Salah Goudjil à El Djeïch : « Le peuple algérien n’a pas permis à l’occupant de l’exterminer»

Salah Goudjil à El Djeïch : « Le peuple algérien n’a pas permis à l’occupant de l’exterminer»

Ancien moudjahid, Salah Goudjil, président du Sénat, est, affirment plusieurs historiens, « une  figure clé parmi tant d’autres dont l’histoire, d’avant et post-Révolution de l’Algérie, a besoin ».  Compagnon de Mostefa Ben Boulaïd, le commissaire politique actif dans la région des Aurès,  a de quoi « raconter », malgré le poids des ans.

«La colonisation de l’Algérie par la France est radicalement différente de toutes les formes de colonialisme vécues par les autres peuples (…) tant elle eut pour visée l’extermination du peuple algérien qui, pour sa part, reste en permanence attaché aux sacrifices des Chouhada», affirme-t-il en effet dans un entretien à la revue El Djeïch, dans son dernier numéro du mois de mars en cours.

Il s’agissait, a-t-il dit, «d’une colonisation de peuplement et de destruction dans le sens propre du terme, dont l’objectif principal, depuis 1830, était l’effacement du peuple algérien et son remplacement par un autre peuple»,

« Le peuple algérien n’a pas permis à l’occupant de l’exterminer» et «n’a eu de cesse de résister jusqu’à contraindre l’occupant à retourner d’où il est venu», a-t-il soutenu.

Pour le président du Sénat,  dont l’entretien accordé à El Djeïch coïncidait avec la célébration de deux dates anniversaires chères aux Algériens (le 18 février Journée du Chahid, 19 mars Journée de la Victoire), que l’évocation de notre Histoire et la lecture   attentive de ses événements impose un retour aux débuts, car tout est lié et  il ne suffit pas de parler seulement de la période qui commence depuis 1954, il faut revenir à tous les faits qui l’ont précédée.

Ainsi, a-t-il expliqué, la politique d’extermination pratiquée par l’occupant français est mise en évidence par certains indicateurs, dont le plus important est clairement le déclin quantitatif de la population algérienne  au  cours  des  différentes phases de l’occupation suite à cette politique, et « que j’ai divisée en quatre périodes principales ».

La première, entre 1830 et 1870 (soit 40 ans), depuis que l’occupant avait mis les pieds sur notre terre, sachant que cette occupation n’englobait pas l’ensemble du territoire national.

Les statistiques montrent qu’à l’époque, la population de l’Algérie était de 3 millions. La deuxième période qui a duré également 40 ans, de 1870 à 1910,au cours de laquelle les meurtres et la tentative d’extermination du peuple algérien se sont poursuivis. Les statistiques de l’époque indiquent que la population algérienne était estimée à 2,9 millions.

La troisième phase, de 1910 à 1945, au cours de laquelle la population a augmenté, selon un recensement de 1950, atteignant environ 6 millions. Une période qui coïncide avec la baisse des massacres collectifs, au regard du fait qu’en ce laps de temps, il y eut deux Guerres mondiales pour lesquelles la France avait procédé à la mobilisation obligatoire de milliers d’Algériens envoyés au front.

La quatrième période s’étale de 1945à 1954. Immédiatement après la fin de la Seconde Guerre mondiale et le jour où les alliés célébraient leur victoire sur le nazisme, le 8 mai 1945, des massacres ont eu lieu à Sétif, Guelma, Kherrata…, au cours desquels l’occupant a fait preuve d’un art inégalé dans le recours aux pratiques de répression et d’extermination, faisant 45 000 Martyrs.

Durant cette période, atteste Salah Goudjil, la France a essayé de lancer des réformes, par le biais des élections en vue de l’élection d’une nouvelle assemblée algérienne en 1947, constituée de deux collèges distincts, le premier composé de colons français et européens et le deuxième collège composé d’Algériens.

 On relève ici clairement une autre manifestation de la discrimination et du racisme que la France a adopté dans ses relations avec les Algériens. Pour conclure ma réponse, je dirai en toute objectivité que l’occupation française a reposé sur une politique de déshumanisation de l’Algérien, de sa destruction sur les plans social, politique, culturel et civilisationnel, bien plus, elle a même œuvré à nous déposséder de nos noms et prénoms… C’est ce qui confère le caractère criminel à cette politique qui a duré 132 ans.

Renforcer le front interne

Dans son entretien à la revue El Djeïch, Salah Goudjil, président du Sénat, outre « le voyage » dans le temps, jusqu’aux premiers instants du déclenchement de la Guerre de Libération, dont il fut un des acteurs, a abordé la situation, notamment politique de l’Algérie.

Il a d’emblée souligné la « nécessité de renforcer et de consolider le front interne» afin de faire face à «toute forme de menace, complot et manœuvre».

«Je voudrais insister sur la question du renforcement et la consolidation du front interne ainsi que l’unification des rangs qui nous permettra inévitablement de relever tous les défis et enjeux», a en effet indiqué Salah  Goudjil.

Pour lui, «les ennemis de l’Algérie sont désormais connus et tentent vainement de polluer le climat à travers des voix installées à l’étranger, qui s’attaquent à notre pays au nom de la liberté d’expression».

Mais, a-t-il dit, «il faut faire la distinction entre liberté d’expression et liberté de s’adonner à des pitreries», ajoutant que «c’est au nom de cette liberté qu’ils diffusent des informations fausses et tendancieuses, auxquelles on ne saurait faire face que par l’unification des rangs, l’action constante, davantage de vigilance et de perspicacité».

«En vérité, les complots ourdis contre l’Algérie ne datent pas d’aujourd’hui, à cette différence près qu’ils sont désormais ouvertement affirmés», a relevé le président du Senat pour qui ces complots «sont nourris par de multiples parties et cercles qui voudraient clairement faire de l’Algérie un pays quelconque, alors que l’Algérie avec sa longue et honorable histoire, son peuple fier, ne peut être qu’un grand pays, traitant avec les Etats d’égal à égal».

Le président du Conseil de la nation a appelé, à cet égard, à «œuvrer ensemble afin de concrétiser l’objectif commun, celui de l’édification de la nouvelle Algérie, stable et prospère, conformément aux aspirations du peuple et par fidélité aux sacrifices consentis par nos valeureux Chouhada».

«Nous œuvrons à le concrétiser étape par étape, sous la direction du président de la République», a-t-il ajouté.

Il a salué, dans le même sillage, l’Armée nationale populaire qui, depuis le début du Hirak populaire, «s’est tenue aux côtés du peuple, préservant ainsi le caractère pacifique» des  manifestations, mettant en avant le rôle de l’ANP qui a «toujours fait éviter à notre pays de se faire entraîner vers des lendemains incertains».

Il a, en outre, souligné que l’Algérie «a traversé une période difficile qu’il a finalement surmontée avec l’organisation d’élections présidentielles (12 décembre 2019) intègres et démocratiques, de l’avis même des candidats», ajoutant que ces élections avaient «permis d’entrer dans la légitimité démocratique».

Synthèse Dj. Am

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