Report des élections, retrait des français de l’opération Barkhane, accord probable avec les russes : Le Mali au creux de la vague 

Report des élections, retrait des français de l’opération Barkhane, accord probable avec les russes : Le Mali au creux de la vague 

 Le Premier ministre malien est catégorique : il est matériellement impossible d’organiser l’élection présidentielle et les législatives aux échéances fixées par la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), après la deuxième tentative de renversement du régime par la junte militaire le 24 mai 2021. Dans une déclaration à un journal local hier, Choguel Kokalla Maïga, a expliqué qu’aucun agenda électoral ne pourrait être établi avant la tenue des assisses nationales à la fin du mois d’octobre, écartant définitivement les dates préalablement retenues pour les deux scrutins, soit à la dernière semaine du mois de février 2022. Le driver de l’Exécutif de transition malien a mis en exergue des écueils matériels et politiques. « Nous avons décidé d’être pragmatiques, d’être réalistes, c’est très important d’être réalistes en politique, d’être chevillés à l’opinion publique nationale qui est aujourd’hui en faveur d’élections crédibles et apaisées » a-t-il argumenté lors de l’annonce du report du calendrier électoral.

Il est vrai que la situation au Mali est clairement compliquée. Au conflits politiques internes se greffent une sérieuse crise sécuritaire –suprématie des groupes djihadistes sur de vastes territoires du pays- et depuis 48 heures des tensions diplomatiques avec la France. Paris a décidé, unilatéralement, de retirer ses troupes de l’opération Barkhane. La raison de cette décision soudaine serait sous-jacente à la maturation d’accord portant coopération du Mali, avec le groupe russe de sécurité privé Wagner (plusieurs membres de l’Union européenne s’opposent, aussi, à la concrétisation de cet accord, susceptible de remettre en cause leurs intérêts dans la région). De la tribune de la 75ème Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre malien s’est insurgé contre ce qu’il a assimilé à une forme pernicieuse de chantage. « La France a abandonné le Mali en plein vol, alors que nous avons un accord écrit. Elle ne pouvait pas se désengager sans même nous avertir » a-t-il asséné (il a relayé ce reproche dans un tweet). Selon lui, le retrait des français est motivé par l’ouverture d’un dialogue entre le gouvernement malien et des groupes terroristes. Il a affirmé, dès lors que « le débat autour du groupe Wagner relève de la rumeur pour l’instant, autant que le financement des milices armées par des ressources minières. Sans ambiguïté, il a assuré que les autorités de son pays prônent un dialogue all inclusif. « Nous ne nous interdisons de parler avec personne, sauf qu’il y a des choses qui ne sont pas négociables, l’unité nationale, la souveraineté de l’Etat malien sur l’ensemble de son territoire, l’intégrité du territoire national et la forme républicaine et laïque de l’Etat ».

Soulef Biskri