyptiens avec les Syriens, les Syriens avec les Kurdes, etc. Il y a bien deux mille ans que c’est comme ça. Quand nous étions là en force, nous avons pu imposer le silence ; puis, ils se sont tournés contre nous. Maintenant que nous ne pouvons plus être le bouc émissaire, ils se tournent les uns contre les autres ».

Ce jour-là, il semblerait que De Gaulle était prolixe. Son développement sur son attitude et celle de son gouvernement sont sans équivoques. « Le Maroc voudrait Tindouf, pour faire tomber la Mauritanie. Notre intérêt est au contraire dans le statu quo des frontières, de manière que la Mauritanie tienne le plus longtemps possible », avait-t-il plaidé.

Puis d’expliquer les choses sentencieusement : « Il ne faut rien proclamer du tout. Et, d’abord, c’est faux ! Nous aidons les Marocains, en leur fournissant des armes. Nous aidons les Algériens en mettant à leur disposition notre aérodrome de Colomb-Béchar ».

L’ancien chef de l’Etat français finit par le dire clairement : « Par le fait, nous les aidons à s’entretuer. Pourtant, il faut faire comme si nous étions neutres !»

Djaouad Amine