Sommée de remettre à l’Algérie la liste des emplacements des essais nucléaires

 Sommée de remettre à l’Algérie la liste des emplacements des essais nucléaires

 La France rattrapée par ses vieux démons

 

Le 27 décembre 1960, le général Jean Thiry, directeur des centres d’expérimentations nucléaires, appuie sur le bouton qui déclenche l’explosion de la troisième bombe atomique française sur le polygone d’essais à Reggane, au Sahara, au cours de l’opération nommée « Gerboise rouge ». (AFP)

Si le dossier des essais nucléaires menés par la France coloniale dans le sud du pays restent parmi les pires crimes perpétrés durant 132 ans d’occupation destructrice, il n’en demeure pas moins qu’il fait  partie des obstacles à l’amélioration des relations franco-algériennes.  La France est appelée donc à en assumer la responsabilité.

Sujet sensible puisqu’il fait partie de quatre dossiers retenus dans le plan du gouvernement dans son volet lié à la mémoire nationale, ouvert entre l’Algérie et la France », avait indiqué en février dernier Tayeb Zitouni, ministre des Moudjahidine.

Reggane 1960

Plus de 60 ans après, et au moment où le travail de mémoire entre l’Algérie et la France connait des balbutiements, l’Organisation non   gouvernementale « Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN)  a appelé, mercredi, les autorités françaises de faciliter  le nettoyage des sites de ses essais nucléaires en Algérie dans les années 60, sur lesquels demeurent toutes sortes de déchets toxiques.

« La France doit remettre aux autorités algériennes la liste complète des emplacements où ont été enfouis des déchets contaminés », estime l’organisation dans un rapport de 60 pages sur le sujet. L’organisation préconise par ailleurs une étude indépendante pour établir s’il existe un risque transgénérationnel » aujourd’hui, ainsi qu’une enquête de détection du matériel contaminé encore en circulation.

« Gerboise bleue », une appellation qui donne froid dans le dos, est le nom de code de l’essai nucléaire français destiné à tester la première arme nucléaire de la France. Il a eu lieu le 13 février 1960 à 7 h 4 (heure locale) dans la région de Reggane, durant la guerre de libération nationale.  La France effectuait ses premiers essais nucléaires dans le sud de son département d’Algérie. Les retombées de ces tests aériens et souterrains, poursuivis jusqu’en 1966 dans une Algérie indépendante, sur l’environnement se font encore sentir.  «La France a effectué en Algérie, entre 1960 et 1966, 57 expérimentations et explosions nucléaires.

Quatre explosions aériennes dans la région de Reggane, 13 explosions souterraines à In Ecker, 35 essais complémentaires à Hammoudia, dans la région de Reggane, et 5 expérimentations sur le plutonium dans une zone à In Ecker, située à 30 km de la montagne où ont eu lieu les essais souterrains»,  Selon des experts, le fait le plus marquant de toute l’histoire des essais nucléaires français en Algérie, est celui effectué le 1er mai 1962, sous le nom de code Béryl. En effet lors de cette explosion souterraine, un accident s’est produit.

C’est le premier accident nucléaire de l’histoire moderne, surnommé Tchernobyl 1 par les experts. La puissance de la bombe était de 150 kilotonnes et les parois de l’enceinte de confinement qui devaient contenir l’explosion ont cédé, après quoi la lave radioactive qui s’est formée s’est répandue 300 mètres, libérant un nuage radioactif qui a dépassé les frontières algériennes vers la Libye.

 

 Ferhat Zafane