Tunisie : sursaut révolutionnaire, estime Mezri Haddad, ancien ambassadeur tunisien et philosophe

Tunisie : sursaut révolutionnaire, estime Mezri Haddad, ancien ambassadeur tunisien et philosophe

Alors que les avis, les informations et les réalités divergent grandement pour ce qui s’est passé, ce qui se passe et ce qui se passera en Tunisie, Mezri Haddad, philosophe tunisien et ancien ambassadeur de la Tunisie à l’Unesco, donne un nouvel éclairage sur les décisions prises par le président Kais Saied en début de semaine. C’est sous la forme d’une ‘opinion’ parue sur le journal français ‘Le Figaro’ d’aujourd’hui mercredi 28 juillet 2021 dont le titre ‘ce qui se passe aujourd’hui en Tunisie n’est pas un coup d’Etat, mais un sursaut républicain’

Haddad donne déjà le ‘la’ en reliant la date à laquelle le président Saied les décisions de suspendre de hauts responsables issus du mouvement Ennahda le 25 juillet 2021 avec la date de la fête de la proclamation de la république tunisienne, ‘grâce à la lutte menée par le père de la révolution Habib Bourguiba’. Il qualifie aussi ces décisions de ‘symbolique’ car elles feront date dans ‘l’histoire du seul et dernier pays arabe gouvernés par des théocrates déguisés en démocrates’. Il continue sur sa lancée et lance une véritable diatribe contre les islamistes de tous bords et affirme que ‘les décisions ont été prises à la suite d’une réunion d’urgence du conseil de sécurité et visent précisément et essentiellement à mettre un terme à l’emprise islamiste sur la Tunisie et aux manœuvres sournoises et conspiratrices d’Ennahda pour bloquer les réformes et les mesures vitales que le président Kais Saied avait promises à ses électeurs en 2019’.

Outre les réformes, ce sont deux dossiers explosifs que le président tunisien avait l’intention de mettre sur le tapis dans un proche avenir et qui ont trait à la lutte effective contre la corruption ainsi que l’ouverture des dossiers relatifs au terrorisme dans lesquels les islamistes sont impliqués depuis 2011 (date du départ du président Benali))’. Toujours selon l’auteur de cette opinion, le mouvement Ennahda a ‘phagocyté les ministères de la justice et de l’intérieur pour les maintenir sous une chape de plomb, justement pour éviter que ces dossiers soient ouverts et mis sur le devant de la scène.

Ces affirmations apportent de nouveaux éléments et des explications plausibles à ce qui s’est passé dernièrement en Tunisie et donnent un sens aux décisions prises par le président et précisément rejetées énergiquement par le mouvement Ennahda qui a rameuté ses troupes pour pousser le président à revenir sur ses décisions.

Pour étayer ses dires, Mezri Haddad rappelle que le chef du gouvernement limogé, Hichem Mechichi, nommé par Ghannouchi était en conflit ouvert avec le président de la république et que, depuis sa nomination en septembre 2020, il n’a rien fait pour le sauvetage économique et social du pays mais ‘il a fait preuve de nonchalance dans sa gestion chaotique de la crise sanitaire qui a fait que la Tunisie a eu l’un des pire taux de mortalité au monde avec 19000 décès sur un total de 11 millions d’habitants’. Il tombe donc sous l’article 80 de la Constitution Tunisienne qui stipule que ‘en cas de péril imminent menaçant les institutions de la Nation, la sécurité et l’indépendance du pays et entravant le fonctionnement régulier des pouvoirs publics, le président de la république peut prendre les mesures nécessitées par cette situation exceptionnelle’. Autrement dit, le président Saied, en prenant la décision de congédier le chef du gouvernement était dans son droit le plus absolue et n’a fait qu’appliquer les prérogatives que lui confère la Constitution !

En abordant les périls menaçant le pays, le philosophe dénonce les ingérences manifestes de la Turquie et du Qatar dans les affaires intérieures de la Tunisie avec la complicité du parlement à majorité islamiste en signant des accords commerciaux et financiers qui portent atteinte à l’indépendance économique et financière du pays.

Le même intervenant évoque le retour d’un nombre importants de djihadistes d’Irak et de Syrie où ‘ils ont commis les pires crimes et où ils étaient les plus nombreux’ et constituent ‘une menace majeure sur la paix civile en Tunisie ainsi que sur la sécurité intérieure du Maghreb et de l’Europe’.

Pire encore, il déclare que ‘le parlement comptait dans ses rangs des criminels, des corrompus, et même des terroristes devenus par un caprice de l’histoire des députés’, avant de donner des exemples concrets et de rappeler que ‘de premier pays arabe exportateur de médecins et d’ingénieurs en 2010, la Tunisie est devenue le premier pays exportateur de terroristes en Europe, en Irak, en Libye et surtout en Syrie’, a-t-il aussi énoncé amèrement.

Fort de ces observations, Haddad estime que le président Kais Saied a scrupuleusement respecté la Constitution : ‘il n’y a donc pas de coup d’Etat en Tunisie mais au contraire un sursaut républicain entrepris par un président conscient d’un péril imminent et dont la décision courageuse é été précédée par des milliers de manifestants scandant Oui à la dissolution du parlement’.

C’est donc une lecture nouvelle qui vient d’être faite des décisions du président tunisien concernant le limogeage du chef du gouvernement et le gel du parlement pour un mois. Le président Saied a aussi assuré les citoyens tunisiens qu’il respectera les libertés individuelles et collectives, qu’il n’a pas l’intention de s’imposer comme un tyran mais qu’au contraire, il fera tout pour revenir à l’ordre républicain.

Il faut dire que, jusqu’à maintenant, il n’y a pas eu de dépassements de quelque nature que ce soit et, plus encore, Emrhod Consulting, bureau d’études de marché et de sondage d’Opinion, membre d’Esomar, affirme que 87% des tunisiens soutiennent les décisions de Saied. Au même moment, de nombreux cadres, des élus et des hommes d’affaires tunisiens montent au créneau et déclarent ne rien posséder de ce que leur attribue la rumeur (yacht, maisons fastueuses, terrains), d’autres qu’ils ne sont pas concernés par les enquêtes du pôle économique, tous sont sur la défensive, craignent de devoir rendre des comptes.

Le scénario algérien ‘mains propres’ est-il en train de se répéter en Tunisie ? Mais cette fois, c’est le président lui-même qui mène le jeu !

Les prochains jours seront très prolixes en rebondissements chez notre voisin de l’Est qui continue de recevoir les dons de différents pays en vaccins et en matériels de protection anticovid19.

Tahar Mansour

 

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